19 Septembre 2026 À 10:20
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L’animal, appelé « Tilcayo » depuis des générations par les populations locales, appartient au groupe des chats-tigres présents en Amérique du Sud. Il vit dans les Yungas boliviennes, une région de forêts humides située sur le versant oriental des Andes, régulièrement enveloppée de nuages.
Avec environ 46 centimètres de longueur pour 1,4 kilogramme, le Tilcayo est plus petit qu’un chat domestique moyen. Il présente un pelage brun clair couvert de rosettes irrégulières, un visage compact, des oreilles courtes et arrondies et de longues moustaches.
L’histoire de cette découverte remonte à 2016, lorsque la biologiste bolivienne Paola Nogales-Ascarrunz, exploratrice de National Geographic, est contactée par le refuge animalier Senda Verde après l’arrivée d’un étrange petit félin que personne ne parvenait à identifier avec certitude.
L’animal avait été trouvé alors qu’il était encore petit sur une route proche d’une forêt, puis recueilli par un habitant qui pensait avoir affaire à un chat domestique. Son comportement sauvage avait finalement conduit la famille à le confier au refuge.
La chercheuse photographie alors abondamment l’animal, mais pense qu’il appartient à Leopardus tigrinus, une espèce de petit félin tacheté déjà connue en Amérique du Sud.
Ce n’est qu’en 2019, en comparant ses photographies à celles de chats-tigres observés notamment au Brésil, qu’elle remarque des différences physiques, en particulier dans la taille et la disposition des taches en forme de rosettes. Mais ces différences, affirment les chercheurs, ne suffisent pas à elles seules à conclure à l’existence d’une nouvelle espèce.
Pour déterminer la véritable identité du félin bolivien, les chercheurs ont eu recours à l’analyse génétique. L’équipe a étudié l’ADN de 38 félins provenant de plusieurs pays d’Amérique du Sud, dont huit spécimens conservés dans des musées.
Les résultats montrent que les chats-tigres, longtemps considérés comme appartenant à un nombre beaucoup plus limité d’espèces, correspondent en réalité à cinq espèces génétiquement distinctes. Le félin bolivien constitue l’une d’entre elles.
Les chercheurs lui ont donné le nom scientifique de Leopardus tilcayo, conservant ainsi le nom utilisé par les habitants de la région. Les analyses indiquent que sa lignée se serait séparée de celles des autres chats-tigres il y a environ 1,4 million d’années.
La découverte est d’autant plus remarquable que le Tilcayo n’avait jamais été considéré auparavant comme une espèce, ni même comme une sous-espèce distincte. Il ne s’agit donc pas simplement de reclasser un animal déjà répertorié, mais bien de décrire formellement une espèce de félin jusque-là inconnue de la science.
Malgré cette identification, les scientifiques connaissent encore très peu le mode de vie du Tilcayo. Leurs informations reposent pour l'instant sur deux individus vivants et quelques observations réalisées à l’aide de pièges photographiques.
Des restes de petits rongeurs retrouvés dans des excréments suggèrent qu’ils pourraient faire partie de son alimentation. Les images recueillies dans son habitat indiquent également que le félin pourrait être davantage actif la nuit. Sa population totale, son comportement reproductif et l’étendue exacte de son territoire restent inconnus.
L’un des deux individus étudiés est aujourd’hui un mâle d’une dizaine d’années hébergé au refuge Senda Verde, celui-là même qui avait attiré l’attention des chercheurs en 2016.
L’identification d’une espèce distincte oblige désormais les scientifiques à déterminer combien de Tilcayos vivent encore à l’état sauvage et quelles menaces pèsent sur eux. Les chercheurs ont transmis leurs résultats à l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) afin que les différentes espèces de chats-tigres puissent être évaluées séparément.
L’enjeu est particulièrement important dans les Yungas. Ces forêts montagneuses subissent notamment les effets de la déforestation, de l’expansion agricole, des incendies provoqués par l’activité humaine et de l’exploitation minière.
Pour le Leopardus tilcayo, la découverte ouvre donc immédiatement un nouveau chantier. Les scientifiques savent désormais qu’il s’agit d’une espèce à part entière, mais ignorent encore combien d’individus vivent à l’état sauvage et quel est précisément leur niveau de menace. La prochaine évaluation de l’UICN devra permettre de mieux mesurer les risques qui pèsent sur ce félin nouvellement identifié.