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Hausse des prix des carburants : l’opposition interpelle le gouvernement

La récente hausse des prix des carburants a relancé le débat sur la régulation du secteur au Maroc. Dans un contexte de pression persistante sur le pouvoir d’achat, c, soulevant des préoccupations liées à la transparence des mécanismes de fixation des prix, au fonctionnement de la concurrence et à l’efficacité des dispositifs de contrôle. Ces réactions traduisent une attention accrue portée à un dossier devenu central dans le débat public.

18 Mars 2026 À 14:57

La récente hausse des prix des carburants, entrée en vigueur dans la nuit de dimanche à lundi, avec une augmentation d’environ 2 dirhams pour le gasoil, n’en finit pas de susciter les réactions au sein de la classe politique. Dans un contexte marqué par des tensions persistantes sur le pouvoir d’achat, plusieurs partis de l’opposition ont adressé des questions écrites au gouvernement, exigeant des éclaircissements sur ce renchérissement jugé inopportun et sur les mesures d’encadrement du marché. Au fil de ces interpellations, un constat commun s’est dégagé : la nécessité de mieux comprendre les mécanismes de formation des prix et d’en limiter les répercussions sur les ménages.

Une dénonciation des «profits de crise»

Le Parti du progrès et du socialisme (PPS) a été le premier à réagir en dénonçant des «pratiques commerciales qui se nourrissent des crises». Le groupe parlementaire, présidé par Rachid Hammouni, a estimé que certains opérateurs avaient profité des fluctuations internationales pour accroître leurs marges, au détriment des consommateurs. Dans le prolongement de cette position, le PPS a appelé à un plafonnement des prix des carburants ainsi qu’à la mise en place de mécanismes de contrôle plus stricts, afin de mieux encadrer le marché et de préserver l’équilibre social.

Le MP pointe un marché à «double vitesse»

Dans le même ordre d’idées, le Mouvement populaire (MP) a exprimé des préoccupations similaires. Dans une question écrite adressée au gouvernement, son secrétaire général, Mohammed Ouzzine, a mis en avant ce qu’il a décrit comme un «double standard» dans la formation des prix. Selon lui, les hausses des cours internationaux ont été rapidement répercutées à la pompe, alors que les baisses tardent à se traduire pour les consommateurs. Cette logique alimente, selon le parti, un sentiment d’injustice et soulève des interrogations sur le niveau réel de concurrence dans le secteur. Plus encore, le MP s’est interrogé sur l’efficacité du système national de stockage stratégique, censé atténuer les chocs extérieurs, mais dont l’impact est resté, selon lui, limité face aux fluctuations actuelles.

La gauche insiste sur la transparence et la régulation

Pour sa part, la Fédération de la gauche démocratique (FGD) a estimé que cette nouvelle hausse avait mis en lumière les limites du cadre actuel de régulation. La députée Fatima Tamni a souligné le manque de transparence dans la fixation des prix et a questionné la réalité de la concurrence entre les distributeurs. Dans l’interpellation adressée au gouvernement, elle a replacé le débat dans une perspective plus structurelle, en rappelant les effets de la libéralisation du secteur en 2015 ainsi que l’arrêt de la raffinerie Samir. Autant d’éléments qui, selon elle, ont contribué à fragiliser la souveraineté énergétique du pays et à renforcer sa dépendance aux marchés internationaux. Dans ce contexte, la FGD a plaidé pour un renforcement des mécanismes de régulation, incluant la possibilité de plafonner les prix ou de revoir les dispositifs de contrôle.

Le PJD appelle à activer les leviers juridiques et fiscaux

Dans le même registre, Khalid Essatte, conseiller parlementaire de l’Union nationale du travail au Maroc (UNTM), affiliée au Parti de la justice et du développement (PJD), a mis l’accent sur la responsabilité du gouvernement dans la protection des consommateurs. Dans sa question adressée à la ministre de l’Économie et des finances, il a appelé à activer les dispositifs juridiques prévus par la loi sur la liberté des prix et de la concurrence, notamment en cas de hausses jugées excessives ou injustifiées. Dans la continuité de cette démarche, il a également évoqué la possibilité de recourir à des mesures fiscales pour atténuer l’impact de ces augmentations, telles que la révision temporaire de certaines taxes appliquées aux carburants. L’objectif, selon lui, a été de limiter les répercussions sur les coûts de transport et, par conséquent, sur les prix des produits de première nécessité.

L’USFP alerte sur la gouvernance du secteur

Dans le même sillage, Moulay El Mehdi El Fatmi, député du groupe socialiste de l’opposition ittihadie à la Chambre des représentants, a saisi le Chef du gouvernement à travers une question écrite portant sur la gouvernance du marché des hydrocarbures. Le parlementaire a souligné dans ce sens que les prix des carburants ont continué de susciter un large débat au sein de l’opinion publique, notamment en raison des hausses répétées, parfois soudaines. Il a estimé que cette situation avait soulevé des interrogations quant à la transparence des mécanismes de fixation des prix, ainsi qu’au rôle des institutions chargées de garantir la concurrence et de protéger les consommateurs.

Dans ce cadre, il a appelé à clarifier la manière dont l’Exécutif a évalué le système actuel, tout en s’interrogeant sur l’efficacité des instances de contrôle dans la prévention d’éventuelles pratiques anticoncurrentielles. Il a également questionné l’éventualité d’une révision des mécanismes de régulation, afin d’assurer un meilleur équilibre entre les principes du libre marché et la protection du pouvoir d’achat.

Un front critique aux approches convergentes

Au final, malgré des approches différentes, les partis de l’opposition ont convergé sur un point central : la nécessité de renforcer les mécanismes de régulation du marché des carburants. Cette séquence illustre une attention accrue portée aux questions socio-économiques, dans un contexte où le pouvoir d’achat reste une préoccupation majeure des ménages marocains. Le gouvernement est ainsi attendu sur sa capacité à répondre à ces interpellations, tout en conciliant logique de marché et impératifs de protection sociale dans un secteur particulièrement sensible.
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