ont choisi de mettre sur le tapis une sujet de la plus haute importance pour les travailleurs marocains dans ce pays de l'Union européenne. La
et qui est restée lettre morte depuis cette date, privant près d'un demi-million de Marocains de leurs droits.
Parlementaires italiens, responsables syndicaux de la CGIL, de l'INCA, de l'UMT, de la CDT et de l'UGTM ont répondu présent dans le but de plaider en faveur de la ratification de cet accord. En toute logique, le Conseil de la communauté marocaine à l'étranger était également de partie. Mais paradoxalement, les départements et organismes publics marocains directement concernés ont brillé par leur absence. «Nous avons adressé des invitations à tous les départements ministériels concernés, à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), à tous les organismes impliqués dans la protection sociale», a dénoncé Younes Firachine, membre du bureau exécutif de la Confédération démocratique du travail (CDT). «Pas un seul représentant gouvernemental n'a daigné se présenter. C'est une situation étrange : il s'agit pourtant d'une question qui concerne des Marocains, qui bénéficierait à des Marocains, et les institutions censées défendre les intérêts des Marocains brillent par leur absence».
Un accord qui dort depuis 1994
L'histoire de cette convention ressemble à un mauvais feuilleton administratif. Signée en 1994 entre Rome et Rabat, elle visait à garantir la portabilité des droits sociaux et la totalisation des périodes de cotisation pour les travailleurs des deux pays. Le Maroc l'a ratifiée dès 1998. L'Italie, elle, ne l'a jamais fait. Résultat : des dizaines de milliers de travailleurs marocains cotisent au système italien sans pouvoir pleinement bénéficier de leurs droits à la retraite s'ils décident de rentrer au pays. Leurs années de labeur se perdent dans les méandres d'un vide conventionnel que d'autres nationalités ont depuis longtemps comblé. «La Tunisie, qui compte une diaspora bien moins importante en Italie, dispose d'un tel accord. D'autres pays voisins également», a rappelé M. Firachine devant l'assemblée. «Le Maroc, qui représente peut-être la deuxième plus grande communauté étrangère en Italie, n'en a toujours pas. Depuis 1998, aucun effort n'a été consenti par le gouvernement sur ce dossier», déplore le militant syndical.
Mustapha Makroum, membre du bureau exécutif de l'UGTM, a abondé dans le même sens, soulignant l'ampleur du préjudice. «Les travailleurs marocains sont présents dans l'agriculture, l'industrie, la construction, les services, la logistique, les soins. Ils travaillent, produisent de la richesse, participent pleinement à la vie économique et sociale. Ils cotisent à un système de sécurité sociale sans pouvoir pleinement bénéficier de la reconnaissance de leurs droits tout au long de leur carrière professionnelle».
Quand les syndicats suppléent l'État
Face à cette inaction institutionnelle, ce sont les organisations syndicales qui ont pris le relais. Maria Grazia Gabrielli, secrétaire confédérale de la CGIL italienne, a posé les termes du débat avec une clarté limpide. «On nous demande souvent en Italie : pourquoi les syndicats s'occupent-ils des personnes migrantes ? La réponse est simple : le travail n'a pas de nationalité. Le travail traverse les frontières, unit les personnes et construit la solidarité». Une vision qui tranche avec le climat politique italien actuel.
De son côté, Ouidad Bakkali, députée italienne d'origine marocaine, a dressé un portrait sans concession de l'évolution des politiques migratoires. «Pour comprendre la situation actuelle, il faut revenir à 1994. Ce n'est pas seulement l'année où une ratification n'a pas eu lieu, c'est surtout une année charnière pour la politique italienne, marquant le passage de la Première à la Deuxième République». L'arrivée de Silvio Berlusconi et de la Ligue du Nord au Parlement a fait de la question migratoire un levier électoral durable. Mais c'est en 2002 que s'opère, selon elle, un «changement culturel et politique» majeur en matière de migration en Italie, avec l'adoption de la loi Bossi-Fini. «Avec cette loi, le travailleur migrant n'est plus sujet de droits, mais devient dépendant structurellement de son employeur. Son droit à la légalité, à la résidence, à la stabilité dépend de la volonté du patron».
La double peine des travailleurs marocains
Cette dépendance juridique se double d'une injustice sociale majeure. Chiara Gribaudo, députée italienne et présidente d'une commission d'enquête sur les conditions de santé et de sécurité au travail, a rappelé une réalité que les statistiques confirment. «Il existe en Italie un autre drame, qui concerne aussi fortement la communauté marocaine : les morts au travail. Lorsqu'un travailleur italien meurt, il y a un deuil ; lorsqu'un travailleur marocain meurt, cela passe trop souvent inaperçu».
Samira Rayasse, membre du secrétariat national de l'UMT, a dénoncé ce qu'elle qualifie de «faux prétexte» de l'Italie. «Nous sommes face à un vide conventionnel qui n'est pas un problème technique, mais un choix politique à coût social élevé. Le gouvernement italien affirme respecter les droits humains, combattre l'immigration irrégulière, intégrer les migrants. Or, dans les faits, il n'existe aucune convention globale protégeant les migrants réguliers, aucune garantie réelle contre l'exploitation».
L'embarras d'une Constitution non appliquée
L'ironie de la situation n'a pas échappé à Driss El Yazami, président du Conseil de la communauté marocaine à l'étranger (CCME). «L'article 16 de la Constitution marocaine consacre trois principes fondamentaux : la protection des droits et des intérêts des Marocains du monde, le maintien et le développement des liens avec le Maroc et la reconnaissance de la double appartenance. C'est une reconnaissance constitutionnelle rare et progressiste à l'échelle mondiale». Sauf que, dans les faits, cette protection demeure largement théorique.
M. El Yazami a également pointé le paradoxe des politiques européennes. «Un rapport européen indique l'existence de plus de 300 programmes légaux de migration mis en place par les États européens pour attirer des travailleurs étrangers. Mais ces programmes doivent faire l'objet de négociations équilibrées. Le Maroc déploie un vaste chantier de généralisation de la protection sociale et a un besoin crucial de médecins et d'infirmiers».
Une mobilisation qui s'organise
C'est dire à quel point le combat des travailleurs marocains en Italie pour leurs droits sera long. La rencontre de Rabat n'est qu'une étape. Les syndicats italiens et marocains ont annoncé la tenue prochaine d'autres rencontres en Italie. Ouidad Bakkali et Chiara Gribaudo ont déposé une résolution parlementaire demandant la réactivation du dialogue bilatéral et une coopération politique structurée. «Nous avons besoin d'une alliance forte, qui implique le Parlement italien, le gouvernement italien, mais aussi le gouvernement marocain», a martelé Maria Grazia Gabrielli.
Pour Younes Firachine, l'urgence est désormais politique. «Le gouvernement marocain a une responsabilité diplomatique. Il doit jouer le jeu, maintenir le contact avec le gouvernement italien, faire des efforts. Depuis 1998, aucune action n'a été entreprise. Les syndicats ne peuvent pas se substituer au gouvernement sur ce dossier». La question posée lundi dernier à Rabat dépasse le cadre strict d'une convention bilatérale. Elle interroge la capacité du Maroc à défendre concrètement les intérêts de sa diaspora, au-delà des discours officiels. Cinq cent mille familles attendent toujours une réponse.