du 23 septembre prochain, la question de la participation politique des femmes se retrouve de nouveau au cœur des débats au Maroc, entre reconnaissance des avancées enregistrées et prise de conscience des limites persistantes. Invitée par la Fondation Lafqui Titouani à Rabat, la ministre la ministre de la Solidarité, de l’inclusion sociale et de la famille,
, a été interpellée par «Le Matin» sur les défis et les perspectives de la participation féminine dans la sphère politique. Sa lecture de la situation était à la fois lucide et nuancée. Pour elle, la réalité actuelle exige de porter un regard objectif, sachant que des progrès graduels sont en cours dans ce domaine. «Certains peuvent estimer que nous sommes en retard, mais dans tous les domaines, il est essentiel de prendre le temps nécessaire pour éviter toute confrontation avec la société», explique la ministre. Une approche, précise la ministre, qui reste guidée par un impératif de stabilité et de
Sur le plan des chiffres, la ministre note que la représentation féminine au Parlement reste en deçà du tiers, tandis que le gouvernement compte 22% de femmes, un taux proche de la moyenne mondiale estimée à 23%. Mais pour la ministre, l’essentiel est ailleurs : «Ce qui m’importe réellement, c’est la défense de la participation des femmes en politique, et non la femme en tant que catégorie isolée». Une vision qui met en avant la complémentarité entre femmes et hommes, ces derniers étant également appelés à jouer un rôle actif dans la promotion de l’égalité. «Tant que la participation des femmes sera perçue comme une question exclusivement féminine, le progrès restera limité. À l’inverse, un engagement accru des hommes – affranchi de toute logique de rivalité – ouvrirait la voie à une dynamique collective, dans laquelle femmes et hommes marocains agissent de concert, portés par une même finalité : servir le citoyen et la citoyenne», note la ministre.
Le quota, un levier toujours indispensable ?
La ministre défend clairement le recours au quota, qu’elle qualifie de mécanisme d’«action positive» visant à corriger un déséquilibre structurel. «Il ne s’agit pas d’une discrimination au sens négatif, mais d’un outil destiné à compenser un déficit de représentation des femmes au Parlement et à promouvoir l’égalité des chances», explique-t-elle. Soutenu par les Nations unies, ce dispositif reste, selon elle, indispensable dans le contexte marocain actuel. En cause : l’absence de mécanismes spontanés au sein des partis politiques pour garantir une représentation équilibrée des deux sexes. La majorité des circonscriptions sont encore dirigées par des hommes, les partis privilégiant souvent des candidatures jugées plus «sûres» électoralement. Pour autant, la ministre inscrit cette question dans le temps long. Le renouvellement des élites passe par la formation et l’accompagnement des jeunes générations, notamment des jeunes femmes. «L’engagement politique ne signifie pas accéder immédiatement à des postes élevés», rappelle-t-elle. Dans cette perspective, elle évoque la possibilité d’imposer, à terme, qu’un tiers des circonscriptions locales soit confié à des femmes – une réforme ambitieuse, mais qui nécessite une préparation progressive, au-delà des échéances de 2026.
Les stéréotypes, un frein persistant
Autre obstacle majeur : le poids des stéréotypes. Pour Naïma Benyahia, ces représentations sont profondément ancrées dans une vision sociale des rôles : «La politique et le commerce pour les hommes, la maison et l’éducation des enfants pour les femmes». Malgré les avancées du Code de la famille en matière de responsabilité partagée, cette évolution peine à se traduire dans les faits. Les contraintes sont à la fois objectives et subjectives. D’un côté, les femmes continuent d’assumer une part disproportionnée des obligations familiales, ce qui limite leur engagement public. De l’autre, certaines hésitent encore à franchir le pas, non par manque de compétence, mais faute de formation et d’accompagnement. La ministre appelle ainsi à un effort renforcé des partis politiques et de la société civile pour développer des programmes de formation dédiés. Elle rappelle également que l’engagement politique ne se limite pas aux structures partisanes : de nombreuses femmes contribuent déjà, à travers leurs initiatives et propositions, à l’action publique. Enfin, elle met en garde contre les discours réducteurs qui assignent les femmes à l’espace domestique : «Cela constitue un recul dangereux», avertit-elle. Pour avancer, conclut-elle, il est essentiel de promouvoir une vision partagée des responsabilités, aussi bien au sein de la famille que dans l’espace public.
Crèches sociales : un outil d’émancipation des femmes ?
Parmi les sujets abordés avec la ministre figure celui des crèches sociales, indispensables pour favoriser l’émancipation des femmes par le travail, mais aussi, et surtout, pour protéger les enfants. Ce sujet a fait l’objet d’une enquête menée en octobre 2024 par «Le Matin», intitulée «Garderies clandestines : des nounous en toute illégalité, pauvres enfants !» qui révélait des pratiques dangereuses. Le débat a été relancé en avril 2025, suite au décès tragique de deux nourrissons à Casablanca. À ce titre, Mme Benyahia précise que le ministère dispose d’un projet très ambitieux concernant les crèches sociales :
«La famille est le pilier de notre action et le point de départ de toute réforme. Dans le cadre du soutien à la femme active, nous mettons en place différents moyens pour encourager la participation des femmes au marché du travail, notamment en proposant des services parallèles, comme les crèches sociales. Ces structures existent déjà, mais nous travaillons à les étendre dans les zones où le besoin est réel, en particulier dans les zones industrielles, car de nombreuses femmes n’ont pas toujours les moyens de confier leurs enfants à des crèches. Certaines sont même confrontées à des situations graves, où les enfants risquent des abus ou de l’exploitation. Lorsque les mères savent que leurs enfants sont en sécurité dans ces crèches, elles peuvent travailler sereinement. Cela favorise la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale et leur permet également de se consacrer à leur développement personnel : suivre des formations ou disposer de temps pour elles-mêmes. Nous savons que beaucoup de mères sacrifient leur temps pour leur famille, ce qui peut affecter leur performance et leur productivité. C’est pourquoi nous considérons les crèches sociales comme des outils essentiels.»