Saloua Islah
16 Mai 2026
À 11:05
La Chine vient de franchir une nouvelle étape dans la conquête spatiale et la recherche biomédicale. Des embryons humains artificiels ont été envoyés ce lundi 11 mai à bord de la station spatiale chinoise Tiangong dans le cadre d’une expérience inédite destinée à comprendre si la reproduction humaine pourrait un jour être possible dans l’espace.
Transportés par le cargo spatial Tianzhou-10 lancé depuis le centre spatial de Wenchang, ces échantillons ont été installés dans le module expérimental de la station par les astronautes chinois actuellement en orbite. Selon les scientifiques de l’Académie chinoise des sciences, l’expérience se déroule « de manière fluide » et un système automatisé renouvelle quotidiennement le milieu de culture des embryons.
Contrairement à de véritables embryons humains, ces structures biologiques ont été créées à partir de cellules souches humaines. Elles reproduisent plusieurs caractéristiques essentielles des premiers stades du développement embryonnaire, sans toutefois pouvoir évoluer jusqu’à former un individu complet. Les chercheurs les utilisent donc comme modèles biologiques pour observer les mécanismes précoces de la vie humaine dans des conditions extrêmes.
L’objectif principal de cette mission est d’étudier les effets de la microgravité sur les premières étapes du développement embryonnaire. Sur Terre, toute forme de vie évolue sous l’influence constante de la gravité. Dans l’espace, l’absence de cette force modifie profondément le comportement des cellules, des tissus et des organes. Les scientifiques cherchent désormais à comprendre comment ces bouleversements affectent la formation du corps humain dès ses premiers jours d’existence.
Le professeur Yu Leqian, responsable du projet au laboratoire national de biologie des cellules souches et de la reproduction de l’Institut de zoologie de l’Académie chinoise des sciences, explique que cette expérience doit permettre d’évaluer les risques biologiques auxquels seraient confrontés de futurs habitants de colonies spatiales. À terme, les chercheurs espèrent identifier les mécanismes pouvant perturber le développement humain en orbite afin d’imaginer des solutions pour les corriger.
L’expérience se concentre sur une période particulièrement sensible du développement embryonnaire, correspondant approximativement aux jours 14 à 21 après la fécondation. Cette phase est considérée comme cruciale puisque c’est durant cette fenêtre temporelle que commencent à se former les principaux organes humains. La moindre anomalie à ce stade peut avoir des conséquences importantes sur le développement futur.
Pendant des décennies, cette étape du développement humain est restée largement inaccessible à la recherche scientifique. Les règles internationales limitaient en effet la culture d’embryons humains in vitro à 14 jours maximum pour des raisons éthiques. Mais en 2021, la Société internationale pour la recherche sur les cellules souches a assoupli cette limite, ouvrant la voie à de nouveaux travaux sous contrôle éthique renforcé.
Pour cette mission spatiale, les chercheurs chinois ont développé deux modèles distincts. Le premier repose sur des embryons cultivés sur des cellules utérines afin de simuler l’implantation dans l’utérus. Le second utilise une puce microfluidique reproduisant certaines conditions biologiques du développement précoce. Des échantillons identiques sont également étudiés simultanément sur Terre afin de comparer précisément les effets de la gravité et de l’apesanteur.
Les embryons artificiels resteront cinq jours dans la station Tiangong avant d’être congelés puis renvoyés sur Terre pour analyse. Les scientifiques espèrent que cette comparaison entre les échantillons spatiaux et terrestres permettra de mieux comprendre les anomalies du développement embryonnaire, y compris certaines maladies observées sur Terre.
Cette mission s’inscrit dans une stratégie spatiale chinoise de plus en plus ambitieuse. Pékin multiplie les recherches liées à la survie humaine dans l’espace dans la perspective de séjours de longue durée sur la Lune ou sur Mars. Le cargo Tianzhou-10 transporte d’ailleurs également d’autres expériences biologiques, notamment sur des embryons de souris et des embryons de poissons-zèbres.