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Près de 1.000 professionnels marocains ont bénéficié de l'expertise indienne en dix ans

L'ambassade de l'Inde à Rabat a célébré, mardi 20 janvier 2026, le dixième anniversaire du programme ITEC au Maroc, marquant une décennie de coopération fructueuse dans le domaine du renforcement des capacités. Près de 1.000 professionnels marocains ont bénéficié de formations spécialisées en Inde, couvrant des secteurs aussi variés que la finance, l'énergie, la cybersécurité ou encore la gouvernance. La cérémonie a été marquée par la signature de deux protocoles d'accord entre l'École nationale supérieure de l'administration (ENSA) et deux institutions indiennes majeures, ouvrant la voie à une collaboration institutionnelle renforcée. Un partenariat Sud-Sud qui illustre la profondeur des relations bilatérales entre Rabat et New Delhi.

21 Janvier 2026 À 18:19

La salle de l'ambassade de l'Inde à Rabat affichait complet ce mardi 20 janvier. Malgré les caprices de la météo, les alumni du programme ITEC ont répondu présent, aux côtés de représentants du ministère des Affaires étrangères et de plusieurs départements gouvernementaux marocains. L'occasion était propice pour célébrer dix années d'un partenariat qui a transformé les trajectoires professionnelles de près d'un millier de cadres marocains.

«Nous sommes particulièrement heureux d'accueillir les alumni de l'ITEC, ainsi que nos collègues du ministère des Affaires étrangères et d'autres départements gouvernementaux», a déclaré l'ambassadeur de l'Inde au Maroc, Sanjay Rana, en ouverture de la cérémonie. Le diplomate indien a salué la présence de Nezha Riki, cheffe de division Asie au ministère des Affaires étrangères, «grande supportrice du programme ITEC» et coordinatrice naturelle d'un dispositif qui nécessite une étroite collaboration entre les deux chancelleries.

La matinée avait déjà été chargée en symboles. Quelques heures plus tôt, deux protocoles d'accord avaient été paraphés entre l'ENSA et deux institutions indiennes de premier plan : l'Institut indien d'administration publique (IIPA) et le Centre national pour la bonne gouvernance (NCGG). «Ces deux accords importants permettront des cours conjoints, le développement de curricula, des échanges d'experts, très similaires à l'ITEC, mais même beaucoup plus ambitieux», a souligné l'ambassadeur Rana.

Un programme ancré dans la philosophie de la coopération Sud-Sud

Lancé le 15 septembre 1964 par le ministère des Affaires étrangères indien, l'Indian Technical and Economic Cooperation Programme (ITEC) s'est progressivement imposé comme l'un des piliers de la diplomatie indienne en matière de codéveloppement. Sa philosophie repose sur un concept ancien : «Vasudhaiva Kutumbakam», littéralement «le monde est une famille». «L'ITEC n'est pas un programme d'aide traditionnel», a précisé Amit Get, deuxième secrétaire à l'ambassade de l'Inde, lors de sa présentation détaillée du dispositif. «C'est un partenariat entre égaux. L'Inde répond aux besoins spécifiques de développement des pays partenaires». Une approche non conditionnelle, sans contreparties politiques ou économiques, qui tranche avec d'autres formes de coopération internationale.

Mais si le programme existe depuis six décennies, c'est au cours des dix dernières années qu'il a véritablement pris son envol au Maroc. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : de 20 places offertes en 2015-2016, le Royaume est passé à 95 pour l'année en cours. Une progression qui reflète l'intensification des relations bilatérales depuis la visite historique de Sa Majesté le Roi Mohammed VI en Inde en octobre 2015. «Les leaders des nos deux pays ont fourni une vision pour le futur de notre amitié, pour le cours futur des relations bilatérales entre nos pays», a rappelé l'ambassadeur Rana. Cette rencontre au sommet avait permis d'élever les relations maroco-indiennes au rang de «partenariat stratégique multidimensionnel», ouvrant de nouvelles perspectives dans les domaines politique, économique et de la coopération technique.

Des formations qui épousent les priorités de développement du Maroc

L'analyse sectorielle de la participation marocaine au programme ITEC révèle un alignement stratégique avec les priorités nationales de développement. La finance occupe la première place avec 24,6% des participants, suivie de près par l'énergie (21,8%), l'éducation (14,5%) et la gouvernance (12,3%). Les infrastructures, l'agriculture et la santé complètent un spectre qui couvre l'essentiel des défis auxquels fait face l'administration marocaine.

Nezha Riki, cheffe de division Asie du Sud, central et oriental au ministère des Affaires étrangères, a souligné l'évolution qualitative du programme : «Le secteur financier représente aujourd'hui presque 24%, ce qui montre la croissance et l'évolution des thématiques proposées». Elle a exprimé la «ferme détermination du ministère des Affaires étrangères, de la coopération africaine et des Marocains résidant à l'étranger, ainsi que de tous les acteurs marocains, à consolider et approfondir davantage notre coopération pour le bénéfice mutuel de nos deux pays amis».

Les formations ont considérablement évolué depuis les années 1960-70, lorsque le programme se concentrait sur l'agriculture et la formation technique de base. Aujourd'hui, l'ITEC aborde des domaines de pointe : intelligence artificielle, cybersécurité, infrastructures publiques numériques, énergies renouvelables. «De ses débuts avec des formations basiques, l'ITEC s'est nettement orienté vers des cours axés sur les besoins et tournés vers l'avenir», a détaillé Amit Get, citant en exemple les formations sur les véhicules électriques, les batteries, les stations de recharge ou encore la robotique.

Au niveau mondial, le programme ITEC a formé plus de 200.000 professionnels issus de 121 pays, créant un vaste réseau d'alumni qui constitue un atout diplomatique considérable pour l'Inde. «L'un des indicateurs les plus forts du succès de l'ITEC réside dans son réseau d'alumni», a observé le deuxième secrétaire indien. «Durant ces programmes, les participants n'assistent pas seulement à des cours. Ils interagissent avec de jeunes officiels venus de différentes parties du monde, échangent des idées et apprennent les uns des autres».

Les infrastructures numériques : vitrine d'une coopération concrète

Au-delà des formations, la coopération maroco-indienne s'est matérialisée par des projets structurants, notamment dans le domaine des infrastructures publiques numériques. L'ambassadeur Rana a longuement détaillé le parcours du système indien d'identification unique, l'ADHAAR, aujourd'hui déployé au Maroc. «Il y a vingt ans, nous n'avions pas de système d'identification en Inde», a-t-il expliqué. Contrairement au modèle européen basé sur la date et le lieu de naissance, l'Inde a développé un système fondé sur la biométrie : empreintes digitales et scan de l'iris. Déployé sur deux décennies, ce dispositif couvre désormais l'ensemble de la population indienne.

Le Maroc a adopté cette technologie entre 2018 et 2019, en collaboration avec le ministère de l'Intérieur et l'entreprise indienne Triple IT Bangalore. Le projet, achevé en 2023, a permis de créer un registre national de population basé sur la biométrie, complétant l'ancien système inspiré du modèle européen. «Le gouvernement du Royaume du Maroc a ensuite développé ce système pour créer une nouvelle couche, quelque chose qui est maintenant utilisé en Inde pour cibler les bénéficiaires : le registre social», a précisé l'ambassadeur. Ce dispositif permet d'identifier les bénéficiaires potentiels des aides gouvernementales en fonction de critères objectifs – composition familiale, revenus, dépenses – et d'effectuer les transferts directs vers leurs comptes bancaires.

Dans le secteur éducatif, la coopération s'illustre également par l'utilisation de la plateforme indienne Maharat par la Fondation préscolaire marocaine, qui gère 24.000 écoles principalement dans les zones sous-desservies. «Ils ont utilisé une plateforme indienne appelée Maharat pour la montée en compétences de leurs enseignants», a indiqué le diplomate indien.

Des témoignages qui incarnent la transformation

Les récits des alumni donnent chair à ces statistiques. Oumayma Hermouche, responsable du service de coopération à l'Entraide nationale, a participé en 2023 à une formation de trois semaines au Tata Institute of Social Sciences de Mumbai sur le renforcement de la prestation de services sociaux. «Mon expérience en Inde a été véritablement une montagne russe émotionnelle», confie-t-elle. Ce qui l'a particulièrement marquée ? «Au niveau académique, ils considèrent les sciences sociales comme une combinaison de l'éducation, de la santé – spécifiquement les soins infirmiers – et du travail social. Ces domaines sont enseignés dans la même université comme partie d'un système intégré».

Elle retient également la philosophie pragmatique indienne : «Un professeur de l'institut disait toujours que "nous en Inde, nous vivons avec les problèmes”. Cette leçon signifie qu'ils acceptent d'abord la réalité des problèmes sociaux, non comme quelque chose de négatif à éradiquer, mais comme partie du système». Concernant l'ADHAAR, elle souligne son impact sur la gouvernance : «Ce système a grandement aidé à réduire la corruption et le détournement des aides».

Laïla Rabii, Chief Information Security Officer à l'Administration de la Défense nationale, a suivi une formation en cybersécurité. «Ce programme a profondément influencé mes capacités», affirme-t-elle. «Nous avons exploré les mesures proactives prises par le gouvernement indien pour sécuriser les espaces numériques, en apprenant l'intelligence sur les menaces et les compétences nécessaires pour anticiper et contrer les dangers potentiels». Elle a été frappée par «l'incroyable chaleur et la gentillesse du peuple indien. Les similitudes entre l'Inde et le Maroc sont frappantes ; les deux nations valorisent cet esprit d'accueil et d'hospitalité».

Mehdi Benhayoun, responsable du Bureau régional du Commerce extérieur au ministère de l'Industrie et du commerce, a suivi une formation au Centre d'études de l'OMC à New Delhi. «La formation m'a donné des perspectives précieuses sur les accords de l'OMC en agriculture et services, les défis pour les pays en développement, la politique commerciale et les accords commerciaux régionaux», résume-t-il. «Au-delà du contenu académique, vivre en Inde a été une expérience culturelle riche et éclairante.»

Le témoignage le plus émouvant est sans doute celui de Soumia Kemmach, enseignante au ministère de l'Éducation nationale, qui a tenu à s'exprimer en hindi : «L'Inde restera toujours dans mon cœur, et mon cœur trouvera toujours son chemin vers l'Inde», a-t-elle déclaré. «Mon voyage en Inde n'était pas qu'une expérience de formation, c'était un voyage du cœur. Je ne me suis pas sentie comme une étrangère. Je me suis sentie chez moi».

Aimad Aït Oukhechif, inspecteur du trafic routier au ministère du Transport et de la logistique, partage cet enthousiasme. Formé sur le leadership et le travail d'équipe, il qualifie son expérience de «voyage qui change une vie». «Nous avons participé à de nombreuses activités comme le yoga, qui était une activité très spéciale. J'ai concentré mon attention et atteint ma paix intérieure», témoigne-t-il. «J'ai été émerveillé par la gentillesse et la bonté des gens».

Hasnae Bennani, responsable de service au ministère de l'Industrie et du commerce, a remercié l'ambassade pour son invitation, évoquant sa participation au programme ITEC 2023-2024 portant sur les relations internes et l'Organisation mondiale du commerce. «C'était très intéressant», a-t-elle simplement déclaré.

Des accords qui institutionnalisent la coopération

La signature des deux protocoles d'accord entre l'ENSA et les institutions indiennes marque une nouvelle étape dans la coopération bilatérale. Nada Biaz, directrice générale de l'ENSA, a souligné que ces accords «témoignent de l'esprit de collaboration et de l'engagement commun du Maroc et de l'Inde à favoriser l'excellence dans l'administration publique, le leadership et la gouvernance».
S.N. Tripathi, directeur général de l'IIPA, a noté les synergies entre les deux nations : «L'expertise de l'Inde en matière de gestion à grande échelle, de diversité et l'utilisation des infrastructures publiques numériques pour des services axés sur les citoyens complète les cadres institutionnels solides et l'administration orientée vers les réformes dont dispose le Maroc.» Son homologue du NCGG, le Dr Surendrakumar Bagde, s'est dit convaincu que «la collaboration entre l'ENSA, le NCGG et l'IIPA ira au-delà d'une coopération théorique pour former des fonctionnaires qualifiés, réaliser des recherches conjointes rigoureuses et créer des réseaux professionnels durables».

Ces accords viennent renforcer un partenariat déjà dense. L'ambassadeur Rana a d'ailleurs salué la présence à l'événement d'une large délégation commerciale indienne, menée par le directeur général du Conseil de promotion des exportations pharmaceutiques, comprenant 60 membres, dont des représentants d'entreprises venus participer à des rencontres B2B à Casablanca la veille.

L'avenir se conjugue au présent

Les prochains mois s'annoncent chargés. Amit Get a présenté plusieurs formations à venir : véhicules électriques, batteries et stations de recharge (2-6 février 2026), fondamentaux de la cartographie géophysique (12-25 février), gestion des risques de développement des infrastructures (10-23 mars), développement et régulation du tourisme (15-28 mars), ou encore robotique (9-21 mars). Des thématiques qui reflètent l'orientation du programme vers les technologies émergentes et les secteurs stratégiques. Avec 192 cours ITEC déjà complétés sur les 309 prévus pour l'année financière en cours – soit 62% du total –, la dynamique se renforce. Les statistiques régionales montrent que l'Afrique reste le principal bénéficiaire du programme avec 28.715 participants formés, suivie de la région Indo-Pacifique (25.374) et de l'Asie du Sud-Est (15.434).
Cette décennie de coopération ITEC entre l'Inde et le Maroc illustre la vitalité d'un partenariat Sud-Sud qui dépasse le cadre des formations techniques pour irriguer l'ensemble des relations bilatérales. En créant un réseau d'alumni qui compte désormais près d'un millier de professionnels marocains ayant séjourné en Inde, le programme a tissé des liens humains durables entre les deux pays. Les nouveaux accords institutionnels signés avec l'ENSA suggèrent que ce partenariat n'en est qu'à ses débuts, promettant d'autres développements dans les années à venir au service du renforcement des capacités administratives et de la modernisation des services publics.
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