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Elections 2026 : les candidates, cibles privilégiées des attaques numériques

Photos truquées, insultes, calomnies, atteintes à la vie privée, campagnes de dénigrement et, désormais, contenus susceptibles d’être manipulés par intelligence artificielle : à quelques jours des législatives du 23 septembre, plusieurs candidates marocaines disent faire face à une violence qui se déploie en marge de la confrontation politique classique. Najwa Koukouss, Nabila Mounib, Amina Maa El Aïnin ou encore Fatima Khair ont été visées à des degrés différents. Plusieurs intéressées ou leurs formations politiques ont choisi de saisir la justice. Ces pratiques, pas très répandues pour le moment mais assez graves quand même, ont fini par alerter les associations de défense des droits des femmes et de lutte contre les violences numériques.

17 Septembre 2026 À 17:56

Mercredi 16 septembre, le Rassemblement national des indépendants a annoncé avoir engagé des procédures judiciaires après la diffusion de photos et de contenus qu’il qualifie de «falsifiés» visant notamment sa candidate, l’actrice Fatima Khair, ainsi que l’acteur Benaïssa Jerrari. Le parti assure avoir l’intention de poursuivre toute personne dont l’implication serait établie dans leur fabrication, leur publication ou leur diffusion.

Dans sa réaction, le RNI prend soin d’établir une frontière entre la critique, inhérente à toute confrontation électorale, et la falsification. Selon sa porte-parole Salma Benaziz, dans une déclaration à la presse, l’intensité de la compétition et les divergences entre programmes ne sauraient justifier l’atteinte à la réputation ou à la dignité des personnes. Le parti dit ainsi défendre la liberté du débat politique tout en contestant l’utilisation de contenus fabriqués susceptibles, selon lui, de tromper l’opinion publique.



Cette affaire ne constitue pourtant pas un cas isolé. Quelques jours plus tôt, le débat avait gagné deux autres circonscriptions de Casablanca. Le 14 septembre, l’Alliance de la gauche a dénoncé ce qu’elle considère comme une campagne de «diffamation» et d’incitation à la haine visant Nabila Mounib, candidate du Parti socialiste unifié à Anfa. L’organisation estime que certaines attaques mêlent confrontation politique et propos hostiles dirigés contre elle en tant que femme. Il s’agit là de la position exprimée par l’Alliance, les responsabilités éventuelles relevant naturellement de l’appréciation des autorités compétentes.

Le même jour, Amina Maa El Aïnin, candidate du Parti de la justice et du développement à Aïn Chock, a annoncé son intention de recourir à la justice contre des comptes et des personnes qu’elle accusait de multiplier les attaques et les campagnes de dénigrement à son encontre. Elle affirme avoir entrepris de documenter ces contenus, dont certains utiliseraient, selon ses déclarations, des procédés liés à l’intelligence artificielle.

Mais ces pratiques semblent avoir commencé bien avant le début de la campagne électorale. Dès le mois d’août, Najwa Koukouss, présidente du Conseil national du PAM et candidate à Casablanca-Anfa, avait également annoncé son recours à la justice face à ce qu’elle décrivait comme des campagnes organisées de diffamation, de propos injurieux et de violence numérique. Dans son communiqué, elle estimait que la banalisation de telles pratiques pouvait encourager leur reproduction et installer un sentiment d’impunité.

Dix candidates ciblées avant même le début de la campagne

Ces affaires individuelles prennent une autre dimension lorsqu’elles sont replacées dans les données recueillies par les associations. Le 11 août, soit un mois avant l’ouverture officielle de la campagne électorale, l’Observatoire national pour la protection contre la violence numérique alertait déjà sur la montée des agressions dirigées contre des femmes engagées dans les législatives. Selon sa présidente, Bouchra Abdou, dix candidates issues de plusieurs partis avaient été ciblées durant le seul mois de juillet et le début du mois d’août. Le monitoring de l’Observatoire faisait état d’insultes, de propos diffamatoires, d’atteintes à la vie privée et à la dignité ainsi que de diffusion d’allégations et de contenus offensants. Pour l’Observatoire, l’enjeu dépasse les personnes directement visées. L’organisation considère que l’installation de ce type de violence dans l’espace numérique peut peser sur la participation politique des femmes et sur l’égalité des conditions dans lesquelles se déroule la compétition électorale. Bouchra Abdou avait notamment averti que la multiplication des agressions pouvait décourager certaines femmes d’entrer dans l’arène électorale. Cette inquiétude intervient dans un contexte où l’accès des femmes aux positions électorales les plus en vue reste encore limité.

Le droit électoral face aux montages et aux «fake news»

La singularité de cette campagne tient aussi au fait que les attaques numériques surviennent alors que le législateur vient de renforcer l’arsenal applicable aux contenus falsifiés en période électorale. L’article 51 bis de la loi organique 53.25, modifiant la loi organique relative à la Chambre des représentants, vise notamment la diffusion sans consentement d’un montage composé des propos ou de l’image d’une personne, ainsi que la publication de nouvelles fausses, de faits mensongers ou de documents fabriqués dans l’intention de porter atteinte à la vie privée ou de diffamer un électeur ou un candidat. Le texte mentionne explicitement les réseaux sociaux, les plateformes numériques et les outils d’intelligence artificielle. Les peines prévues sont lourdes : deux à cinq ans d’emprisonnement et une amende de 50.000 à 100.000 dirhams.

À l’heure des montages faciles à produire et à diffuser, l’élection de 2026 constitue ainsi un premier test grandeur nature pour le nouvel arsenal marocain contre la manipulation numérique : entre liberté du débat politique et protection des candidat(e)s, la loi est on en peut plus claire. Sauf que la justice doit faire preuve de célérité pour sanctionner les coupables et rétablir les vérités. Car en attendant la fin d’un procès, un deep fake aura causé des dégâts irréparables.
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