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Élections 2026 : Le niveau d'enseignement des candidats, des contrastes et des paradoxes en fonction des régions

Les statistiques publiées par le ministère de l'Intérieur sur son portail «elections.ma» dressent un portrait plutôt inattendu des candidats aux élections législatives du 23 septembre. Sur les 7.288 candidatures enregistrées à l'échelle nationale, un peu plus de la moitié (50,83%) possède un niveau d'études supérieur. Le relevé effectué région par région par «Le Matin» montre surtout que la carte du diplôme ne se superpose pas à celle du développement. Guelmim-Oued Noun affiche la plus forte proportion de candidats issus du supérieur, loin devant Casablanca-Settat, qui se situe en dessous la moyenne nationale. Fès-Meknès détient la part la plus élevée de candidats ayant un niveau d’enseignement primaire, tandis que dans les deux régions les plus méridionales, le secondaire l'emporte sur le supérieur. Au moment où se dessine la nouvelle Chambre des représentants, ces données éclairent le vivier dont sont issus les 395 élus.

24 Septembre 2026 À 17:25

Au fil de la campagne électorale, les débats ont porté sur les programmes, les alliances et le choix des têtes de liste. Un élément d’importance primordiale est pourtant passé presque inaperçu, le niveau d'instruction des candidats qui se sont disputé, mercredi 23 septembre, les 395 sièges en lice à la Chambre des représentants. Le sujet est loin d'être accessoire. Car dans les échanges de tous les jours, un préjugé tenace laisse entendre que nombre de prétendants à l'hémicycle n'ont pas le niveau d'instruction que requiert l’accomplissement de leur mission.

Les chiffres existent pourtant. Ils sont consultables sur le portail officiel des élections, www.elections.ma. Pour l'ensemble du pays, puis pour chacune des douze régions, le site présente la répartition des candidats selon quatre niveaux d'instruction, à savoir le supérieur, le secondaire, le primaire et l'absence de niveau scolaire. Ces données ont été très peu mises en avant pendant la campagne. «Le Matin» a pris le temps de les décortiquer, région par région. Premier constat : les chiffres contredisent en partie les idées reçues, et font aussi apparaître une répartition des diplômes qui ne suit pas la géographie économique du Royaume. À Guelmim-Oued Noun, six candidats sur dix aux élections législatives du 23 septembre ont suivi des études supérieures. À Casablanca-Settat, première région économique du Royaume, seul un candidat sur deux a ce niveau d’étude. À Fès-Meknès, près d'un candidat sur six n'a pas dépassé l'école primaire.

Une offre électorale partagée

Le scrutin du 23 septembre est le douzième du genre depuis l'indépendance du Maroc. Selon le récapitulatif statistique diffusé le 21 septembre, 28 partis, dont une alliance de partis créée au titre de ce scrutin et deux listes de candidats indépendants, se sont disputé les 395 sièges de la Chambre des représentants. Au total, «7.288 candidatures ont été enregistrées au niveau national, soit une moyenne nationale de plus de 18 candidatures par siège». Parmi elles, 5.505 concernent les circonscriptions électorales locales et 1.783 les listes régionales exclusivement réservées aux femmes.

Sur ce total, le portail du ministère de l'Intérieur indique que 50,83% des candidats ont un niveau d'études supérieur. Le secondaire regroupe 36,43% des candidatures et le primaire 10,86%. Le reste, soit moins de 2%, correspond aux candidats qui ne déclarent aucun niveau scolaire. Près d'un candidat sur deux n'est donc pas passé par l'enseignement supérieur, et près d'un sur huit s'est arrêté au primaire ou ne déclare aucun niveau. Cette moyenne nationale masque des écarts sensibles. Entre la région la mieux dotée et la moins dotée, la part des candidats issus du supérieur varie de 17 points, passant de 60,77 à 43,75%.

Guelmim en tête, Casablanca sous la moyenne

La première place revient à Guelmim-Oued Noun. Avec 60,77% de candidats de niveau supérieur, la région devance de près de dix points la moyenne nationale. Le secondaire y représente 33,85% des candidatures et le primaire 5,38%, la plus faible proportion du pays. Le portail n'y recense aucun candidat sans niveau scolaire. Quatre autres régions dépassent la moyenne nationale. Tanger-Tétouan-Al Hoceïma atteint 53,01%, l'Oriental 52,36%, Souss-Massa 52,01% et Rabat-Salé-Kénitra 50,94%. La région de la capitale ne devance ainsi la moyenne nationale que de 0,11 point. Elle se distingue en revanche par une faible part de candidats de niveau primaire (7,93%) et un poids important du secondaire (39,78%).

Casablanca-Settat se retrouve, elle, sous la moyenne nationale, avec 50,18% de candidats issus du supérieur, juste derrière Marrakech-Safi (50,35%). Le secondaire y pèse 40,65%, le primaire 8,64% et les candidats sans niveau scolaire à peine un demi-point. Les deux niveaux les plus élevés y totalisent ainsi 90,83% des candidatures, une proportion que seule Guelmim-Oued Noun arrive à dépasser. La première région économique du pays présente donc moins de diplômés du supérieur que la moyenne, mais aussi très peu de candidats faiblement scolarisés.

Fès-Meknès détient le record de l’enseignement primaire

À l'autre bout de l'échelle, Fès-Meknès fait partie des cinq régions où la part du supérieur passe sous la barre des 50%, avec 48,68%. Elle détient surtout la plus forte proportion de candidats de niveau primaire du pays, à 15,1%, soit plus de quatre points au-dessus de la moyenne nationale. En y ajoutant les candidats sans niveau scolaire, environ 16% des prétendants de la région n'ont pas dépassé l'école primaire. Béni Mellal-Khénifra suit un profil voisin. Le supérieur y plafonne à 48,83%, le primaire atteint 11,94% et les candidats sans niveau scolaire près de 2%, la troisième proportion la plus élevée du pays dans cette catégorie.

Tanger-Tétouan-Al Hoceïma illustre un autre phénomène, celui d'une offre polarisée. Deuxième région pour la part des candidats du supérieur (53,01%), elle compte aussi la plus forte proportion de candidats sans niveau scolaire, avec 2,22%. L'Oriental présente un schéma comparable, avec 52,36% de candidats du supérieur mais 12,04% de niveau primaire, au-dessus de la moyenne nationale. Marrakech-Safi, avec 12,41%, occupe pour sa part la deuxième place pour le primaire, derrière Fès-Meknès.

Le Grand Sud entre record et exception

Les trois régions du Sud concentrent les situations extrêmes. Si Guelmim-Oued Noun occupe la tête du classement, Laâyoune-Sakia El Hamra et Dakhla-Oued Eddahab ferment la marche. Ce sont les deux seules régions du pays où les candidats de niveau secondaire sont plus nombreux que ceux du supérieur. À Laâyoune-Sakia El Hamra, le secondaire représente 46,53% des candidatures contre 43,75% pour le supérieur, la plus faible proportion du Royaume. Le primaire y pèse 7,64% et les candidats sans niveau scolaire environ 2%, la deuxième part la plus élevée après Tanger-Tétouan-Al Hoceïma. À Dakhla-Oued Eddahab, l'écart est plus serré, avec 45,71% pour le secondaire contre 44,29% pour le supérieur. Le primaire y atteint 10%, tandis que le portail n'affiche aucun candidat sans niveau scolaire. Draâ-Tafilalet complète ce tableau. Avec 47,35% de candidats issus du supérieur, la région occupe le dixième rang national. Elle affiche en revanche la part du secondaire la plus élevée après les deux régions sahariennes, à 41,43%.

Ces statistiques portent sur l'ensemble des candidats et non sur les seuls élus. Parmi les prétendants figuraient 227 parlementaires en exercice briguant un nouveau mandat, ainsi que 2.658 femmes. La proclamation des résultats permettra de vérifier si la nouvelle Chambre des représentants reproduit la carte du diplôme observée chez les candidats ou si le vote en a modifié l'équilibre.

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