Saloua Islah
19 Mars 2026
À 10:00
Le cratère Jezero est une grande dépression située
sur Mars, formée par l’impact d’une météorite il y a des milliards d’années. Avec le temps, les scientifiques ont compris, grâce aux images satellites, que ce cratère avait autrefois abrité un lac, alimenté par des rivières. C’est pour cette raison que
la NASA a choisi ce site pour y poser en 2021
le rover Perseverance, un robot roulant équipé d’instruments scientifiques, chargé d’explorer le sol martien et d’analyser les traces laissées par cette eau ancienne.
Selon une étude publiée ce mercredi dans la revue scientifique
Science Advances, les données envoyées par le rover apportent aujourd’hui
des éléments nouveaux. Grâce à
un radar embarqué appelé
RIMFAX, les chercheurs ont pu observer ce qui se trouve sous la surface, jusqu’à environ
35 mètres de profondeur. Concrètement, cet outil envoie des ondes dans le sol et analyse leur retour, ce qui permet de reconstruire l’organisation des couches souterraines.
Ces observations ont révélé
la présence de couches de roches organisées de manière similaire à celles que l’on observe sur Terre dans les deltas.
Un delta se forme lorsqu’une rivière se jette dans un lac ou une mer et dépose progressivement du sable, de la boue et des minéraux. Au fil du temps, ces dépôts s’empilent et créent des structures bien reconnaissables. Sur Mars, ces formations s’étendent sur
plus de 6 kilomètres le long du trajet du rover, ce qui indique que le phénomène était de grande ampleur.
L’un des points clés de l’étude concerne l’âge de ces dépôts. Les chercheurs estiment qu’ils se sont formés entre
4,2 et 3,7 milliards d’années, soit très tôt dans l’histoire de la planète. Ils sont même plus anciens que le delta déjà visible à la surface du cratère, ce qui indique que l’eau était présente dans cette région bien avant ce que l’on pensait et qu’elle a circulé sur une période plus longue, révèlent les auteurs de l’étude.
Les analyses montrent par ailleurs que ces dépôts se sont formés en
plusieurs phases, alternant apports de sédiments et épisodes d’érosion. Cette succession traduit un environnement façonné durablement par l’eau, et
non un phénomène ponctuel.Pour les scientifiques, ce type d’environnement est particulièrement intéressant car, sur Terre, les deltas agissent comme
des archives naturelles. Chaque couche de sédiments enregistre les conditions de l’époque où elle s’est formée. Une fois enfouies, ces couches sont protégées et peuvent conserver des
informations chimiques pendant des millions, voire des milliards d’années.
C’est dans ces dépôts que l’on retrouve parfois, sur Terre, des traces d’
anciens micro-organismes. Non pas sous forme de fossiles visibles, mais sous forme de signatures chimiques laissées par leur activité. C’est pour cette raison que les chercheurs s’intéressent à ce type de structures sur Mars. Si la vie a existé, même sous une forme très simple, ces zones sont parmi les plus susceptibles d’en avoir
conservé des traces.
Les auteurs de l’étude précisent toutefois qu
’aucune preuve de vie n’a été trouvée sur Mars à ce stade. En revanche, ils expliquent que les structures découvertes offrent des conditions favorables à la conservation d’éventuelles traces anciennes. Dans ce sens, ces résultats permettent surtout de mieux comprendre
l’histoire ancienne de Mars et d’orienter les recherches futures vers les zones les plus susceptibles de contenir des traces de vie passée, concluent-ils.