24 Septembre 2026 À 17:33
Le PAM vient de franchir un seuil qu’il n’avait encore jamais atteint. Pour la première fois de son histoire électorale, le Parti authenticité et modernité arrive en tête des élections législatives. Avec 97 sièges sur les 395 que compte la Chambre des représentants, il devance le RNI, crédité de 66 élus, et l’Istiqlal, qui en obtient 65. En 2011, le PAM n’était que quatrième ; en 2016, malgré 102 sièges, il avait été devancé par le PJD ; en 2021, il avait terminé derrière le RNI. Cette fois, il passe devant. Plus qu’un grand chambardement, les législatives du 23 septembre dessinent ainsi une recomposition à l’intérieur même du paysage partisan. Les principaux acteurs restent les mêmes ; leur poids, lui, a sensiblement changé.
Selon les résultats provisoires annoncés jeudi par le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, le Parti authenticité et modernité obtient 97 des 395 sièges de la Chambre des représentants. Le Rassemblement national des indépendants suit avec 66 députés, talonné par l’Istiqlal avec 65. Le Parti de la justice et du développement retrouve le premier carré avec 54 élus. Aucun parti ne détient donc, à lui seul, le quart de l’hémicycle. Derrière eux, le Mouvement populaire obtient 29 sièges, l’USFP 26, le PPS 19 et l’Union constitutionnelle 17. Le Mouvement démocratique et social et l’Alliance de la gauche remportent huit sièges chacun. Le FFD et le Parti de l’équité en décrochent deux chacun ; les Néo-Démocrates et le Parti de l’unité et de la démocratie, un chacun. Le classement donne une photographie. La comparaison avec 2021 raconte le mouvement: le PAM gagne 10 sièges, le RNI en perd 36, l’Istiqlal en cède 16 et le PJD en regagne 41.
En 2021, le RNI dominait la Chambre avec 102 sièges, devant le PAM (87) et l’Istiqlal (81). Les trois partis avaient ensuite constitué une coalition forte de 270 députés, largement au-delà de la majorité absolue (198 sièges). Cinq ans plus tard, le trio est toujours là, mais il ne compte plus que 228 sièges, soit 42 de moins. Il reste arithmétiquement majoritaire ; son équilibre interne, en revanche, a été profondément remanié. Le PAM passe de 87 à 97 sièges et prend la tête. Le RNI chute de 102 à 66 élus, perdant plus d’un tiers de son groupe parlementaire. L’Istiqlal recule de 81 à 65. L’écart entre les deux premiers dit à lui seul le basculement: en 2021, le RNI devançait le PAM de quinze sièges, il accuse désormais 31 sièges de retard. Le parti de la Balance arrive, lui, à une unité seulement du RNI. Après l’annonce des résultats, Nizar Baraka a appelé à «sortir de la logique de compétition électorale» pour se concentrer sur les attentes des citoyens, assurant que l’Istiqlal resterait mobilisé «dans la majorité comme dans l’opposition».
Mais le mouvement le plus spectaculaire vient du PJD. Cinq ans après son effondrement électoral, le parti regagne 41 députés et porte son groupe de 13 à 54 sièges. Le rebond est considérable sans toutefois ramener la formation à ses années fastes. Le PJD avait remporté 107 sièges en 2011 puis atteint 125 élus en 2016, avant de tomber à 13 en 2021. Son résultat de mercredi constitue donc moins un retour à son apogée qu’une réinstallation dans le peloton de tête. Il n’est désormais séparé que de 11 sièges de l’Istiqlal et de 12 du RNI. Plus bas dans le tableau, les déplacements sont plus contenus. Le Mouvement populaire passe de 28 à 29 sièges. L’USFP recule de 34 à 26, le PPS de 22 à 19 et l’Union constitutionnelle de 18 à 17, tandis que le MDS progresse de cinq à huit élus. À l’USFP, Driss Lachgar a reconnu après l’annonce officielle avoir été «surpris» par les résultats, avant d’annoncer une évaluation du scrutin par les instances du parti.
Les sièges disent quels partis avancent et lesquels reculent. Mais un autre chiffre traverse toute la lecture du scrutin: 38,08%. Sur 15.801.162 électeurs inscrits, près de six millions se sont déplacés. Autrement dit, un peu moins de quatre inscrits sur dix ont voté. La participation avait atteint 50,86% en 2021 et 42,27% en 2016, selon les chiffres rappelés par le ministre de l’Intérieur. Le recul dépasse donc douze points en cinq ans. Il faut remonter à 2007, lorsque la participation s’était établie autour de 37%, pour retrouver un niveau inférieur. La comparaison avec 2021 nécessite néanmoins une précaution: cette année-là, législatives, communales et régionales avaient été organisées simultanément.
À Laâyoune-Sakia El Hamra, 77% des inscrits ont voté, soit près de huit électeurs sur dix et plus du double de la moyenne nationale. Le taux atteint 61% à Dakhla-Oued Eddahab et 53,48% à Guelmim-Oued Noun. «L’affluence des citoyens aux urnes a été, comme à l’accoutumée, importante dans les provinces du Sud», a souligné Abdelouafi Laftit. Le ministre a présenté ces taux comme une preuve de l’attachement des habitants de ces régions à leur marocanité et de leur implication dans les différentes institutions représentatives.
Après le verdict des urnes vient désormais le temps des alliances. Avec ses 97 sièges, le PAM est arrivé en tête, mais demeure loin des 198 députés nécessaires à la majorité absolue. Même associé au RNI, deuxième avec 66 sièges, il n’en réunirait que 163 ; avec l’Istiqlal, troisième avec 65 élus, le total atteindrait 228. Pour une majorité viable, il faut une coalition à trois partis au mois. Sachant que les résultats annoncés par le ministère de l’Intérieur restent à ce stade provisoires.
Sur le papier, la solution la plus simple existe déjà: PAM, RNI et Istiqlal totalisent encore 228 sièges, largement au-dessus de la majorité absolue. Mais l’arithmétique ne dit pas tout de la politique. La campagne a profondément tendu les rapports entre les deux principales composantes de la majorité sortante. Fatima-Zahra El Mansouri avait fait savoir qu’elle ne souhaiterait pas personnellement participer à un gouvernement conduit par le RNI si celui-ci arrivait en tête ; quelques jours avant le vote, Mehdi Bensaïd, ministre et membre de la direction collégiale du PAM, avait publiquement soutenu cette position. La reconduction à l’identique de la coalition sortante est donc mathématiquement possible, mais politiquement loin d’être cohérente. À partir de là commence une autre opération, celle des alliances: le PAM dispose de la première pièce du puzzle, mais aucune combinaison à deux partis ne lui donne la majorité. La configuration du prochain gouvernement dépendra donc autant des 97 sièges obtenus dans les urnes que des lignes rouges et des compromis que les partis accepteront désormais de redessiner.