10 Juillet 2017 À 18:26
Contrairement à ce qui se dit ou s’écrit, la dégradation de la situation financière de la Sonarges, que traduit sa dette abyssale (51,85 millions de DH), n’est pas due à une quelconque mauvaise gestion. D’après une fiche d’alerte adressée au conseil de surveillance au sujet de la situation financière de l’entreprise, que «le Matin» a pu consulter, les difficultés de la société ont débuté dès 2011, suite à son incapacité à mobiliser les financements publics inscrits dans son business-plan entériné en 2010. Autrement dit, les ennuis financiers de la société ont commencé dès que l’État a commencé à se soustraire à ses engagements vis-à-vis de l’entreprise. Le document fait ressortir que la dette de la société, qui s’élève à 51,85 millions de DH, équivaut au reste de l’apport que l’État devra débloquer conformément à son business-plan établi par le cabinet Roland Berger (voir tableau).
D’après une source bien informée, qui a préféré garder l’anonymat, le business-plan de la Sonarges n’a jamais prévu que la société atteigne son équilibre : «Il n’a jamais été question que la Sonarges soit équilibrée, même avec la réalisation du Grand Stade de Casablanca qui allait lui procurer 50% des recettes et lui permettre d’atteindre un équilibre d’exploitation. Le business-plan a prévu que les grands investissements dans les stades et la maintenance lourde devraient toujours être à la charge de l’État», nous a-t-il indiqué.
Au cours de la période 2011-2016, la Sonarges a cumulé un chiffre d’affaires de 126 millions de DH, soit 40% de plus par rapport aux prévisions initiales arrêtées par le cabinet Roland Berger. D’après nos informations, ce chiffre d’affaires aurait pu être plus conséquent si l’État avait statué sur la forme de gestion des stades. «L’État n’a pas donné de support juridique à la société pour faire son travail», nous a-t-il confié. Et de poursuivre : «ce support juridique aurait pu lui permettre de développer plus d'activités extra sportives. On a des locaux et des loges dans les stades qu’on pouvait louer à de grandes enseignes, mais on ne pouvait pas le faire parce qu’on n’avait pas de support juridique. On ne peut pas établir des contrats de bail. Chose qui décourage les entreprises désireuses de s’installer dans les trois stades. Le seul support qu'a l'entreprise est la convention signée devant Sa Majesté le Roi Mohammed VI, son décret de création et les résolutions prises par son conseil de surveillance».
Le ministère de la Jeunesse et des sports (MJS), qui a clamé haut et fort son envie de céder l’entreprise à la FRMF, a pris l’ensemble du management de la Sonarges de court. Il y a encore quelques mois, plus exactement le 14 juillet 2016, le personnel caressait l’espoir d’apurer définitivement la dette de la société. En effet, le conseil de surveillance a acté ce jour-là la nécessité de continuer l’exploitation des trois stades précités, ainsi que la nécessité de débloquer les apports de l’État en vue d’apurer les dettes accumulées. Le conseil a également adopté le budget 2016 de l’entreprise. Ce budget est validé par le ministère de l’Économie et des finances. Il prévoyait, entre autres, une contribution de l’État de l’ordre de 10 millions de DH qui serait financée à fin août 2016 à hauteur de 50% à travers le budget du MJS et 50% sur le chapitre des dépenses imprévues et une dotation spéciale au niveau du budget du MJS, dans le cadre de la loi de Finances 2017, pour le règlement de l’intégralité de la dette accumulée durant les précédents exercices. Malheureusement pour eux, les engagements actés par le conseil de surveillance en ce qui concerne le déblocage des financements n’ont pas été honorés. Seule une dotation de 2,5 millions de DH a été débloquée en décembre 2016. Pis encore, les besoins liés au fonctionnement des stades et au règlement des arriérés n’ont pas été pris en considération dans le budget du MJS et seule une dotation de 10 millions de DH a été programmée au titre de l’exercice 2017 pour l’apurement des arriérés. Cette dotation n’a pas été débloquée à ce jour, en dépit des multiples relances et réunions faites avec les services du MJS et ceux de l’Économie et des finances en vue d’activer le visa et l’engagement de la décision déjà signée depuis le 17 janvier.