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Parlement : Une avancée en trompe-l’œil de la représentativité féminine

La parité au niveau des instances élues, et notamment au sein de la Chambre des représentants, ne sera pas atteinte de sitôt. Du moins pas au cours de la législature 2021-2026. Avec un taux de représentativité de 24% au sein de la première Chambre, la femme marocaine a réalisé une petite avancée, mais le plafond de verre est loin d’être brisé. Sur les 95 femmes élues à la Chambre des représentants, 5 seulement l’ont été en dehors des listes régionales consacrées aux femmes. Cette petite avancée par rapport à la législature précédente n’est pas le fait d’une quelconque volonté des partis politiques de mettre en avant des candidates femmes, mais plutôt le fruit d’un principe imposé par la loi organique relative à la Chambre des représentants.

21 Septembre 2021 À 21:01

Si la femme marocaine a obtenu son droit de vote dans les années 60 du siècle dernier, et plus précisément en 1963, elle n’a fait son entrée au Parlement qu’en 1993. Sa représentativité au sein de l’hémicycle a certes évolué depuis le temps, mais elle reste toujours en deçà des attentes. Pour la législature 2021-2026, sur les 395 membres que compte la Chambre des représentants, 95 seront des femmes, soit 24% de l’ensemble des parlementaires.  Un score important, certes, mais qui est dû principalement à la liste régionale consacrée aux femmes. En effet 90 députées doivent leurs places à cette liste. Cinq femmes seulement ont pu obtenir un siège parlementaire en se présentant en tant que tête de liste au niveau des listes locales. Autrement dit, cette petite avancée par rapport à la législature précédente n’est pas le fait d’une quelconque volonté des partis politiques de mettre en avant des candidates femmes, mais plutôt le fruit d’un principe imposé par la loi organique relative à la Chambre des représentants. 

En effet,  si les statistiques de cette année font état d’un léger renforcement de la représentativité féminine au niveau de l’institution législative (on passe de 20% durant la précédente législature à 24% dans la nouvelle), ces chiffres sont loin d’être satisfaisants. La militante syndicale et femme politique Khadija Zoumi a appelé, dans ce sens, à l’ouverture d’un débat serein sur la question, avec la participation de tous les acteurs, et ce pour mieux préparer les élections de 2026. Analysant les résultats obtenus par les candidates femmes aux élections générales du 8 septembre, l’académicien et politologue Mohamed Bouden avait qualifié ces résultats de «positifs», mais considère qu’ils restent en deçà des aspirations. Dans une déclaration accordée à la MAP, le politologue a affirmé qu’il est nécessaire de consentir davantage d’efforts sur le plan des garanties juridiques et de financement des campagnes électorales des femmes pour une plus grande représentativité dans l’avenir dans le cadre des élections législatives des Conseils des régions.  r>S’agissant de l’issue du scrutin du 8 septembre, M. Bouden a relevé deux indicateurs relatifs aux résultats liés à la présence féminine au niveau de l’élection des membres de la Chambre des représentants et des Conseils des régions. Le premier, a-t-il précisé, porte sur l’incapacité des candidates femmes à obtenir un siège parlementaire dans les circonscriptions locales. Le second indicateur est relatif à l’obtention par les femmes du nombre minimal de sièges au niveau du Conseil de la région. 

Une seule femme présidente de région

Sur les 12 Conseils de régions, une seule femme a pu accéder à la présidence jusqu’ici, en attendant la tenue des élections du Conseil de la région de Casablanca-Settat. Il s’agit de Mbarka Bouaïda du Rassemblement national des indépendants (RNI) et qui a été réélue, mardi, présidente du Conseil de la région de Guelmim-Oued Noun. Mme Bouaïda a obtenu la confiance de 28 membres sur les 39 que compte le Conseil régional. Elle risque d’être la seule, car aucune femme n’est en course au niveau de la région de Casablanca-Settat.  r>Lors du dernier mandat des Conseils régionaux, deux femmes avaient accédé à la présidence. En effet, en plus de Mme Bouaïda, Fatima El Hassani, du Parti authenticité et modernité (PAM), avait dirigé le Conseil de la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma. Toutefois, il faut souligner que ces deux femmes n’avaient pas accédé directement à la présidence après les élections organisées en 2015. Il a fallu attendre la démission des deux présidents de ces régions pour qu’elles accèdent à la présidence.

Un constat corroboré par le président de l’Observatoire marocain de la participation politique, Jawad Echchafadi, puisqu’il affirme qu’en 2020, le Maroc figurait  parmi les derniers de la classe en matière d’autonomisation politique de la femme au niveau du monde arabe. Pour expliquer la faible participation des femmes à la vie politique au Maroc, le chercheur avait mis en avant le «manque de confiance» que la société a en la femme. «Les femmes sont sous-estimées et peu d’hommes acceptent d’être dirigés par des femmes», avait-il affirmé. Le chercheur avait par ailleurs souligné que le volet législatif ne pose aucun problème dans ce sens. «Le souci réside principalement dans l’application des textes», avait-il précisé. 

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