Économie

«Le marché des capitaux peut et doit contribuer davantage à la relance économique de notre pays»

Nezha Hayat : «Une nouvelle stratégie d’éducation financière ‘’grand public’’, incluant une étude de terrain qui nous permettra une connaissance plus fine de nos cibles prioritaires et un meilleur calibrage des leviers, va être lancée prochainement.»

27 Janvier 2021 À 20:15

Le Matin : 2020 a été une année totalement atypique pour les marchés financiers, quels enseignements pour l’avenir ?r>Nezha Hayat : La crise sanitaire que nous avons vécue en 2020 a constitué un véritable test de résistance pour notre marché des capitaux. Elle a toutefois permis de démontrer les capacités d’adaptation des acteurs du marché qui ont dû revoir leur mode de fonctionnement, déployer sans préavis leurs plans de continuité d’activité et accompagner leurs clients, dans le respect de la réglementation.r>Ainsi, sous l’impulsion de l’AMMC, les acteurs du marché ont pu assurer un fonctionnement normal du marché sur toutes ses composantes. De même, les émetteurs ont mis en œuvre les moyens nécessaires pour assurer leurs obligations d’information, malgré les difficultés inhérentes au contexte. La confiance dans le marché des capitaux a été ainsi maintenue et sa résilience, comme en témoigne l’évolution des indicateurs de marché : l’indice principal de la Bourse de Casablanca, le Masi, après avoir enregistré une baisse historique de 26,2% en mars 2020, a ramené sa contre-performance annuelle à -7,3% à fin 2020. De même, le secteur de la gestion d’OPCVM a montré sa robustesse face à la crise actuelle. Les OPCVM ont vu leur nombre augmenter au cours de l’année 2020 et leurs actifs sous gestion progresser de 11% à 523 milliards de DH. Le marché des capitaux a ainsi confirmé qu’il était en mesure de répondre à la demande de financement de l’économie comme en atteste le montant des opérations financières autorisées par l’AMMC en 2020 qui représente 78 milliards de dirhams. L’échange et la concertation ont également été un ingrédient essentiel à la gestion de la crise. Au niveau national, les trois autorités du secteur financier, aux côtés du ministère de l’Économie, des finances et de la réforme de l’administration, ont constitué un groupe de travail pour échanger sur une base hebdomadaire toutes les informations nécessaires à un suivi coordonné du secteur financier afin d’arrêter les mesures à entreprendre pour atténuer la crise. Sur le plan international, mon élection en mars 2020 à la présidence de l’AMERC (Comité Afrique/Moyen-Orient de l’Organisation internationale des commissions de valeurs – OICV) a coïncidé avec le début de la crise sanitaire. Une des premières mesures que j’ai entreprises a consisté à créer une dynamique de partage d’expérience avec les autres régulateurs de la région sur les actions déployées pour assurer la continuité d’activité des marchés et atténuer les effets de la crise. Enfin, la crise mondiale que nous vivons est venue souligner l’importance de la notion de durabilité. Aussi, je voudrais rappeler ici que les actions engagées par l’AMMC en matière de développement de la finance durable, et qui ont permis de positionner le Maroc parmi les pays précurseurs de la région seront poursuivies dans le cadre de notre prochain plan stratégique.

Quels sont justement les projets en cours et à entreprendre pour une plus grande contribution du marché des capitaux à la croissance du pays ?r>Les réformes majeures mises en œuvre ces dernières années, comme la transformation du régulateur en l’Autorité marocaine du marché des capitaux, la mise en œuvre de la nouvelle loi sur l’appel public à l’épargne ou encore la réforme de la Bourse ont doté notre marché des capitaux d’un cadre de régulation solide et aux meilleurs standards internationaux et lui ont permis de faire preuve de la résilience que l’on vient d’évoquer. Aujourd’hui, le marché des capitaux peut et doit contribuer davantage à la relance économique de notre pays. Il dispose d’une panoplie d’instruments permettant d’offrir des solutions de financement alternatives considérables et complémentaires aux sources de financement traditionnelles, pouvant décupler ainsi les effets des mesures de relance économique. L’enjeu à court terme consistera à mieux faire connaître les solutions de financement qu’offre le marché des capitaux, à en favoriser l’accès à toutes les catégories d’entreprises et à accélérer le déploiement des autres solutions en cours de réalisation. 

L’annonce des priorités désormais un rendez-vous annuelr>Dans ce cadre, et dans le prolongement des recommandations du Comité du marché des capitaux dont la dernière réunion s’est tenu le 13 janvier dernier, l’AMMC a établi 5 domaines d’actions prioritaires pour 2021 dans l’objectif de concentrer ses efforts sur le renforcement de l’attractivité du marché des capitaux, notamment les actions à même de favoriser le financement des entreprises à travers le marché. Ces actions viseront à améliorer le recours aux instruments de financement tels que la titrisation, le capital investissement et les OPCI, notamment en mettant en place des outils permettant, d’une part, de vulgariser l’usage et l’intérêt de ces produits et d’autre part, de simplifier et d’accélérer les procédures d’autorisation. Elles consisteront également à favoriser le développement du marché de la dette privée, notamment les obligations vertes, sociales et durables, et ce, en allégeant le processus d’émission et de placement des emprunts obligataires tout en veillant à renforcer la protection des investisseurs. La PME sera également au cœur des actions menées en 2021 dans l’objectif de favoriser l’accès au marché des capitaux à cette catégorie d’entreprise essentielle à notre tissu économique. À cet effet, l’ensemble des acteurs du marché seront mobilisés afin de promouvoir une offre dédiée et adaptée aux PME tant en termes de tarification, de facilitation que d’accompagnement. L’opérationnalisation du dispositif encadrant les Conseillers en investissement financier permettra, pour sa part, de doter le marché de professionnels régulés à même de promouvoir les solutions de financement et d’investissement dans un cadre sécurisé. L’ensemble de ces actions prioritaires est d’ailleurs précisé dans le communiqué que nous venons de publier sur notre site (www.lematin.ma). L’annonce de ses priorités annuelles constituera dorénavant un rendez-vous annuel de l’Autorité.r>Quelles difficultés avez-vous rencontrées en 2020 pour mener à bien vos missions de contrôle et qu’est-ce qui a été entrepris pour dépasser cette situation ?r>Effectivement, la crise sanitaire a eu un impact important en termes de continuité de l’activité tant au niveau de l’AMMC que des différents acteurs du marché. Ainsi, l’une des premières mesures prises par l’AMMC a consisté à déployer un dispositif de télétravail sécurisé au profit de ses agents. L’AMMC a également accompagné les opérateurs et infrastructures de marché pour s’assurer du déploiement de leurs plans de continuité d’activité. Une coordination étroite a été menée avec la Bourse de Casablanca, Maroclear, les sociétés de bourse et les sociétés de gestion. Ceci dans l’objectif de continuer, à distance, à servir l’intérêt des épargnants, tout en maintenant un dispositif de contrôle interne adapté. D’autres mesures ont été prises pour limiter les risques opérationnels et contenir la volatilité du marché, telles que la décision de limiter le seuil de variation quotidien des valeurs cotées à 4% au lieu de 10% précédemment. Enfin, et en concertation avec ses homologues internationaux, l’AMMC a déployé un dispositif de contrôle à distance basé sur les préconisations de l’OICV. Ainsi, le processus de l’inspection a été revu en ayant recours aux questionnaires à distance et à l’organisation de séances de visioconférence avec les entités contrôlées.

L’éducation et l’inclusion financières constituent un pan important de votre mission. Quelles sont les avancées réalisées jusqu’alors et que projetez-vous pour leur accélération ?r>L’éducation financière fait partie des missions de l’AMMC, telles que définies par la loi ayant institué l’Autorité. Elle prend une place à part entière dans notre plan stratégique, avec des actions spécifiques et des ressources dédiées. En matière de déploiement des actions d’éducation, l’AMMC privilégie les outils les mieux adaptés au public visé et permettant la plus large diffusion possible. Ainsi, en plus des instruments classiques tels que les guides et les formations, nous renforçons le développement de supports digitaux, comme les capsules numériques, la présence sur les réseaux sociaux ou les applications mobiles comme «Quiz Finance», lancée récemment. Nous travaillons également au développement de partenariats institutionnels avec les universités et associations L’AMMC est aussi membre du Conseil national de l’inclusion financière et participe à ses travaux. La Stratégie nationale d’Inclusion financière a d’ailleurs retenu parmi ses axes d’intervention un volet réservé à l’éducation financière, qui va soutenir et accompagner le déploiement des différents leviers de la Stratégie. Enfin, une nouvelle stratégie d’éducation financière «grand public», incluant une étude de terrain qui nous permettra une connaissance plus fine de nos cibles prioritaires et un meilleur calibrage des leviers, va être lancée prochainement. 

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Une digitalisation tous azimuts

L’AMMC, en tant qu’autorité de régulation du marché des capitaux, a inscrit la transformation digitale au cœur de ses priorités. Le premier plan stratégique SI de l’AMMC 2019-2022 intègre cette dimension. Nous avons digitalisé entièrement de nouveaux processus tels que l’habilitation des professionnels, la gestion des plaintes en ligne ou encore la digitalisation du processus de recrutement, ce qui s’est révélé extrêmement utile dans le contexte de crise sanitaire. Au-delà des différents projets et actions mentionnés, nous avons jugé utile d’avoir une démarche purement orientée digitalisation à travers notamment l’automatisation des processus internes et externes et l’accélération de la dématérialisation des documents.r>Ainsi, la feuille de route en cours d’élaboration sera alignée avec le plan stratégique 2021-2024 qui sera présenté prochainement et y occupera une place importante, tant nous sommes convaincus de son intérêt pour tout l’écosystème du marché des capitaux.

 

Entretien réalisé par Ilham Lamrani Amine

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