Autoroutes de l’eau, inondations, dessalement… Nizar Baraka fait le point
Invité de l’émission “Décryptage” sur Radio MFM, le ministre de l’Équipement et de l’Eau Nizar Baraka est revenu en détail sur la gestion des récentes inondations et sur les grands chantiers hydrauliques en cours. Interconnexions entre bassins, nouveaux barrages, stations de dessalement et dispositif d’indemnisation : le gouvernement défend une stratégie d’adaptation accélérée face aux extrêmes climatiques.
LE MATIN
17 Février 2026
À 11:45
Alors que le Maroc sort d’un épisode pluvieux exceptionnel ayant provoqué crues et dégâts dans plusieurs provinces du Nord et du Centre, la question de la résilience hydraulique s’impose de nouveau dans le débat public. Invité de l’émission "Décryptage” sur Radio MFM, le ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, a livré une intervention dense, mêlant gestion de crise, explications techniques et projection stratégique à moyen et long termes.
Interconnexion hydraulique et nouveaux barrages : accélération stratégique
Face à cette variabilité, l’interconnexion entre bassins hydrauliques constitue l’un des axes majeurs de la stratégie nationale. Le raccordement entre le Sebou et le Bouregreg a permis, fin 2023, d’éviter des coupures d’eau potable dans la région de Casablanca grâce au transfert d’environ 950 millions de mètres cubes.
L’extension du dispositif vers le bassin de l’Oum Er-Rbia doit démarrer d’ici la fin de l’année. L’objectif est d’atteindre progressivement des capacités de transfert pouvant aller jusqu’à 800 millions de mètres cubes par an sur certains axes structurants. Le barrage Al Massira, dont la capacité avoisine 1,7 milliard de mètres cubes, occupe une position centrale dans cette architecture.
Dans le bassin du Loukkos, les crues ont relancé la nécessité d’un ouvrage supplémentaire afin de réduire la pression sur les infrastructures existantes. Un nouveau barrage y est programmé, son lancement étant annoncé pour cette année après des retards liés à des contraintes foncières.
Huit grands barrages ont été achevés durant l’actuelle mandature, tandis que plusieurs ouvrages de taille moyenne sont en cours. Le barrage de Tamri, près d’Agadir, initialement prévu pour 2029, devrait être livré en 2026, soit trois ans plus tôt que prévu. En parallèle, un programme d’environ 155 barrages collinaires est déployé à l’échelle nationale afin de renforcer le stockage local et protéger les zones rurales contre les crues soudaines.
Dessalement : montée en puissance pour sécuriser l’approvisionnement en eau potable
Le dessalement constitue le troisième pilier de cette politique hydraulique. La grande station de Casablanca devrait entrer en service entre la fin de cette année et le début de la prochaine. Dès avril, de nouvelles capacités doivent alimenter Marrakech, Benguerir et Youssoufia.
D’autres projets sont programmés dans l’Oriental, à Tanger, à Guelmim–Tan-Tan ainsi qu’entre Tiznit et Chtouka Aït Baha, avec des capacités annoncées de 300, 150, 100 et 350 millions de mètres cubes.
L’objectif affiché est d’assurer l’approvisionnement en eau potable indépendamment des variations pluviométriques et de préserver les ressources conventionnelles pour l’irrigation et la recharge des nappes, dans un contexte de pression hydrique structurelle.
Reconstruction et indemnisations : un dispositif ciblé pour les provinces sinistrées
Concernant les provinces déclarées sinistrées, le ministre a précisé que leur sélection repose sur les critères du Fonds de solidarité contre les catastrophes naturelles, adossé à un mécanisme assurantiel spécifique. Certaines régions, comme Chefchaouen, bien que touchées, ne remplissaient pas les conditions techniques définies par ce dispositif, sans pour autant être exclues des programmes sectoriels de réhabilitation.
Le plan exceptionnel mobilisé prévoit 225 millions de dirhams d’aides d’urgence, 775 millions de dirhams pour les indemnisations et compensations de perte de revenu, des aides de 6.000 dirhams pour les familles touchées, 15.000 dirhams pour la réhabilitation des habitations et jusqu’à 140.000 dirhams en cas de destruction totale.
Une enveloppe de 1,7 milliard de dirhams est consacrée à la remise en état des infrastructures hydrauliques et routières, tandis que 300 millions de dirhams soutiendront agriculteurs et éleveurs.
Au-delà de l’urgence, le ministère prépare un Plan national de l’eau à l’horizon 2050, fondé sur une planification territorialisée et une adaptation structurelle aux dérèglements climatiques. Entre sécheresse chronique et crues brutales, la politique hydraulique marocaine s’oriente ainsi vers un modèle combinant interconnexion, multiplication des ouvrages et montée en puissance du dessalement, avec pour ambition de renforcer durablement la résilience du pays.