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Elections 2026 : le PAM défend sa procédure d’investiture des candidats

Selon Adil El Bitar, parlementaire et membre du bureau politique du Parti authenticité et modernité (PAM), son parti, en préparation aux prochaines élections, œuvre à instaurer une procédure transparente d’octroi des investitures, à travers une commission dédiée. À cet égard, dit-il, des critères bien définis, comme la compétence et l’ancrage partisan, sont déterminants dans le choix des candidats.

24 Avril 2026 À 14:40

Le Matin : Comment se déroule concrètement le processus d’accréditation des candidats du PAM ?
Adil El Bitar : La procédure actuelle d’investiture s’inscrit dans une vision renouvelée fondée sur une approche collective visant à renouveler les élites et à renforcer l’efficacité électorale, en préparation des échéances de 2026. Elle repose sur plusieurs fondements essentiels. D’abord, une direction collégiale avec un arbitrage centralisé : la démarche privilégie le consensus local à chaque fois que c’est possible, en concertation avec les acteurs territoriaux et les responsables régionaux, et ce à travers une commission ad hoc composée de membres du bureau politique et d’autres leaders du parti. En cas de désaccord persistant, la direction centrale intervient pour trancher, en se fondant sur des critères objectifs tels que la compétence et la capacité à remporter les élections. Les décisions d’investiture sont prises par la direction collective de manière consensuelle, afin de préserver l’unité interne et d’éviter les divisions, notamment dans les circonscriptions à forte concurrence. Enfin, une attention particulière est accordée aux contributions des responsables régionaux et locaux, dont les rapports et recommandations alimentent l’élaboration des listes finales, tout en maintenant la prérogative de décision au niveau de la direction collective. Ainsi, cette procédure vise à concilier concertation et efficacité décisionnelle, dans l’intérêt du parti et en vue d’optimiser sa préparation aux prochaines échéances électorales.


Quels critères priment réellement dans vos investitures ?
Le PAM privilégie l’ouverture vers le renouvellement des élites, à travers la promotion de nouveaux profils, jeunes et parfois extérieurs aux figures politiques traditionnelles, afin d’insuffler une nouvelle dynamique et de valoriser des compétences adaptées aux défis actuels. La procédure d’investiture du PAM accorde également une importance particulière à la promotion de la représentation féminine, en encourageant la présence des femmes, ainsi que les jeunes et leur positionnement en tête des listes électorales. Bien sûr, ces critères sont conjugués à la compétence et à la capacité à remporter les élections.


Pourquoi ce processus d’investiture au sein des partis reste-t-il opaque pour le public ?
Nous sommes conscients que l’opinion publique marocaine porte, de manière générale, un regard empreint de méfiance et de scepticisme à l’égard de la procédure d’investiture des partis politiques de leurs candidats. Celle-ci est souvent perçue comme un processus manquant de démocratie interne et régi davantage par des logiques de «loyauté» et d’«intérêts» que par celles de la «compétence» et de la «probité». Les citoyens estiment souvent que les investitures sont accordées aux notables et aux hommes d’affaires disposant d’une influence financière ou tribale, ce qui contribue à la reconduction des mêmes profils et réduit les chances des jeunes compétences ou des militants réellement engagés au sein des partis. À cela s’ajoute l'amplification du phénomène de transhumance politique, qui affaiblit l’appartenance partisane et accentue le désenchantement des électeurs.

C’est dans ce contexte que le Parti authenticité et modernité œuvre à instaurer une procédure transparente d’octroi des investitures, à travers une commission dédiée, comme mentionné précédemment, et selon des critères préalablement définis, rompant avec les logiques de rente électorale et accordant une importance particulière à la compétence et à l’ancrage partisan. L’objectif est de garantir l’émergence d’élus capables d’assumer pleinement leurs responsabilités constitutionnelles, en cohérence avec les appels Royaux qui insistent sur la corrélation entre responsabilité et reddition des comptes. Il convient toutefois de reconnaître que ce processus est à la fois délicat et déterminant. Il demeure exigeant, compte tenu des accumulations négatives dans ce domaine, dans un paysage politique et partisan qui requiert encore davantage d’efforts en matière de pratique démocratique et de moralisation de la vie publique.


La nouvelle architecture des programmes de développement territorial traduit-elle, selon vous, un recentrage de la décision politique en dehors des partis ?

Nous avons, au sein du Parti authenticité et modernité, débattu à plusieurs reprises, dans différents cadres et occasions, de la nouvelle génération des programmes de développement territorial. Le bureau politique a exprimé l’engagement fort du PAM à soutenir cette dynamique et a appelé à mettre en avant le rôle des élus et des acteurs locaux dans ce chantier, à travers un engagement responsable, concret, large et sérieux dans la mise en œuvre de ces programmes. Nous avons également souligné que la réussite de ce chantier réformateur demeurait tributaire de la traduction effective, sur le terrain, des Orientations Royales.

Notre parti a par ailleurs insisté sur la nécessité pour les élus d’adopter une méthode de travail fondée sur le «sérieux et le réalisme», afin de garantir l’efficacité des projets territoriaux visant à améliorer les conditions de vie des populations, en particulier dans les zones les plus vulnérables. Donc, bien au contraire, nous avons salué dans le bureau politique l’ampleur des concertations territoriales ayant accompagné l’élaboration de ces programmes, ce qui prouve une implication et une responsabilisation accrue des élus locaux dans l’élaboration de ce programme par l’identification précise des besoins réels des territoires, notamment en matière d’infrastructures et de services publics.

Le Parti authenticité et modernité considère en outre que cette nouvelle génération de programmes de développement territorial, soutenue par des ressources financières importantes – notamment à travers une augmentation de 20% des dotations destinées aux régions, ainsi que l’attribution de ressources fiscales pérennes (5% du produit de l’impôt sur les sociétés, 5% de l’impôt sur le revenu et 20% des taxes sur les contrats d’assurance), en plus de l’instauration d’un seuil minimal des transferts financiers de l’État aux régions fixé à 12 milliards de dirhams par an à partir de 2027 – nécessite l’émergence d’élites locales capables de traduire ce chantier en réalisations concrètes. Cela suppose une gouvernance territoriale fondée sur le principe de corrélation entre responsabilité et reddition des comptes, plaçant l’intérêt du citoyen au cœur du développement local. Il s’agit là d’une responsabilité majeure des partis politiques, désormais appelés à accompagner activement ce chantier structurant porté au plus haut niveau de l’État.


Dans ce nouveau schéma, peut-on encore considérer l’élu comme un acteur agissant dans l’élaboration des politiques publique ?
Il faut reconnaître que la prise en charge de l’élaboration de la nouvelle génération des programmes de développement territorial par le ministère de l’Intérieur constitue un prolongement de son rôle traditionnel en tant qu’acteur central dans la mise en œuvre des orientations stratégiques territoriales et la supervision des politiques publiques à dimension territoriale. Ce choix peut s’expliquer par plusieurs facteurs, notamment l’expertise technique et administrative accumulée par ce département, l’importance de ses ressources humaines et financières, ainsi que sa capacité à assurer une coordination rapide et efficace entre les différents intervenants, en plus de sa position en tant qu’institution garante d’une mise en œuvre cohérente des décisions à l’échelle nationale.
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