LE MATIN
17 Mars 2026
À 12:35
Le modèle marocain de fixation des
prix des médicaments, fortement encadré par l’État, est aujourd’hui au cœur des préoccupations du
Conseil de la concurrence. Dans son avis sur la distribution des médicaments, l’institution dresse le constat d’un système à la fois complexe, contraignant et de moins en moins en phase avec les évolutions du marché.
Actuellement, les prix sont administrés selon une architecture rigoureuse. Le prix public de vente repose sur trois composantes : le prix fabricant hors taxe (PFHT), les marges des distributeurs et, jusqu’à récemment, la
TVA désormais supprimée . Pour les médicaments princeps, le Maroc s’aligne sur les prix les plus bas observés dans un panel de pays de référence, tandis que les génériques sont introduits avec des décotes pouvant atteindre 50 % . Mais ce mécanisme, censé garantir des prix accessibles, produit aussi des effets pervers. Les révisions périodiques, notamment lors du renouvellement quinquennal des autorisations de mise sur le marché, ainsi que les ajustements ponctuels à la baisse ou à la hausse en fonction des prix internationaux, entretiennent une pression continue sur les prix .
Une pression durable sur les marges et l’équilibre du secteur
Dans ce contexte, la baisse répétée des prix a fragilisé l’ensemble de la chaîne de distribution. Le Conseil souligne que le modèle actuel, fondé principalement sur des marges proportionnelles au prix des médicaments, expose particulièrement les officines à une érosion de leurs revenus. La structure du marché accentue cette vulnérabilité. La quasi-totalité des ventes concerne des médicaments à bas prix, ce qui limite mécaniquement les marges, malgré des taux réglementaires relativement élevés en apparence . En réalité, une fois les charges déduites, la rentabilité des pharmacies demeure faible, réduisant leur capacité d’investissement et d’adaptation.
Vers une refonte du modèle de prix et de rémunération
Face à ces déséquilibres, le Conseil de la concurrence appelle à repenser en profondeur le système. Au-delà de la seule régulation des prix, il préconise une évolution vers un modèle plus équilibré, moins dépendant des prix et davantage orienté vers la valorisation des services rendus. L’enjeu est double : préserver l’accessibilité financière des médicaments pour les patients tout en garantissant la soutenabilité économique des acteurs du secteur. Dans cette optique, la réforme du système de prix apparaît comme un levier central pour moderniser la régulation du marché et renforcer son efficacité. Au-delà de la technique tarifaire, c’est bien la logique globale du système qui est interrogée : un modèle historiquement conçu pour contenir les prix, mais qui, aujourd’hui, peine à accompagner les mutations du secteur pharmaceutique et les exigences croissantes du système de santé.