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Le capital humain comme ciment du partenariat Maroc-Inde

L'ambassade de l'Inde à Rabat a célébré, vendredi 30 octobre 2026, la Journée de la Coopération technique et économique indienne (ITEC), en présence de responsables gouvernementaux marocains, de diplomates et d'anciens bénéficiaires du programme. Dix ans après la rencontre entre Sa Majesté le Roi Mohammed VI et le Premier ministre Narendra Modi, qui a placé le développement des ressources humaines au centre du partenariat bilatéral, près de 900 cadres marocains ont été formés en Inde. L'ambassadeur Sanjay Rana a annoncé l'institutionnalisation de cette coopération à travers des accords avec l'ENSA et une possible réouverture du programme aux anciens stagiaires. Invité d'honneur, l'ancien ministre délégué à l'Intérieur Noureddine Boutayeb a raconté comment cette relation de confiance a donné naissance au Registre national de la population et à la plateforme MOSIP, adoptée par une trentaine de pays.

02 Novembre 2026 À 17:20

«Nous faisons beaucoup de choses en diplomatie. Nous travaillons sur des accords commerciaux, nous menons des discussions politiques. Mais ce que j'aime personnellement, c'est travailler sur l'ITEC et rencontrer ses anciens stagiaires». La confidence est de Sanjay Rana, ambassadeur de la République de l'Inde au Royaume du Maroc. Elle a donné le ton, vendredi 30 octobre 2026 à Rabat, à la célébration de la Journée de la Coopération technique et économique indienne, organisée par l'ambassade de l'Inde en présence de responsables gouvernementaux marocains, de diplomates et d'anciens participants au programme. Derrière l'acronyme se trouve le programme phare de renforcement des capacités de New Delhi, qui forme des professionnels marocains dans des instituts indiens. L'ambassadeur en a résumé la portée en un chiffres. En une décennie, près de 900 Marocains sont passés par l'ITEC. Ils travaillent aujourd'hui dans les ministères, les agences et les institutions du Royaume...

Un partenariat sans conditionnalités

Le programme est ancien, mais sa forme actuelle, dans le cadre bilatéral, remonte à octobre 2015. Lors de leur rencontre en Inde, Sa Majesté le Roi Mohammed VI et le Premier ministre Narendra Modi avaient concentré leur attention sur le développement des ressources humaines et l'orientation professionnelle. «Il y a eu un message fort des dirigeants des deux pays pour faire avancer ce programme», a rappelé Sanjay Rana. Reprenant les mots de son ministre, le diplomate a défini l'ITEC comme un partenariat sans conditionnalités et à bénéfice mutuel, par lequel les deux pays acquièrent des compétences professionnelles tout en apprenant à se connaître. L'expérience indienne, a-t-il ajouté, a montré que «le meilleur investissement que l'on puisse imaginer est un investissement dans les ressources humaines».

L'année écoulée a été, selon lui, particulièrement fructueuse. La coopération a franchi un palier institutionnel avec la signature d'accords entre le National Centre for Good Governance et l'Indian Institute of Public Administration, côté indien, et l'École nationale supérieure de l'administration (ENSA), côté marocain. Ces conventions posent les bases d'une collaboration d'institution à institution pour l'organisation de formations, au lieu d'un flux de candidatures individuelles. L'offre s'est par ailleurs enrichie de cours en technologies de l'information.

Autre annonce, le gouvernement indien examine la possibilité d'autoriser les personnes ayant achevé leur formation il y a plus de cinq ans à postuler de nouveau. «Pour beaucoup d'entre vous, cela pourrait être une nouvelle opportunité», a lancé l'ambassadeur aux alumni, en les invitant à consulter le portail des cours ITEC. L'ambassade entend par ailleurs réunir ses anciens stagiaires tous les six mois, à la fois pour entretenir le lien et pour actualiser leurs connaissances sur les mutations du monde professionnel, à commencer par l'intelligence artificielle.

La lecture marocaine de la coopération Sud-Sud

Du côté marocain, Abdessamad Tajerramt, de la Division Asie et Océanie du ministère des Affaires étrangères, de la coopération africaine et des Marocains résidant à l'étranger, a inscrit le programme dans un cadre plus large. L'ITEC, a-t-il dit, est bien plus qu'un dispositif de renforcement des capacités. Il constitue «une expression concrète de l'engagement de l'Inde en faveur de la coopération internationale, du partage des connaissances et de la coopération Sud-Sud» entre les deux pays.

Le responsable a souligné l'intérêt croissant des fonctionnaires marocains pour le programme, qu'il a lu comme le reflet de la qualité, de la diversité et de la pertinence des formations proposées, et comme un signe de l'impact positif de l'ITEC sur la relation bilatérale. Le Maroc, a-t-il affirmé, reste disposé à partager à son tour son expertise et ses bonnes pratiques dans les domaines d'intérêt commun, dans le cadre de la coopération Sud-Sud.

Les relations entre Rabat et New Delhi, a poursuivi Abdessamad Tajerramt, reposent sur une amitié et une confiance mutuelle de longue date, élevées au rang de partenariat stratégique multidimensionnel en 2015, à la suite de la rencontre entre le Souverain et le Premier ministre indien. Dans cet ensemble en expansion, l'ITEC occupe une place à part, puisqu'il place le développement du capital humain et l'échange d'expertise au cœur de la relation.

Quand la coopération change d'échelle

C'est précisément cette logique de capital humain qui a produit, loin des salles de cours, l'un des résultats les plus concrets de la relation maroco-indienne. L'ambassadeur l'a rappelé en présentant son invité d'honneur. Le Registre national de la population (RNP), que beaucoup de Marocains utilisent désormais, «a été développé en coopération avec l'Inde, et très peu de gens le savent». L'homme qui a rendu cela possible s'appelle Noureddine Boutayeb, aujourd'hui président de la Fondation marocaine pour la promotion de l'enseignement préscolaire, ancien ministre délégué auprès du ministre de l'Intérieur.

Ingénieur civil de formation, entré à l'Intérieur en 2003 après 22 ans dans l'ingénierie des infrastructures, il a raconté le point de départ. En 2013, il cherche à résoudre un problème dont tout le monde parle sans dire comment le régler, le ciblage de la subvention du gaz butane. «Je suis un spécialiste du comment. Je ne m'arrête pas au quoi, qui est pour moi la partie facile», a-t-il résumé. Le ciblage géographique de l'Initiative nationale pour le développement humain (INDH) et le ciblage par revenu déclaré du Régime d'assistance médicale (RAMED) avaient montré leurs limites. Restait à bâtir un registre fiable permettant d'identifier et d'authentifier les personnes à distance, adossé à une méthode de scoring fondée sur les dépenses des ménages.

C'est alors qu'il découvre Aadhaar, le système d'identification indien opérationnel depuis 2009 pour plus d'un milliard de personnes. «Si ce système fonctionne pour plus d'un milliard de personnes, il doit être possible de faire quelque chose de similaire pour 30 millions de Marocains», se souvient-il avoir pensé. Après un premier contact en avril 2016 et des visites techniques, il conduit fin 2017 une délégation ministérielle de New Delhi à Mumbai, en passant par Bangalore et Vijayawada. Il veut vérifier une chose, le temps de réponse de l'authentification biométrique. Même dans cette ville reliée en 2G, la réponse arrive en quelques secondes.

Le tournant survient lors d'une rencontre non programmée avec l’architecte d'Aadhaar. Ce dernier explique que l'Inde ne peut céder un système gouvernemental, mais propose de développer à partir de zéro le cœur d'une nouvelle plateforme d'identification, en code ouvert, offerte au monde comme bien public numérique. Il demande en échange un mémorandum d'entente avec le Maroc pour lever des fonds, notamment auprès des fondations Tata et Gates. Noureddine Boutayeb pose sur-le-champ trois conditions. Un accès sans restriction au code source, un calendrier compatible avec le projet marocain, et cinq ans de maintenance applicative gratuite pour que le Maroc ne supporte pas le coût des inévitables corrections. Le mémorandum est signé en août 2018.

La plateforme s'appelle MOSIP, pour Modular Open Source Identity Platform. Le Maroc en est le premier pays adoptant et une trentaine de pays l'utilisent ou l'adoptent aujourd'hui, selon l'ancien ministre. Le RNP compte désormais plus de 22 millions d'inscrits, et le Registre social unifié, construit à ses côtés, plus de quatre millions de ménages éligibles à l'aide sociale directe. Lorsque le directeur de l'IIIT-Bangalore lui a rendu visite en juillet 2023 pour saluer un «preneur de risque» ayant signé avant la première ligne de code, il a répondu que le risque avait été calculé, avec une solution de repli prête en cas d'échec.

Au-delà de l'anecdote, l'ancien ministre a livré une leçon sur les infrastructures publiques numériques, cette approche indienne bâtie sur trois couches, l'identité numérique, le paiement instantané mobile et l'échange de données fondé sur le consentement. «Ce n'est pas simplement une technologie. C'est une approche, une philosophie, une manière de faire», a-t-il insisté, en y voyant l'outil d'une formalisation «graduelle» de l'économie informelle, celle des Marocains qui, parce qu'ils ne fonctionnent qu'en espèces, restent économiquement invisibles et sans accès au crédit. Ce qui rend la coopération avec l'Inde si pertinente, a-t-il conclu, c'est que les deux pays sont des pays en développement confrontés aux mêmes défis, à des échelles différentes, et capables d'apprendre l'un de l'autre.

Un vivier qui s'élargit à tous les métiers

Les témoignages des anciens stagiaires ont donné la mesure de l'étendue des domaines couverts. La parlementaire Hind El Biki a suivi l'an dernier une formation sur les essais de tissus et le management de la qualité à la South India Textile Research Association, dont elle a retenu «bien plus qu'un cours», avant de s'excuser pour rejoindre les débats du Parlement sur le projet de loi de Finances. Youness Chadli, de la Direction générale des impôts, a participé à l'Indian Institute of Public Administration dans le cadre d'un programme sur le leadership et la prise de décision réunissant 36 participants de 35 pays, agrémenté d'une visite du Parlement indien.

Hajar Jallal, inspectrice au ministère des Finances, a surtout retenu la visite du Comptroller and Auditor General of India, dont elle a loué la présence nationale et les pratiques avancées en matière de comptabilité publique. Trois parcours, trois administrations, et un même constat, formulé par la fonctionnaire des Finances, selon lequel l'ITEC est «un pont entre les pays, les institutions et les personnes». Un pont que l'ambassade entend élargir, portail des cours à l'appui.

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