13 Juillet 2020 À 17:45
Les écoles ne sont pas les seules à s’adapter à la crise Covid-19 pour assurer la continuité de leurs services. Des établissements d’activités parascolaires ont innové afin de répondre à cette absolue nécessité et offrir aux enfants des moments ludiques d’apprentissage. Les centres de codage étaient parmi les premiers à digitaliser leurs cours. Ils ont multiplié les ateliers gratuits et payants afin de familiariser les enfants avec le nouvel alphabet numérique.r>«Le 13 mars, le couperet est tombé. Les écoles fermaient ! Nous avons eu un seule weekend pour migrer vers le Online. Et grâce à l’implication de toute l’équipe, nos cours n’ont pas été interrompus !» explique Kawthar Bouachrine, directrice générale de Koding Kids à Marrakech. Pour elle, l’objectif de cette adaptation digitale n’était pas simplement de transmettre des informations en ligne, mais de recréer un format favorisant l’engouement, l’enthousiasme des enfants, garder et renforcer les interactions avec les élèves et surtout remplacer l’ambiance d’un club que les enfants n’ont pas envie de quitter, par un système ou chacun est chez soi.r>Koding Kids, Plat Academy à Casablanca, la Parenthèse enchantée à Mohammedia et bien d’autres centres ont proposé des ateliers numériques de codage et de robotique. Certains ont fait des cours temporaires ou de vacances, d’autres ont complètement transformé leur activité pour devenir un club de programmation en ligne de manière permanente. La star de ces ateliers est le langage de programmation par bloc, nommé Scratch. Développé au Massachusetts Institute of Technology, ce langage de programmation facilite la création d’histoires interactives, de dessins animés, de jeux, de compositions musicales, de simulations numériques et leurs partage sur le Web. Les enfants en sont des grands fans. Il leur permet, selon Kawtar Bouachrine, de passer du consommateur passif à un créateur actif.r>«Quand un enfant comprend qu’il est capable de créer, qu’il a le pouvoir d’impacter le monde qui l’entoure, qu’il est unique, et qu’il a un potentiel énorme à exploiter, rien ne peut l’arrêter. Nous leur donnons les outils pour qu’ils mettent la technologie à leur service, et non pas le contraire. Des pays comme les États-Unis, l’Angleterre et l’Estonie ont intégré le codage dans le cursus scolaire dès 6 ans.» Les centres de robotique et de codage familiarisent les enfants avec les mathématiques, les sciences et les nouvelles technologies.
Entretien avec Kawtar Bouachrine, directrice générale de Koding Kids
«Les cours en ligne offrent beaucoup d’avantages aux enfants et aux parents»
Le Matin : Après les mesures de restrictions prises suites à la pandémie Covid-19, vous avez transféré votre activité sur le digital. Comment s’est passée cette transition ?r>Kawtar Bouachrine : Nous avons programmé des classes virtuelles, à effectif limité, apporté des changements au programme pour favoriser l’interaction entre les élèves et entre les élèves et les formateurs, lancé des sondages, des quizz, des challenges. Nous avons créé des groupes où élèves et formateurs peuvent rester en contact, même en dehors des cours. Nous avons également lancé Reward Kids, un système de récompense qui permet aux enfants de gagner des points. Chaque mois, les enfant peuvent échanger ces points contre des cadeaux en ligne (cartes chez Amazon, Virgin, AppStore, livres numériques, Formations diverses, consoles...).r>Autre changement, nous restons en contact continu avec les enfants, même entre les cours. Nous avons pris quelques semaines pour roder cette nouvelles façon de donner nos cours avant d’ouvrir les inscriptions à tout le Maroc. Seule condition, que l’enfant soit autonome en lecture. Durant cette période, nous avons conscience que les cours de codage informatique sont un luxe. Des familles par milliers n’ont pas de quoi se nourrir, ou leurs enfants n’ont pas les équipements nécessaires pour suivre leurs cours à distance.r>Nous avons donc décidé de soutenir l’Association Alhusna à Marrakech qui distribue des paniers alimentaires aux familles depuis le début de la pandémie. Elle soutient les hôpitaux et le CHU pour les paniers, les Iftar, et autres besoins non alimentaires. Durant cette période difficile, nous reversons 30% à l’association Alhusna, pour venir en aide aux enfants en situation précaire et subvenir à leurs besoins en équipement technologique (téléphones, tablettes) ou alimentaire.
Comment se fait l’apprentissage dans votre centre ?r>Notre pédagogie est énormément axée sur le développement personnel et le coaching de l’enfant. Le codage ne devient finalement qu’un prétexte, un simple moyen pour aider les enfants à développer leur estime de soi, à croire en eux et en leurs idées, à ne pas avoir peur de faire des choses difficiles, à développer leur résilience, à apprendre à travailler en groupe. etc. Durant 3 ans, nous avons vu des enfants se développer et changer. Nous sommes bien plus de que simples formateurs de Coding. D’ailleurs, tout adulte, de surcroît formateur en contact avec un enfant, devrait se considérer comme faisant partie d’une équipe autour de cet enfant avec les parents, la famille, les autres professeurs et prendre conscience de ce rôle dans la vie de cet enfant.r>Nous sommes conscients de la responsabilité que nous avons vis-à vis de chaque enfant avec qui l’on est en contact. Au delà du codage, nous sommes là pour l’accompagner. En cas de soucis à l’école, avec leurs copains, leur famille... ou des soucis de confiance en eux, de timidité, etc. Si on peut faire quelque chose, on le fait.
Est-ce que ce changement vers le digital a été bénéfique pour votre activité et pour les enfants ?r>Rien ne remplacera le contact humain ! Les câlins auxquels nous avons droit avant et après chaque cours nous manquent ! Lancer des compétitions sur la WiFi, ou au ping-pong pendant les pauses, ou les crêpes, les gaufres qui sont servis aux enfants créent un lien plus fort. Mais le passage en ligne, bien qu’il ait été vécu comme une contrainte et une obligation au début, commence à démontrer ses avantages. D’un côté, les parents sont contents, car ils n’ont plus à faire le chauffeur et jongler dans le trafic entre l’école et le club. Ils peuvent aussi assister aux cours de leurs enfants (de manière discrète), discuter du cours avec leurs enfants et suivre leur évolution et projets. Les enfants, eux, sont ravis, surtout en cette période où ils se sentent isolés de leurs copains et où toutes leurs activités extra scolaires ont été annulées.r>Et nous, nous avons enfin pu répondre aux nombreuses demandes des parents des autres villes sans avoir à ouvrir des centres. Cela nous permet surtout de suivre de très près le déroulement de chaque cours, afin de préserver la réputation qu’à aujourd’hui Koding Kids auprès de la communauté marrakchie (enfants et parents) et nous permettre d’accomplir au mieux notre mission qui est d’accompagner le développement des enfants. Les cours en ligne offrent beaucoup d’autres avantages pour les enfants et les parents. Nous ne le considérons pas comme un format passager, mais comme un format durable, même après la réouverture des écoles. Reste à savoir si cela se fera en exclusivité ou en format mix (présentiel pour les enfants de Marrakech). Ce sera aux enfants de décider.
Selon votre expérience, les enfants aiment-ils plus les cours à distance ou dans le centre ?r>Au lieu de parler à leur place, nous avons préféré leur demander ! Tous les témoignages sont partagés sur la chaine YouTube de Koding Kids Maroc. Même les vidéos ont été éditées par Alya, 10 ans. Notre classe avancée, composée d’enfants entre 10 et 14 ans, apprend à créer des sites web. Au lieu de créer des sites lambda, ils ont décidé de créer un site web qui répond aux contraintes de cette période de pandémie, pour les enfants confinés.