04 Mai 2017 À 18:48
Tollé chez les athlètes détenteurs du record du monde avant 2005. Et pour cause, une proposition de la Fédération européenne d’athlétisme adoptée le week-end dernier qui envisage de remettre à zéro tous les records d'Europe en réponse aux doutes qui entourent certaines performances. Une mesure radicale de l’avis du président de la Fédération européenne, Svein Arne Hansen, qui est derrière cette proposition. «C'est une solution radicale, c'est certain. Mais les amoureux de l'athlétisme sont fatigués des doutes qui planent sur nos records depuis trop longtemps», a-t-il déclaré. Cette décision sera soumise à la Fédération internationale d’athlétisme pour approbation ou rejet. Sans même attendre la décision de l’IAAF, plusieurs athlètes sont montés au créneau pour dénoncer une injustice. Certains n’écartent pas l’idée de saisir la justice. C’est le cas du Britannique Mike Powell recordman de saut en longueur (8,95 m). «J'ai déjà contacté mon avocat. Il y a des records qui sont douteux, je sais, mais le mien est bien réel. C'est une histoire de cœur et de tripes, l'un des plus grands moments de l'histoire du sport», a-t-il indiqué à la presse. De son côté, Hicham El Guerrouj, dans une déclaration au journal «l’Équipe», a exprimé son désaccord avec cette idée.
L’ancien directeur technique national Aziz Daouda s’est dit surpris d’une telle proposition puisque les records n’appartiennent ni à la Fédération internationale ni à la Fédération européenne d’athlétisme, mais plutôt à leurs détenteurs. «Les records appartiennent à leurs détenteurs. C’est la réalisation de leur carrière. Personne ne peut les mettre en doute, à moins qu’il s’avère qu’il y a une tricherie. Or tous les records ont été homologués par l’IAAF. Avec une telle proposition, c’est les modalités d’homologation qui sont mises en doute. Or ces modalités imposent le contrôle antidopage. Aucun record du monde, continental ou national, n’est homologué sans que l’athlète qu’il l’a réalisé n’ait subi le jour même un contrôle antidopage. Tous les records du monde sont passés par la case contrôle antidopage», a-t-il analysé. Et de poursuivre : «Enlever à quelqu’un un record du monde est similaire à brûler des livres ou des bibliothèques, comme on le faisait il y a quelques siècles, ou à profaner une tombe. Personne ne peut venir aujourd’hui et remettre en cause ce qui a été homologué et réglementé par la Fédération internationale de l’athlétisme. C’est un reniement du passé de l’athlétisme. Il y a peut-être des insuffisances. S’il y a des athlètes honnêtes et que le reste a triché, il serait scandaleux de mettre dans le même sac ceux qui n’ont pas triché et ceux qui l'ont fait. Même si on suppose que 99% ont triché, ce qui n’est pas vrai du tout», a-t-il souligné.
Ce n’est pas tout. L’ancien directeur technique est allé même jusqu’à dire que le dopage ne fait pas la différence en matière de performance : «Il faut que les gens qui luttent contre le dopage comprennent une chose : le dopage ne fait pas la différence en matière de performance, sinon, ça serait facile. Effectivement, il y a des athlètes qui se dopent, mais personne ne peut amener la preuve mathématique que le fait de prendre un produit quelconque améliore la performance. Il n’y a aucune évidence scientifique là-dessus. Le dopage est quelque chose de nocif pour les athlètes. Il faut le combattre. Il faut faire comprendre aux jeunes athlètes que c’est dans leur intérêt de ne pas prendre des produits chimiques pour préserver leur intégrité physique. Les instances internationales doivent continuer à lutter contre le dopage, mais de là à faire un amalgame entre les performances et les dopages c’est une erreur grave», a-t-il souligné.
L'athlétisme national serait directement impacté par cette mesure si elle voit le jour. En effet, Hicham El Guerrouj est le détenteur de trois records du monde, encore imbattus aujourd'hui. Il s'agit en l'occurrence du record du monde du 1.500 m, obtenu à Rome en 1998, du Mile décroché un an plus tard dans la même enceinte mythique de la capitale italienne, ainsi que le record du monde du 2.000 m, décroché en septembre 1999 à Berlin.