Hiba Chaker
25 Septembre 2026
À 16:23
Le
Maroc veut donner une suite au chantier ouvert en juin dernier à Rabat sur l’avenir de l’Examen périodique universel. À Genève, jeudi 24 septembre, le Royaume a annoncé qu’il envisageait d’organiser «prochainement» une nouvelle retraite consacrée aux autres mécanismes internationaux des
droits de l’Homme. L’objectif : prolonger la réflexion sur leur efficacité, leur cohérence et leur impact, en associant États, Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme et autres parties prenantes.
L’annonce a été faite par le délégué interministériel aux droits de l’Homme,
Mohammed El Habib Belkouch. Dans une allocution transmise en son nom lors d’un événement parallèle à la 63e session du Conseil des droits de l’Homme, le haut responsable marocain y réaffirme l’attachement du Maroc à l’EPU et au dialogue qui en fait, selon lui, «l’une des expressions les plus singulières de l’universalité du système international des droits de l’Homme». Le point de départ de cette nouvelle séquence est la «Retraite de Rabat», organisée les 5 et 6 juin avec le Haut-Commissariat et UPR Info. Elle avait réuni le président du Conseil des droits de l’Homme, des représentants de 26 États membres, mais aussi des agences des Nations unies, l’Union interparlementaire, des institutions nationales des droits de l’Homme, la société civile, des universitaires et des experts indépendants.
Faire de la mise en œuvre le cœur du prochain cycle
Des échanges de Rabat est ressorti un constat que le Maroc défend désormais à Genève : «L’EPU n’a pas besoin d’être réinventé ; il doit être renforcé là où son impact est le plus attendu.» Autrement dit, la question n’est plus seulement de produire des recommandations au fil des examens, mais de réduire l’écart entre celles-ci et leur application effective dans les États. Dans son allocution, Mohammed El Habib Belkouch insiste ainsi sur la nécessité de placer la mise en œuvre au centre du cinquième cycle. Celle-ci suppose, explique-t-il en substance, une planification plus rigoureuse, des responsabilités clairement identifiées, des ressources, une coordination institutionnelle et des outils permettant de suivre les engagements dans la durée. Les recommandations gagneraient également à être «plus précises, ciblées, mesurables lorsque cela est possible» et mieux adaptées aux réalités nationales.
L’autre enjeu concerne l’appropriation nationale. Le suivi de l’EPU, souligne le texte, ne peut relever du seul pouvoir exécutif. Le Maroc plaide pour une implication plus large des institutions, des Parlements, de la société civile et des autres acteurs concernés, de manière à faire de l’examen un processus qui se poursuit bien au-delà du rendez-vous genevois. Les échanges ont également exploré plusieurs évolutions possibles : renforcement du suivi à mi-parcours, meilleure préparation des examens, éventuelle transmission écrite de certaines recommandations, évolution de la durée des cycles ou encore recours accru aux nouvelles technologies pour organiser et suivre les engagements. Avec une ligne rouge clairement formulée : «l’efficacité ne doit pas être recherchée au détriment de la substance».
Relier Genève aux politiques publiques nationales
Une place particulière est accordée aux mécanismes nationaux de mise en œuvre, d’établissement des rapports et de suivi, les NMIRF (National Mechanism for Implementation, Reporting and Follow-up). L’idée défendue est de ne plus les cantonner à la préparation des rapports adressés aux instances internationales. Leur rôle devrait aussi être de coordonner les administrations concernées et d’assurer une continuité entre l’examen, la mise en œuvre et le suivi des recommandations.
Pour le Maroc, le suivi des engagements internationaux doit ainsi être pensé non comme «une succession d’exercices de reporting», mais comme un processus institutionnel continu permettant de faire dialoguer ces engagements avec les politiques publiques nationales. Le Royaume met également en avant la coopération entre États, notamment à travers le partage d’expériences, la coopération Sud-Sud et le Réseau international des NMIRF.
Le cap proposé pour le cinquième cycle tient finalement en une équation relativement simple : préserver les principes qui ont fait la singularité de l’EPU (universalité, égalité de traitement, dialogue et participation...) tout en donnant davantage de poids à ce qui se passe après l’adoption des recommandations. Car, résume M. Bellkouch, «la force du cinquième cycle ne se mesurera pas uniquement au nombre ou à la qualité des recommandations qu’il générera». Elle dépendra aussi de la capacité des institutions et des mécanismes nationaux à «leur donner effet». La prochaine retraite envisagée par le Maroc doit précisément élargir cette réflexion aux autres mécanismes internationaux des droits de l’Homme. Sa date et ses modalités n’ont pas encore été précisées.