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Une peinture où les souvenirs du Maroc demeurent vivaces

L’Espace Rivages de la Fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l’étranger reçoit, jusqu’au 31 octobre, l’exposition «Douce mémoire» de l’artiste maroco-canadien Charaf El Ghernati.

Le travail de Charaf El Ghernati est influencé au plan formel par certains peintres occidentaux, comme Georg Baselitz.

06 Octobre 2017 À 18:11

Une belle exposition qui met en relief les peintures néo-expressionnistes de Charaf El Ghernati où il est habité par un imaginaire imprégné des souvenirs de son pays d’origine, le Maroc. Tout un univers nostalgique qui confère à son œuvre une originalité bien particulière. «Je suis guidé par une mémoire toujours vivante qui ne semble pas épuisée par les secousses du temps. Cette mémoire fatiguée me donne l’espoir d’un jour nouveau, d’une peinture nouvelle où joie et mélancolie se rejoignent. Je peins l’enfant de la rue qui lance un cri inutile, les odeurs du marché qui s’invitent d’elles-mêmes, le porteur d’eau assis, le danseur exultant dans l’ennui et dans le silence qui déchire la fibre de la nuit. La peinture est devenue une nécessité salvatrice. 

Un jour, peut-être, je reviendrai chez moi...», souligne l’artiste pensant au fond de lui-même qu’il est tout à fait légitime d’être imprégné par la culture occidentale où il a baigné durant de longues années. «Je pense que mon travail est influencé côté formel par certains peintres occidentaux comme Georg Baselitz. Ce qui est normal, vu que j'ai passé une bonne partie de ma vie loin du Maroc et que je me suis intéressé aux différents styles et mouvements artistiques».

On remarque, ainsi, que la peinture de Charaf El Ghernati déambule entre les deux cultures : marocaine et occidentale, avec parfois des sujets qui s’imposent d’eux-mêmes. «Par exemple, le tableau des Gnawa, danse que tout marocain connaît, m'avait permis d'exploiter un espace pictural assez riche en couleurs et en formes. Je n'essayais pas de capter la justesse du mouvement, mais plutôt cette charge émotionnelle qui s'en dégage. Puis, il y a la création du tableau “le vivre ensemble” au lendemain de l'attentat de la mosquée du Québec, où l'émotion était très forte et palpable. Car ce soir-là, j'avais perdu des amis. Une envie légitime m'avait prise de rendre un hommage aux victimes. 

Une semaine après, j'ai commencé la plus grande toile de mon exposition. Je n'avais pas besoin de grand-chose, à part mon pinceau et ma solitude. Tout le monde après parlait du vivre ensemble. 

Un titre qui s'est imposé de lui-même», précise Charaf El Ghernati, dont les travaux, qui regorgent de lumière, sont en même temps une restitution de la mémoire. Une mémoire fatiguée, selon lui, «car après tant d'années passées loin du Maroc, il devient lourd et pesant de garder cette mémoire emprisonnée à l'intérieur de moi-même. 

Le Maroc que j'ai connu a changé, n'est plus là. Beaucoup de choses ont changé au Maroc depuis mon départ. Le Maroc est un pays qui change continuellement. Le seul endroit où mon Maroc est réel, c'est dans mon atelier. Celui-là m'appartient. C’est pour cela que ce retour à Rabat pour y exposer est une grande joie pour moi», renchérit l’artiste Charaf, qui retrouve cette chaleur humaine très particulière au Maroc.        

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