Brahim Mokhliss
25 Septembre 2026
À 17:17
Les urnes ont parlé, les partis n'ont pas encore tranché. Au lendemain des
législatives du mercredi 23 septembre, les résultats provisoires annoncés par le ministère de l'Intérieur installent le
Parti authenticité et modernité (PAM) en tête avec 97 sièges et ouvrent la voie à des consultations dont l'issue reste indécise. L'hypothèse la plus souvent avancée, celle d'une reconduction de l'alliance entre le PAM, le
Rassemblement national des indépendants (RNI) et le
Parti de l'Istiqlal, s'appuie sur un total de 228 sièges, bien au-delà des 198 requis pour l'investiture.
Arrivé en tête des législatives du mercredi 23 septembre avec 97 sièges, selon les résultats provisoires annoncés jeudi par le ministre de l'Intérieur, le PAM doit réunir une coalition d'au moins 198 députés pour obtenir l'investiture de la Chambre des représentants, comme l'exige l'article 88 de la Constitution. Face à lui, un RNI tombé à 66 sièges, un Istiqlal à 65 et un PJD revenu à 54. Le scrutin a rendu caduc le veto conditionnel du PAM contre le RNI brandi lors de la campagne électorale. Rachid Lazrak, professeur de sciences politiques et de droit constitutionnel, décrit trois scénarios et désigne la reconduction du trio PAM, RNI et Istiqlal, à 228 sièges, comme l'hypothèse la plus vraisemblable.
Ce raisonnement comptable ne suffit pas, avertit
Khalid Chiate, professeur de droit international et de relations internationales à l'Université Mohammed Ier d'Oujda. «Les alliances possibles ne peuvent pas être lues aujourd'hui uniquement à partir des résultats et de la donnée numérique», estime-t-il. Le poids des sièges restera déterminant, concède-t-il, mais d'autres influences et considérations pourraient se révéler «très importantes» dans la définition de la nature des alliances au sein du futur gouvernement.
Une majorité reconductible, mais dans un autre ordre
Le point de départ de l'analyse reste la structure partisane issue des urnes. Envisagée de manière abstraite, elle permettrait, selon l'universitaire, de reproduire le même gouvernement, mais dans un ordre ou sous une formule différente. Le trio formé par le PAM, le RNI et l'Istiqlal pourrait ainsi reconstituer l'Exécutif sous une forme modifiée, une perspective qui lui paraît «possible, dans une certaine mesure».
La réserve n'est pas anodine. Ce trio change de centre de gravité. Chef de file de la législature sortante avec 102 sièges, le RNI n'en compte plus que 66 et devrait céder la direction de l'Exécutif au PAM, conformément à l'article 47 de la Constitution, qui confie la nomination du Chef du gouvernement au parti arrivé en tête. Le politologue Rachid Lazrak, qui tient cette coalition pour la plus vraisemblable, en subordonne d'ailleurs la réussite à une redéfinition des équilibres internes et à un accord sur la répartition des portefeuilles comme sur le programme commun.
Le PAM face à deux cercles partisans
Encore faut-il distinguer les étapes. Le politologue Abdelmounim Lazaar invite à séparer le choix du Chef du gouvernement de la formation de la majorité gouvernementale. La première phase est encadrée par le premier alinéa de l'article 47. La seconde se déroule, selon lui, hors de tout encadrement constitutionnel et hors du champ d'influence des électeurs. «Si l'électeur choisit le parti qui dirigera le gouvernement, il ne choisit pas, en revanche, les partis politiques qui formeront la majorité avec le parti arrivé en tête», souligne-t-il.
Dans cette seconde phase, le PAM se trouvera face à deux cercles partisans. Le premier lui opposera un refus, à l'image du PJD et de l'Alliance de la gauche, pour des raisons politiques, de valeurs et de référentiel. Le second, plus large, réunit le RNI, l'Union socialiste des forces populaires (USFP), le Mouvement populaire (MP), le Mouvement démocratique et social (MDS) et l'Union constitutionnelle (UC), des formations qui ne rencontreront «ni difficultés ni résistances» à s'investir dans l'option de la participation. Rapporté aux résultats provisoires, l'écart est net. Le premier cercle pèse 62 sièges, le second 146, qui, ajoutés aux 97 du PAM, porteraient le total à 243. D'où la conclusion de l'analyste. Une fois le Chef du gouvernement nommé par S.M. le Roi, le PAM trouvera «la voie dégagée» pour former sa majorité, selon le marché politique qu'il jugera le plus à même de lui assurer «le plus grand rendement politique et institutionnel».
Une campagne qui a laissé des traces entre le PAM et le RNI
La voie paraît moins dégagée selon Khalid Chiate, qui situe sur le terrain du discours le premier obstacle au scénario du trio. Ce qui pourrait l'entraver, explique-t-il, tient essentiellement au discours électoral qui a marqué la campagne électorale entre le RNI et le PAM. Des divergences sont apparues entre les deux partis qui, à tout le moins, ont basculé dans le champ de la confrontation politique déclarée. Dès lors, «il sera difficile aujourd'hui de dire que les deux partis se trouvent dans une situation de consensus implicite», alors que se manifeste, sur les plans formel et politique, «une forme de querelle entre eux». Le PAM avait d'ailleurs posé, avant le scrutin, une condition explicite à son ancien partenaire, en excluant toute alliance avec le RNI si celui-ci arrivait en tête.
Pour l'universitaire, cet épisode ne s'effacera pas avec la proclamation des résultats. Il aura des répercussions sur la nature de la relation politique entre les deux formations, mais aussi sur le rapport de chacune à sa base électorale. «Il y avait de véritables contradictions, de même qu'un échange de tirs à coups de chiffres et de dossiers liés à plusieurs points de désaccord», rappelle-t-il, en prévenant que ces mêmes questions pourraient persister ou resurgir durant la prochaine étape gouvernementale. Ce contentieux constitue, à ses yeux, l'un des facteurs qui pèseront sur la formation des alliances.
Les communales, variable décisive des alliances
Khalid Chiate pointe toutefois un autre facteur qui, d'un point de vue pratique, pourrait se révéler plus déterminant encore. Il s'agit des élections communales prévues l'an prochain. Le trio pourrait en effet nourrir un objectif commun dans la gestion des communes au terme de ce scrutin, et cette donnée sera, selon lui, «déterminante pour la nature du gouvernement et des alliances qui lui sont liées». Le raisonnement s'appuie sur un précédent. «S'il existe une alliance préalable au niveau des communes, comme ce fut le cas lors des élections précédentes, ce sera également un facteur déterminant de la nature de l'alliance susceptible de se former aujourd'hui au niveau gouvernemental», observe-t-il. La logique de la majorité nationale se trouverait ainsi indexée sur un calendrier électoral qui dépasse la seule formation de l'Exécutif.
C'est précisément à l'échelle locale que surgit ce que Khalid Chiate qualifie d'élément nouveau, à savoir le nombre de voix obtenues par le Parti de la justice et du développement (PJD) dans les grandes villes. Il cite en particulier les villes concernées par l'organisation de la Coupe du monde, comme Casablanca, Rabat, Marrakech, Agadir, Tanger, et Fès également.
Marrakech en donne une mesure. Le PAM, le PJD et l'Istiqlal s'y partagent désormais à parts égales les neuf sièges des trois circonscriptions, alors que le RNI était représenté dans chacune d'elles en 2021. À l'échelle nationale, le PJD est passé de 13 à 54 sièges. Pour Khalid Chiate, ce poids électoral urbain constitue «un facteur déterminant de la nature de la gestion communale à l'avenir», principalement dans ces villes. Il pourrait dès lors avoir une incidence «très importante» sur l'architecture des alliances qui se nouent aujourd'hui, qu'il s'agisse de l'actuel gouvernement ou de celui qui émergera de ces élections. Un parti qu'Abdelmounim Lazaar range pourtant dans le cercle des formations qui opposeront un refus au PAM.
Reste à arrêter la taille de l'attelage. Une majorité élargie, rappelle Abdelmounim Lazaar, compte pour la stabilité du gouvernement, mais réduit d'autant la part des dividendes politiques et institutionnels revenant à chaque partenaire. «La logique rationnelle veut que le parti investisse dans la formation qui lui assure la majorité et garantit au gouvernement la stabilité politique», conclut-il. Un arbitrage qui devra composer avec le contentieux de campagne, l'échéance communale de l'an prochain et le nouvel équilibre des grandes villes, sur la base de résultats encore provisoires.