Nation

Élections 2026 : l’USFP mise sur l’optimisation des politiques publiques et prône un «développement juste»

Dévoilé jeudi 27 août à Rabat, le programme électoral de l’USFP embrasse plusieurs champs de l’action publique : des institutions et de la gouvernance aux choix économiques et fiscaux, de l’emploi aux politiques sociales, en passant par la justice territoriale, la culture et la question de l’identité. À travers ces différents volets, le programme associe des propositions, des objectifs chiffrés et des mécanismes d’évaluation, avec une attention particulière portée à l’utilisation des ressources publiques, à la création d’emplois, à l’accès aux services et à la mesure des effets des politiques engagées sur les citoyens.

28 Août 2026 À 16:40

Un programme électoral se lit dans les priorités qu’il hiérarchise, les choix qu’il opère entre des attentes parfois concurrentes et la manière dont il organise le passage de l’engagement politique à l’action publique. C’est à ce niveau que les propositions de l’USFP peuvent être examinées : certaines fixent des objectifs précis et quantifiés, d’autres énoncent des principes ou des orientations dont la portée dépend encore de leur traduction dans les politiques publiques.

Poser les termes du contrat politique

Dans le programme de l’USFP, les libertés publiques constituent l’un des fondements du rapport au politique. État de droit, liberté de la presse et d’expression, droit d’organisation, protection des données personnelles et de la vie privée, égalité devant la loi : ces garanties sont envisagées comme les conditions mêmes d’une relation de confiance entre le citoyen et les institutions. «Il n’y a pas de développement sans libertés, ni de continuité sans sécurité juridique, ni de confiance sans une justice indépendante», affirme M. Lachgar qui exposait jeudi les grandes lignes du programme de son parti. Selon lui, la question démocratique est intimement liée à celle de l’action publique.

Cette conception s’étend au rôle de l’opposition. En la qualifiant de «fonction constitutionnelle et une responsabilité nationale», le leader socialiste lui assigne une fonction qui dépasse la seule contestation des choix de la majorité. Écouter, critiquer, proposer : ces trois dimensions participent, dans sa lecture, d’une même exigence de débat public et de responsabilité politique.

La notion de «développement juste» vient prolonger ce raisonnement sur un autre terrain. Les progrès enregistrés dans les infrastructures et les grands chantiers sociaux sont reconnus, mais leur répartition demeure, selon M. Lachgar, une question entière puisque leurs bénéfices n’ont pas atteint tous les citoyens «au même degré ni à la même vitesse». La justice sociale se mesure alors aussi à l’accès effectif aux droits, à la répartition des bénéfices du développement et aux écarts qui subsistent entre territoires et catégories de population.

Reste la question du lien électoral, qui donne à cette réflexion sa portée politique. Le «contrat politique clair» évoqué par M. Lachgar repose sur des objectifs mesurables et des engagements soumis à la reddition des comptes. L’élection ne constitue ainsi que le point de départ d’une relation appelée à être suivie dans le temps : les engagements pris doivent pouvoir être confrontés aux résultats obtenus.

Donner au contrat une architecture démocratique

Après le contrat politique défini par Driss Lachgar, Kamal Hachoumy s’attache aux conditions qui doivent permettre aux institutions d’en répondre devant le citoyen. Pour le membre du bureau national de l’USFP, une décision publique ne se mesure pas seulement aux moyens qui lui sont consacrés, mais à ce qu’elle permet effectivement de réaliser, au délai dans lequel elle est mise en œuvre et à ses effets sur la vie quotidienne. Un projet annoncé ou une enveloppe budgétaire votée ne suffisent pas, selon lui. Le citoyen doit pouvoir savoir ce qui a été réalisé, dans quel délai, à quel coût pour les finances publiques et avec quel impact sur sa vie quotidienne. La même exigence vaut pour l’administration : sa modernisation ne se mesure pas uniquement à la numérisation des procédures, mais aussi à la qualité, à l’accessibilité et à l’efficacité du service rendu.

Pour l’USFP, la lutte contre la corruption est au cœur de cette exigence de responsabilité. «La corruption est une ligne rouge», affirme M. Hachoumy, qui appelle à renforcer la prévention, le contrôle et la transparence, notamment en matière de conflits d’intérêts et de marchés publics. Cette conception du rapport entre institutions et citoyens s’étend enfin à la culture et à l’amazigh. Le programme prévoit notamment la création ou la réhabilitation de 50 salles de cinéma et 200 bibliothèques publiques, une production de 5.000 titres par an et une part du budget culturel supérieure à 1%. Pour l’amazigh, M. Hachoumy insiste sur son usage effectif dans l’administration, l’enseignement et la justice. La reconnaissance constitutionnelle doit ainsi se traduire dans les services auxquels le citoyen a recours au quotidien.

L’usage des ressources publiques en question

Avec Khaoula Lachguar, le programme aborde la question de l’usage des ressources publiques, de l’orientation de l’investissement et de la manière dont la croissance se traduit dans l’économie réelle. La fiscalité en constitue un premier volet. Le programme prévoit une réduction de la pression fiscale sur la consommation, accompagnée d’un élargissement de l’assiette. Les dépenses fiscales et les exonérations sont également appelées à être réexaminées au regard des contreparties qu’elles produisent. La question posée est donc aussi celle du rendement des avantages consentis par l’autorité publique.

Le même raisonnement vaut pour l’investissement. Khaoula Lachguar s’intéresse moins à son seul volume qu’à son rendement économique et social, à sa capacité à créer de l’activité, de la valeur et de l’emploi. L’industrie, l’agroalimentaire et les énergies renouvelables figurent parmi les secteurs auxquels le programme entend accorder une attention particulière. L’agriculture et l’eau sont également concernées, avec un soutien annoncé aux petits agriculteurs et des mesures destinées à réduire les pertes dans les réseaux de distribution.

Les PME occupent une autre place centrale dans la vision. Le programme prévoit notamment de leur réserver 30% des marchés publics, ainsi que de faciliter leur accès au financement et à la concurrence. Le fonctionnement et l’indépendance du Conseil de la concurrence sont également abordés.

L’emploi : de l’incitation à la contrepartie

Avec Ali Ghanbouri, la question de l’emploi est posée à partir du rapport entre soutien public et insertion professionnelle. Les aides, subventions et facilités accordées au secteur privé devraient, selon cet expert économique, être assorties de contreparties directes, chiffrées et vérifiables en matière de création d’emplois stables. Le principe introduit une condition claire : l’effort public doit pouvoir être mis en regard des emplois effectivement créés.

Les objectifs annoncés donnent une mesure de cette orientation : ramener le chômage global à moins de 8%, celui des jeunes à moins de 10% et celui des femmes à moins de 15%. La participation des femmes au marché du travail constitue un autre indicateur. Ali Ghanbouri relève que quatre femmes sur cinq en âge de travailler restent en dehors de l’emploi et fixe l’objectif de porter leur participation à l’économie nationale à plus de 30%.

La question féminine dépasse ainsi, dans son propos, le seul accès à l’emploi. L’activité professionnelle est directement liée à l’autonomie économique, l’indépendance financière étant présentée comme une condition de l’émancipation et de la justice. Les objectifs chiffrés donnent ici un cadre à une politique dont l’un des enjeux est de réduire durablement l’écart de participation entre les hommes et les femmes.

Les services publics comme épreuve du développement juste

Avec Mohamed Moufid, la notion de «développement juste» prend une portée plus concrète, à travers la question de l’accès aux services publics et de la répartition de l’investissement entre les territoires. L’USFP propose de maintenir l’investissement public autour de 30% du PIB, avec une attention particulière aux régions les plus éloignées, et de mettre en place une cartographie permettant d’en suivre la répartition. L’objectif avancé est aussi d’intégrer plus clairement le critère territorial dans l’évaluation des politiques publiques. La santé constitue l’un des principaux terrains de cette approche. Les propositions portent sur l’offre hospitalière, les ressources humaines, la prévention, les délais d’attente et le reste à charge, avec également l’achèvement des Centres hospitaliers universitaires (CHU) et le renforcement de l’offre publique.

L’éducation et l’enseignement supérieur sont abordés dans le même esprit, autour de la réduction de la taille des classes, de la lutte contre le décrochage scolaire, de la généralisation du préscolaire et de l’adaptation des formations aux besoins futurs de l’économie. L’université est également liée à la recherche et à l’insertion professionnelle, avec un objectif de 60% d’insertion des diplômés. Le programme privilégie ici les conditions d’apprentissage, l’organisation du système éducatif et l’articulation des formations avec l’emploi, sans inscrire la gratuité de l’enseignement parmi les mesures avancées.

La protection des personnes âgées et des retraités complète ce volet, avec des mesures portant sur leur pouvoir d’achat, leur accès aux soins et aux services. Mohamed Moufid a dans ce même esprit évoqué la mise en place d’une carte de fidélité dédiée aux seniors, destinée à faciliter leur accès à certains services.
Copyright Groupe le Matin © 2026