23 Octobre 2026 À 17:26
On peut avoir travaillé toute sa vie et atteindre la vieillesse sans pension. Aux champs, dans les petits commerces ou au foyer, des années de travail ne créent pas nécessairement de droits à la retraite. C’est à cette réalité que le gouvernement entend apporter une réponse dans son programme 2026-2031, présenté lundi 19 octobre devant le Parlement : la création d’un «revenu de solidarité pour la vieillesse», distinct des pensions financées par les cotisations.
La promesse tient en quelques lignes, dans le chapitre consacré à la protection contre les risques de vieillesse et de perte d’emploi. «Les personnes âgées qui n’ont pas pu constituer des droits contributifs suffisants verront leur protection complétée par un revenu de solidarité pour la vieillesse», indique le document. Celui-ci «s’inscrira dans le système d’aide sociale directe et ciblera les situations de dénuement réel». Il viserait les personnes sans pension ou disposant de droits insuffisants, selon des critères encore inconnus. Le programme ne dit pas combien elles pourraient percevoir, à partir de quel âge, ni à quelle date elles pourraient déposer une demande. Il ne chiffre pas davantage le nombre de bénéficiaires : le principe est posé, mais pas encore ses conditions de mise en œuvre.
Le nombre de personnes concernées par la question de l’accès aux revenus de retraite augmente avec le vieillissement de la population. Dans l’étude «Les personnes âgées au Maroc : analyse issue du RGPH de 2024», publiée en décembre 2025 en partenariat avec le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA-Maroc), le Haut-Commissariat au Plan (HCP) dénombre un peu plus de cinq millions de Marocains de 60 ans et plus en 2024, soit près de 14% de la population. Ils pourraient être six millions dès 2030. Le même document établit que 19,2% seulement des seniors se déclaraient retraités lors du recensement de 2024. Derrière cette moyenne, les écarts sont nets : 32,4% chez les hommes contre 6,7% chez les femmes ; 26,8% dans les villes contre 5,9% dans les campagnes. Ces chiffres décrivent le statut déclaré au recensement, et non la proportion exacte de personnes touchant une pension.
Le «Rapport des premiers résultats de l’Enquête nationale sur la famille 2025», publié par le HCP en 2026, complète ce tableau. Selon cette enquête, 31% des seniors déclarent n’avoir ni retraite, ni revenu d’activité, ni transferts financiers. La proportion monte à 51,6% chez les femmes âgées, contre 9,8% chez les hommes, et atteint 37,7% en milieu rural. Parmi les seniors encore actifs, 64,3% expliquent continuer à travailler après 60 ans faute de pension.
Le programme gouvernemental reconnaît pour sa part que les régimes existants ne couvrent pas la moitié des actifs occupés. Il cite notamment les travailleurs à leur compte et ceux de l’économie informelle, pour qui l’arrêt du travail peut signifier la disparition du revenu. L’Exécutif prévoit d’élargir l’affiliation, de simplifier les démarches des non-salariés et d’adapter les cotisations aux revenus irréguliers. Il entend aussi mieux relier les données sociales et fiscales pour encourager le passage vers l’emploi déclaré.
Dans son schéma, le gouvernement trace une ligne entre ce que financent les cotisants et ce qui relève de l’entraide publique. Il veut «préserver la logique contributive du système de retraite», tandis que «la politique sociale assumera, de manière transparente, le coût de la solidarité nationale», sans le faire peser «discrètement sur les caisses» ni porter atteinte aux droits des affiliés. Cette séparation constitue le principe affiché du futur revenu de vieillesse. Elle permet aussi de distinguer une autre annonce du programme : le relèvement progressif du minimum des pensions principales à 3.000 dirhams par mois, selon «une programmation temporelle et financière claire». Cette revalorisation concerne les pensions relevant des régimes contributifs. Elle ne garantit pas 3.000 DH aux personnes n’ayant jamais cotisé.
Le gouvernement replace ces engagements dans une refonte plus large de la retraite. Il reconnaît que la réforme paramétrique de 2016 a offert «une marge de temps supplémentaire», sans traiter «l’origine des déséquilibres». L’horizon 2031 doit, selon le texte, marquer le passage «d’une gestion ponctuelle du déficit à une réforme structurelle des régimes». L’Exécutif précise que le chantier «ne peut se réduire à une modification de l’âge de départ à la retraite, des taux de cotisation ou du mode de calcul des pensions». Il annonce un dialogue social sur différents scénarios, une évaluation de leurs conséquences financières et sociales, ainsi que des règles de transition destinées à protéger les droits déjà acquis. Des bilans annuels des régimes sont aussi annoncés. La question de l’emploi entre dans cette équation. Le programme prévoit de réexaminer l’indemnisation pour perte d’emploi et d’étudier la possibilité de continuer à acquérir certains droits sociaux pendant une période limitée de chômage, pour éviter qu’une interruption d’activité ne fragilise davantage la retraite future.
Reste le dispositif destiné à ceux qui n’ont pas de carrière contributive à faire valoir. Le texte en annonce la place dans la protection sociale, mais n’indique encore ni le montant du revenu de solidarité, ni son financement précis, ni les conditions d’ouverture des droits. Pour les personnes âgées aujourd’hui sans pension, ce sont ces décisions qui détermineront la portée concrète de l’engagement gouvernemental.