Société

Quel quotidien pour les intolérants au gluten par temps de confinement ?

Les patients cœliaques doivent suivre un régime strict pour éviter toute complication. Si l’application de ce régime demeure toujours difficile en temps ordinaire, pendant cette période de crise sanitaire les choses se compliquent davantage pour ces personnes.

Pendant le confinement, l’AMIAG s’est mobilisée pour collecter de la nourriture et distribuer des «paniers» de produits sans gluten à une centaine de familles nécessiteuses.

14 Mai 2020 À 18:52

Nous célébrons ce 15 mai, la Journée mondiale de la maladie cœliaque, mieux connue sous l’appellation d’intolérance au gluten, une protéine contenue dans les céréales telles que le blé, l’orge, le seigle… Cette journée est l’occasion de sensibiliser les populations mondiales à cette pathologie qui reste toujours très peu connue et cruellement sous-diagnostiquée.r>Plutôt féminine, la maladie cœliaque est une pathologie auto-immune où le système immunitaire attaque la paroi de l’intestin grêle induisant des dommages et des troubles de l’absorption du fer, du calcium et des vitamines, et occasionnant de multiples autres complications. r>«Cette affection est difficile à diagnostiquer à cause de ses multiples manifestations. D’une affection de nourrissons et d’enfants en bas âge et dont les signes typiques se limitent à l’appareil digestif (diarrhées, vomissements, état irritable, cassure de la croissance), la maladie cœliaque est devenue ces dernières décennies une pathologie de l’adolescent et de l’adulte et dont les manifestations sont très étendues. Douleurs articulaires, ostéoporose, anémies, fausses couches à répétition, aphtes buccaux, dermatite ou même encore des maux de tête, fatigue chronique, anxiété, dépression… constituent le large spectre clinique de la maladie. Elle peut d’ailleurs rester plus ou moins “silencieuse” pendant des années tout en poursuivant un travail de destruction sur l’intestin et d’autres organes», indique l’Association marocaine des intolérants et allergiques au gluten (AMIAG), dans un communiqué. «La maladie cœliaque chez l’adulte est bien souvent découverte au stade de complications. On estime d’ailleurs que le délai de sa mise en évidence est de 13 ans et que, pour chaque cas détecté, en particulier chez l’adulte, 8 resteraient ignorés. Le diagnostic de cette pathologie repose sur la recherche de substances particulières, responsables d’attaques sur l’organisme et appelées auto-anticorps (les anti-transglutaminases) et sur la découverte d’une atrophie des replis de la paroi intestinale (les villosités) après la réalisation d’une biopsie duodénale», ajoutent Jamila Cherif Idrissi, présidente de l’AMIAG, et Dr Khadija Moussayer, sa vice-présidente, dans le communiqué, précisant qu’au Maroc, la maladie cœliaque reste encore peu connue, malgré le fait qu’elle atteigne environ 1% de la population. Le Maroc est d’ailleurs parmi les pays les plus touchés par la maladie cœliaque. Une étude effectuée en 1999 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait ainsi montré un taux très élevé de 5,6% de personnes atteintes au sein des populations sahraouies du sud du Maroc. Il existe aussi une forte prédisposition génétique à la maladie et les membres de la même parenté sont touchés dans 10% des cas.

Un quotidien difficile surtout pendant le confinementr>La Journée mondiale de la maladie cœliaque coïncide cette année avec la période du confinement. L’occasion pour l’Association marocaine des intolérants et allergiques au gluten de faire le point sur la façon dont les intolérants au gluten vivent cette période d’autant plus que le seul traitement de la maladie repose sur un régime alimentaire sans gluten (RSG) très strict. L’AMIAG affirme que l’application de ce régime demeure toujours difficile en temps ordinaire du fait de l’absence d’un étiquetage obligatoire sur la présence du gluten, alors que ce nutriment est présent dans la plupart de produits très divers et souvent insoupçonnés (médicaments, rouge à lèvres, dentifrice, colle, bonbons, sauce à salade, plats cuisinés…).r>«Durant cette période de crise sanitaire, la première inquiétude dans ces familles est de pouvoir continuer à se nourrir en toute sécurité en cas d’hospitalisation à la suite d’une contamination, pour soi-même ou pour un proche ou un enfant. Les patients ne sont ensuite malheureusement pas tous logés à la même enseigne pour leur approvisionnement en produits sans gluten qui, rappelons-le, peuvent être jusqu’à dix fois plus chers que les aliments “normaux” ! Les cœliaques vivant dans les grandes villes peuvent bien les trouver effectivement, mais souvent loin de leurs domiciles, car ils ne sont pas disponibles dans toutes les surfaces et sont concentrés dans certains magasins spécialisés», déplore l’association. Et d’ajouter : «L’autorisation de déplacement dérogatoire ne permet pas toujours d’aller jusqu’à ces magasins, alors qu’en plus un prix devenu exorbitant de certains produits, dans tel ou tel magasin proche, pousse ces mêmes familles à essayer de s’approvisionner à moins cher, mais beaucoup plus loin chez des grossistes ou semi-grossistes. Ne parlons pas de ceux qui vivent dans des lieux plus reculés, comme des petites villes ou la campagne, où l’approvisionnement est devenu une “mission impossible”. Beaucoup de personnes ont de plus perdu actuellement leur emploi ou bien reçoivent une subvention de l’État qui ne leur permet même pas de couvrir les frais de ces produits». Face à cette situation, l’AMIAG s’est mobilisée pour collecter de la nourriture et distribuer des «paniers» de produits sans gluten à une centaine de familles nécessiteuses. D’autres actions sont en préparation. Au total, beaucoup de ces familles espèrent maintenant sortir de ce confinement rapidement, car leur situation n’est plus tenable. 

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Zoom sur l’AMIAG

Fondée fin 2012, l’AMIAG a su s’imposer rapidement comme l’Association nationale de référence pour la maladie cœliaque au Maroc et est reconnue comme telle par ses partenaires à l’étranger. Elle collabore d’ailleurs étroitement avec son homologue française, l’Association française des intolérants au gluten (AFDIAG). Comptant près de 700 adhérents, elle a mis en place une permanence téléphonique couvrant tous les jours de la semaine et une permanence effective les samedis matin. L’association organise également des ateliers culinaires mensuels, couronnés épisodiquement de concours de cuisine festifs, ainsi qu’une grande fête annuelle pour les enfants cœliaques, avec à la fois un spectacle, de la musique, des jeux et des conférences médicales. r>L’AMIAG organise, par ailleurs, des conférences scientifiques, en particulier lors d’événements des professionnels de santé comme le salon Officine Expo. Enfin, l’association apporte des aides alimentaires et fait des dons de moulins à céréales aux familles les plus pauvres, grâce au concours d’autres associations caritatives et de sponsors divers, lors des différentes manifestations.

Les patients cœliaques face au coronavirus

Dans son communiqué publié à l’occasion de la Journée mondiale de la maladie cœliaque, l’Association marocaine des intolérants et allergiques au gluten a tenu à préciser qu’il n’existe aucun risque augmenté pour les malades cœliaques face au coronavirus. Les recommandations sont les mêmes que celles délivrées à la population générale. Concernant les enfants, aucune donnée ne fait craindre une fragilité particulière. r>Il est à noter, par ailleurs, que l’hydroxychloroquine, le traitement utilisé pour le Covid-19, contient comme adjuvant un peu de gluten et est donc plutôt déconseillé aux malades cœliaques surtout dans un traitement à long terme. «Ce médicament peut être prescrit de façon générale pour un usage court comme actuellement dans la prévention du Covid-19. Je ne conseillerai pas, par contre, son emploi dans le cas d’une personne atteinte à la fois et de façon sévère de la maladie cœliaque et d’une autre maladie auto-immune associée comme le diabète ou le Gougerot. r>Le diabète est, en effet, malheureusement assez souvent associé à une maladie cœliaque et les deux pathologies ensemble sont plus délicates à gérer. C’est vraiment la double peine en particulier pour les enfants», explique Dr Khadija Moussayer, vice-présidente de l’AMIAG.

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