LE MATIN
04 Juin 2026
À 09:40
Bien qu’ils ne représentent que 9% de la population mondiale, les
jeunes enfants concentrent près d’un tiers des cas de
maladies d’origine alimentaire et présentent un risque de tomber malades presque trois fois supérieur à celui des enfants plus âgés et des adultes, souligne l'agence onusienne dans un communiqué publié à l'occasion de la
Journée internationale de la sécurité sanitaire des aliments, célébrée le 7 juin.
Les
maladies diarrhéiques liées à une
alimentation contaminée demeurent particulièrement meurtrières pour cette tranche d’âge, tandis que l’exposition à des substances chimiques comme le
méthylmercure ou le
plomb peut entraîner des atteintes neurologiques et des troubles du développement irréversibles.
Selon l’
OMS, la majorité des quelque 860 millions de cas recensés en 2021 étaient dus à des
agents biologiques - bactéries, virus ou parasites -, mais les
risques chimiques ont été responsables d’une part disproportionnée des
décès, représentant 73% de la
mortalité liée aux
aliments contaminés.
L’arsenic inorganique et le plomb ont à eux seuls été associés respectivement à 42% et 31% de ces décès, principalement en raison de leur contribution aux
maladies cardiovasculaires et aux cancers.
Si la charge globale des
maladies d’origine alimentaire a diminué depuis 2000, de fortes disparités régionales persistent, l’Afrique et l’Asie du Sud-Est concentrant près des trois quarts des cas et 60% des
décès mondiaux.
Il suffit de scroller quelques secondes sur TikTok ou Facebook pour tomber dessus : des vidéos vantant le « poulet qui vous empoisonne », l'insuline qui serait « une fraude », ou encore les légumes crus comme ennemis de votre santé. C'est le monde du régime Tayibat "نظام الطيبات", le protocole alimentaire du Dr Diaa Al Awadi, médecin égyptien décédé le 19 avril 2026 d'un arrêt cardiaque à l'âge de 47 ans à Dubaï. Sa mort, loin d'éteindre le phénomène, l'a paradoxalement amplifié. Au Maroc, le régime s'est rapidement transformé en véritable tendance numérique : des Marocains relaient ses vidéos, adoptent ses préceptes, et certains vont jusqu'à remettre en question leurs traitements médicaux, convaincus d'avoir enfin accès à une vérité longtemps dissimulée. Sur les groupes Facebook et le fil TikTok, les témoignages sur les impacts miraculeux de ce régime se multiplient, tandis que les mises en garde des professionnels de santé ont du mal à trouver le même écho.
L’étude souligne également le coût économique considérable du phénomène, estimant à 310 milliards de dollars les pertes de productivité liées aux
absences pour maladie en 2021, un montant porté à 647 milliards de dollars après ajustement des différences de
coût de la vie entre pays.
"La
sécurité alimentaire n’est pas une question abstraite: elle concerne chaque repas, chaque famille, chaque jour", a déclaré le directeur général de l’OMS,
Tedros Adhanom Ghebreyesus, estimant que ces nouvelles données offrent pour la première fois aux gouvernements une vision précise de l’ampleur du problème afin de cibler les mesures de prévention.
L’analyse de l’OMS couvre 42 dangers alimentaires majeurs dans 194 pays entre 2000 et 2021, incluant désormais plusieurs risques jusqu’alors peu documentés, comme certains métaux lourds, le rotavirus ou le parasite responsable de la maladie de Chagas.
L’organisation appelle les États à renforcer les contrôles industriels, les pratiques agricoles et les réglementations environnementales afin de prévenir la contamination à la source.
L’OMS avertit par ailleurs que le changement climatique, qui accroît les risques de contamination, ainsi que la résistance aux antimicrobiens, qui complique le traitement des infections, aggravent la menace.
"Ce rapport est un signal d’alarme mais aussi une feuille de route", a souligné Yuki Minato, spécialiste de la sécurité sanitaire des aliments à l’OMS et principale auteure de l’étude publiée dans The Lancet Global Health, plaidant pour une approche intégrée associant santé humaine, animale, végétale et environnementale afin de réduire durablement le fardeau mondial des maladies d’origine alimentaire.