«Servir le pays et contribuer au développement de la science mondiale.» C'est par ces mots, prononcés il y a vingt ans jour pour jour par
. Lundi 18 mai à Rabat, ses membres se sont retrouvés pour commémorer, sous le Haut Patronage Royal, deux décennies passées à honorer cette devise.
, secrétaire perpétuel, a ouvert la session anniversaire, replaçant l'événement dans la continuité du discours fondateur. Et il a aligné les nombres avec la mesure d'une œuvre méthodique : 60 sessions ordinaires, 18 sessions plénières solennelles, 158 manifestations scientifiques, conférences publiques, colloques, séminaires, écoles d'été, 255 publications institutionnelles, dont vingt livraisons du journal international Frontiers in Science and Engineering. Sur
mobilisant 1.272 chercheurs et médecins, 41 post-doctorants et près de 1.300 étudiants, et débouchant sur 1.495 articles scientifiques, 1.604 communications dans des congrès, treize brevets déposés. À cela s'ajoute le soutien apporté à 2.440 doctorants pour participer à 412 manifestations scientifiques.
L'estrade de l'Académie a, en deux décennies, vu défiler la fine fleur de la science mondiale.
Prix Nobel (Susumu Tonegawa, Jean-Marie Lehn, Françoise Barré-Sinoussi, Serge Haroche, Alain Aspect...) et
médaillés Fields, Jean-Christophe Yoccoz et Cédric Villani ; le sociologue et philosophe Edgar Morin. La présence parmi les invités de
Catherine Bréchignac, secrétaire perpétuelle honoraire de l'Académie des sciences de l'Institut de France et membre associée de l'Académie Hassan II, venue prendre la parole, signait à elle seule la qualité du dialogue tissé avec les partenaires internationaux.
C'est pourtant un parcours singulier qui, lundi, a donné chair à cet engagement.
Salim Tayou, mathématicien de 32 ans, ancien lauréat du Concours général des sciences et techniques, est venu témoigner devant l'assistance. Né à Chefchaouen, baccalauréat scientifique mention très bien à dix-sept ans, il remporte en 2010 le premier Prix de mathématiques de la première édition de ce concours, qui ouvre droit à la bourse d'excellence de l'Académie. Une bourse qui l'accompagnera de la classe préparatoire à la soutenance de thèse. Juin 2012 : double admission à l'École polytechnique de Paris, premier de la filière internationale, et à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm. Il choisit l'ENS, attiré par la recherche en mathématiques pures. En 2019, il soutenait à Paris-Sud Orsay une thèse sur les variétés de Shimura orthogonales, l'un des chantiers les plus exigeants de la géométrie algébrique. Il poursuit aujourd'hui sa carrière dans les universités américaines, tout en demeurant lié à l'Académie.
Depuis 2010,
148 jeunes Marocains ont bénéficié du programme. Dix-huit ont rejoint Polytechnique, quatre les ENS françaises, dix-huit les facultés de médecine au Maroc, neuf l'Institut agronomique et vétérinaire Hassan II. Onze ont soutenu leur thèse de doctorat, quatorze la préparent dans de grandes universités américaines. Cinquante-quatre étudiants sont aujourd'hui en cours de scolarité sous bourse.
Vers une nouvelle décennie
L'anniversaire n'a pas été qu'un exercice mémoriel. À la tribune, le ministre de l'Enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de l'innovation, Azzedine El Midaoui, a tracé les contours d'une ambition partagée avec l'Académie. «Notre ambition est de bâtir un système universitaire plus autonome, plus structuré, plus innovant et mieux intégré dans son environnement territorial, économique et scientifique», a-t-il affirmé, saluant l'œuvre accomplie tout en inscrivant la décennie qui s'ouvre dans une dynamique réformatrice. Le ministre, lui-même universitaire et ancien président de l'Université Ibn Tofaïl, a évoqué les chantiers en cours : la création prochaine d'une Direction de l'innovation au sein du département, la révision des lois relatives au CNRST et aux institutions de recherche, l'élaboration de la Stratégie nationale de la recherche scientifique 2026-2035, et l'institutionnalisation d'une autonomie universitaire pensée comme un «outil stratégique extrêmement important». De nouveaux conseils stratégiques, conçus sur le modèle de France Universités, viendront accompagner les conseils des universités existantes, afin d'assurer la continuité des politiques publiques au-delà des cycles politiques.
L'avenir immédiat de l'Académie passe, lui, par un autre rendez-vous : la session plénière solennelle annuelle qui s'ouvre dès mardi 19 mai et se prolonge jusqu'au 21, sur un thème en prise directe avec les priorités du Royaume, «Les batteries dans la transition énergétique : progrès, défis et opportunités pour le Maroc». La conférence inaugurale sera donnée par le Pr Khalil Amine, chercheur à l'Université de Chicago, membre de la National Academy of Engineering et figure mondiale du stockage électrochimique. Trois jours durant, académiciens, experts internationaux et industriels échangeront sur les conditions d'émergence d'une filière nationale capable d'accompagner l'objectif des 52% d'énergies renouvelables fixé pour 2030.
«En célébrant ce vingtième anniversaire, ce n'est pas seulement regarder le chemin parcouru, c'est aussi affirmer une ambition renouvelée, celle de faire de la science un levier essentiel de développement, de souveraineté et de rayonnement pour notre pays», a conclu le Pr Fassi-Fehri. À l'issue d'une matinée placée sous le signe de la fidélité aux Orientations Royales, l'Académie Hassan II a montré qu'elle entendait, pour les vingt années à venir, garder le cap qu'elle s'était fixé : celui d'une institution discrète mais opiniâtre, au service du pays et de la science.