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Développement territorial : le Morocco Today Forum appelle à passer des ambitions aux résultats

Réunis vendredi à Errachidia à l’occasion de la 9e édition du Morocco Today Forum (MTF), responsables publics, experts internationaux et représentants de la société civile ont débattu des conditions d’une émergence intégrée et inclusive. Tous ont plaidé pour une nouvelle étape de la régionalisation, davantage tournée vers les résultats, la proximité et la réduction des disparités territoriales.

Photos: Saouri & Sradni

24 Juillet 2026 À 21:40

C’est dans une région choisie pour son fort potentiel autant que pour les défis qu’elle incarne que le Groupe Le Matin a donné, vendredi, le coup d’envoi de la 9e édition du Morocco Today Forum (MTF), organisée sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Placée sous le thème «Le Maroc des territoires pour une émergence intégrée et inclusive», cette édition réunit à Errachidia membres du gouvernement, présidents de région, élus, experts nationaux et internationaux, représentants du secteur privé et acteurs de la société civile afin de réfléchir aux conditions d’une nouvelle étape de la régionalisation avancée.

En ouvrant les travaux, Mohammed Haitami, président-directeur général du Groupe Le Matin, a rappelé que le choix de cette thématique s’inscrivait dans le prolongement des Hautes Orientations Royales, qui placent la réduction des disparités territoriales parmi les grands chantiers du Royaume. Il a notamment cité le discours du Trône de 2025, dans lequel Sa Majesté le Roi a affirmé qu’«il n’y a aujourd’hui, pas plus que demain, de place pour un Maroc avançant à deux vitesses», soulignant que cette vision se traduit désormais par une nouvelle génération de programmes de développement territorial fondés sur une gouvernance renouvelée et des moyens renforcés. Le choix d’Errachidia répond également à cette logique. Mohammed Haitami a expliqué que cette région illustre à la fois les richesses et les défis des territoires marocains. Il a rappelé que Drâa-Tafilalet ne représente que 3% du PIB national, tandis qu’une large part des investissements publics demeure concentrée dans quelques régions. Pour lui, ces écarts justifient pleinement l’organisation d’un débat national consacré aux territoires et à leur rôle dans le développement du Royaume.

Intervenant à cette séance inaugurale, Amal El Fallah Seghrouchni, ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, a défendu une vision où le numérique devient un levier majeur d’intégration territoriale. Selon elle, la transformation digitale ne consiste pas uniquement à moderniser l’administration. Elle doit permettre de rapprocher les services publics des citoyens, de réduire les inégalités territoriales et de donner à chaque région les moyens de développer ses propres solutions tout en partageant les bonnes pratiques à l’échelle nationale. Elle a mis en avant plusieurs chantiers engagés par le Royaume, notamment le renforcement des infrastructures numériques, le développement des compétences, les services publics digitalisés et le recours à l’intelligence artificielle comme outil d’amélioration de l’action publique.

Changer la méthode plus que les projets

Les interventions ont largement convergé sur la nécessité d’ouvrir une nouvelle phase de la régionalisation avancée. Pour Jelloul Samssème, directeur général des Collectivités territoriales, le Maroc dispose aujourd’hui des bases nécessaires pour franchir un nouveau cap. L’enjeu n’est plus seulement de lancer de nouveaux projets, mais de transformer les méthodes de gouvernance. Il a plaidé pour une action publique davantage fondée sur les résultats, la participation citoyenne et l’évaluation de l’impact, estimant que le développement territorial passe avant tout par une meilleure coordination entre les acteurs et une véritable co-construction des politiques publiques.

Cette même volonté de passer d’une régionalisation institutionnelle à une régionalisation des résultats a été défendue par Abdellatif Maazouz, vice-président de l’Association des régions du Maroc et président du Conseil de la région de Casablanca-Settat. S’il s’est félicité des performances réalisées par le Maroc dans plusieurs secteurs stratégiques, il a rappelé que ces réussites devaient désormais être pleinement ressenties par tous les citoyens. Selon lui, les régions doivent disposer de compétences clarifiées, de financements plus adaptés et d’outils modernes de pilotage afin de produire un impact concret sur la vie quotidienne des populations.

Le développement humain au centre des politiques territoriales

Prenant la parole au nom du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), Ilaria Carnevali a replacé les débats dans une perspective internationale. Elle a rappelé que le développement territorial ne pouvait être réduit aux seuls indicateurs économiques. Selon elle, il doit avant tout améliorer les libertés, les capacités et les opportunités offertes aux citoyens. Forte de l’expérience du PNUD dans plus de 170 pays, elle a mis en avant quatre leviers prioritaires: une gouvernance fondée sur les données et la participation citoyenne, une économie territoriale créatrice d’emplois durables, une transition écologique génératrice de résilience et une transformation numérique répondant aux besoins réels des territoires. La représentante résidente du PNUD a également insisté sur la nécessité de mobiliser de nouveaux instruments de financement et de renforcer les partenariats entre pouvoirs publics, collectivités territoriales, secteur privé, universités et société civile.

Invité à porter la voix de la société civile, Said Olanzi Tachfine, chercheur et militant des droits de l’Homme, a apporté un regard ancré dans les réalités du terrain. Il a appelé à mieux prendre en compte les spécificités des territoires ruraux, oasiens et frontaliers, plaidant pour des politiques publiques davantage adaptées aux réalités locales. Parmi les priorités évoquées figurent l’adaptation des règles d’urbanisme, le renforcement de la sécurité hydrique, la création d’institutions régionales plus fortes et la mise en place de conditions plus attractives pour retenir durablement les compétences dans les régions éloignées.

Au terme de cette séance inaugurale, un message s’est imposé: l’émergence du Maroc ne pourra être pleinement intégrée et inclusive que si les territoires deviennent de véritables moteurs du développement, capables de transformer leurs atouts en opportunités au bénéfice de tous les citoyens. Les travaux du Morocco Today Forum se poursuivent tout au long de la journée autour de trois panels consacrés aux grands défis de la régionalisation avancée. Nous reviendrons en détail, dans une prochaine édition, sur les principales propositions et recommandations qui émergeront de ces échanges.
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