LE MATIN
23 Mars 2026
À 09:10
Le constat est sans appel. Selon l’
Organisation météorologique mondiale (OMM), les onze dernières années ont été les
plus chaudes jamais enregistrées depuis le début des relevés. Une tendance lourde qui confirme l’accélération du
réchauffement climatique à l’échelle planétaire.
En 2025, la température moyenne mondiale a atteint environ 1,43 °C au-dessus des niveaux préindustriels, plaçant l’année parmi les trois plus chaudes jamais mesurées. Une évolution directement liée à la hausse continue des concentrations de
gaz à effet de serre, qui piègent la chaleur dans l’atmosphère et modifient durablement les équilibres climatiques.
Au Maroc, l’alternance de longues sécheresses et de crues violentes s’explique surtout par le réchauffement climatique, qui renforce les «rivières atmosphériques» chargées d’humidité. Ces pluies intenses, plus rares mais plus brutales, touchent surtout les zones montagneuses, provoquant inondations, glissements de terrain et débordements des oueds. Malgré les barrages et aménagements hydrauliques, les infrastructures restent vulnérables face à ces épisodes extrêmes. Paradoxalement, l’eau devient plus rare sur le long terme, car les précipitations torrentielles s’écoulent trop vite pour recharger durablement les ressources hydriques. Plus de détails avec Driss Sadkaoui, enseignant-chercheur de géologie à l’Université Abdelmalek Essaadi (Faculté des sciences de Tétouan).
Un déséquilibre énergétique inédit
Pour la première fois, le rapport met en avant un indicateur clé : le
déséquilibre énergétique de la Terre. Celui-ci correspond à l’écart entre l’
énergie solaire absorbée par la planète et celle qu’elle renvoie dans l’espace. Depuis les années 1960, cet écart ne cesse de se creuser, atteignant un niveau record en 2025. Ce phénomène traduit une accumulation massive d’énergie dans le système climatique, dont plus de 91% est absorbée par les
océans. Véritables
régulateurs thermiques, ces derniers jouent un rôle crucial, mais à un coût croissant.
Des océans sous pression
Depuis deux décennies, les
océans absorbent chaque année une quantité d’énergie équivalente à près de 18 fois la consommation énergétique mondiale. Résultat : leur réchauffement s’accélère, avec un contenu thermique qui atteint un nouveau record en 2025. Le rythme de cette hausse a d’ailleurs plus que doublé depuis 2005. À cela s’ajoute une
acidification croissante des eaux, aux conséquences lourdes pour les
écosystèmes marins et la
biodiversité.
Autre signal préoccupant : la
fonte accélérée des glaces. Les calottes du
Groenland et de l’
Antarctique continuent de perdre des masses considérables, tandis que l’étendue de la
banquise arctique reste proche de ses niveaux les plus bas. En 2025, des épisodes de fonte exceptionnelle ont été observés, notamment en
Islande et sur la côte pacifique de l’
Amérique du Nord. Ces phénomènes contribuent directement à l’élévation du niveau des mers, dont l’accélération est mesurée de manière continue depuis 1993.
Sur les continents, ce déséquilibre énergétique se manifeste par une intensification des événements climatiques extrêmes. L’année 2025 a été marquée par des
vagues de chaleur, des
sécheresses, des
incendies de forêt, mais aussi des
tempêtes et des
inondations meurtrières. Ces catastrophes ont fait des milliers de victimes, affecté des millions de personnes et engendré des pertes économiques considérables à l’échelle mondiale.
Des impacts en cascade sur les sociétés
Le rapport met également en lumière les conséquences indirectes du changement climatique. Sécurité alimentaire fragilisée, déplacements de populations, pression accrue sur les systèmes de santé : les effets se multiplient. La modification des régimes de température et de précipitations favorise notamment la propagation de maladies comme la dengue et augmente les risques liés au stress thermique.
Face à cette situation, les Nations unies appellent à une mobilisation immédiate. « L’humanité vient de connaître les 11 années les plus chaudes jamais enregistrées. Quand l’histoire se répète 11 fois, ce n’est plus une coïncidence. C’est un appel à l’action », a déclaré le secrétaire général de l’ONU, António Guterres. La secrétaire générale de l’OMM, Celeste Saulo, a pour sa part averti que les perturbations actuelles du système climatique auront des effets durables, appelant à des décisions rapides et structurantes.
Fondé sur les contributions d’experts et de services météorologiques du monde entier, ce rapport se veut un outil d’alerte, mais aussi d’aide à la décision. Un message clair : le temps de l’observation est passé, place à l’action.