L’ONU propose une nouvelle boussole mondiale du progrès au-delà du PIB
Les Nations Unies ont dévoilé un nouveau cadre mondial pour mesurer le progrès destiné à compléter le Produit intérieur brut par des indicateurs intégrant le bien-être, les inégalités et la durabilité environnementale. Une initiative qui ambitionne de transformer la manière dont les États évaluent leurs politiques publiques.
Beyond GDP 6 May - Revision
LE MATIN
07 Mai 2026
À 17:00
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Le Produit intérieur brut (PIB) ne suffit plus à mesurer le progrès des sociétés. C’est le constat dressé par le Groupe d’experts indépendant de haut niveau des Nations Unies sur « l’Au-delà du PIB », qui a présenté mercredi à New York un nouveau tableau de bord mondial destiné à compléter les indicateurs économiques traditionnels.
Le rapport, intitulé « Compter ce qui compte : une boussole du progrès pour les personnes et la planète », constitue l’aboutissement des travaux menés par un groupe de 14 experts internationaux nommés en mai 2025 par le Secrétaire général de l’ONU. Réunissant des spécialistes de l’économie, des statistiques, du développement et des politiques publiques issus de différentes régions du monde, ce groupe avait pour mission d’élaborer des indicateurs capables de mieux refléter les réalités sociales et environnementales contemporaines.
Le document propose ainsi une série d’indicateurs universels visant à intégrer des dimensions longtemps reléguées au second plan, comme les inégalités, la santé, l’éducation, la sécurité ou encore la qualité de l’environnement.
Depuis plusieurs décennies, le PIB demeure la référence principale pour évaluer la performance économique des États et orienter les politiques publiques. Mais pour les experts onusiens, cet indicateur présente aujourd’hui des limites majeures. Une économie peut en effet afficher une croissance soutenue tout en connaissant une aggravation des fractures sociales ou une dégradation accélérée de l’environnement.
« Le PIB ignore les inégalités et la pauvreté. Il ne rend pas compte de la dégradation environnementale. Il passe à côté des dimensions non monétaires du bien-être », a souligné Nora Lustig, co-présidente du Groupe d’experts.
Un outil opérationnel
Le rapport répond à un mandat confié par les États membres de l’ONU dans le cadre du « Pacte pour l’avenir » adopté en 2024. L’objectif est de fournir aux gouvernements un nombre limité d’indicateurs complémentaires au PIB pouvant être utilisés rapidement dans les processus de décision.
Selon les Nations Unies, le tableau de bord proposé s’appuie largement sur les indicateurs déjà utilisés dans le suivi des Objectifs de développement durable (ODD), afin de faciliter son intégration dans les systèmes statistiques nationaux.
Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, estime que cette initiative marque « une étape décisive » dans la remise en question de la dépendance excessive au PIB. « Ce rapport formule des recommandations concrètes en faveur d’indicateurs complémentaires mesurant ce qui compte réellement pour les personnes et la planète », a-t-il déclaré.
Au-delà des seuls indicateurs sociaux et environnementaux, le document insiste également sur les effets d’entraînement entre pays. Il souligne notamment que le niveau de bien-être d’une nation peut être influencé par les politiques économiques, commerciales ou environnementales adoptées ailleurs dans le monde.
Repenser la notion de croissance
Pour les auteurs du rapport, dépasser le PIB ne signifie pas abandonner l’idée de croissance économique, mais plutôt élargir sa définition. « La croissance peut revêtir de nombreuses formes : croissance de l’éducation, meilleure santé, développement des arts et des loisirs », a expliqué Kaushik Basu, co-président du Groupe d’experts.
Cette réflexion s’inscrit dans un débat international de plus en plus présent autour des limites des modèles de développement actuels, dans un contexte marqué par la multiplication des crises climatiques, sociales et géopolitiques.
Les recommandations du rapport doivent désormais être examinées par les États membres de l’Assemblée générale des Nations Unies, qui devront définir les prochaines étapes pour intégrer ces nouveaux outils dans les politiques nationales et internationales. Une évolution qui pourrait, à terme, transformer profondément la manière dont les gouvernements évaluent la prospérité et le progrès.