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Observatoire des projets : le ministère de l’Équipement ouvre ses chantiers au regard du public

Suivre l’avancement d’un barrage, vérifier l’état d’un projet routier ou consulter les grands chantiers programmés dans sa région : c’est désormais possible avec le lancement de «l’Observatoire des projets», une plateforme numérique qui place l’accès à l’information et la transparence au cœur du pilotage public. Porté par le ministère de l’Équipement et de l’eau, le dispositif promet un suivi en temps réel des réalisations de ce département stratégique ainsi qu’une interaction directe avec les citoyens. Les détails.

06 Mai 2026 À 17:20

Le ministère de l’Équipement et de l’eau accélère sa mue numérique dans un contexte où la demande de transparence sur les grands projets publics devient de plus en plus forte. Mercredi à Rabat, le ministre Nizar Baraka a procédé au lancement officiel de «l’Observatoire des projets», une plateforme digitale conçue pour suivre, centraliser et valoriser l’ensemble des projets portés par le ministère à travers le Royaume. Plus qu’un simple portail institutionnel, le dispositif ambitionne d’offrir une vision quasi instantanée de l’état des grands chantiers publics : barrages, routes, ports, infrastructures hydrauliques ou encore projets liés à la météorologie. Pensé comme un outil de gouvernance et de proximité avec les citoyens, l’Observatoire permet désormais de consulter les projets programmés, en cours de réalisation ou achevés, avec des données mises à jour en continu. À travers cette initiative, le ministère entend répondre à une demande croissante d’accès à l’information publique tout en renforçant la lisibilité de son action sur le terrain.

Une carte vivante des grands chantiers du Royaume

Dès la page d’accueil, la plateforme donne le ton. Une carte interactive du Maroc permet de naviguer par région, secteur ou type de projet. En quelques clics, l’utilisateur peut visualiser les infrastructures en cours dans une province donnée, consulter leur niveau d’avancement ou accéder à des fiches détaillées enrichies de photographies, d’indicateurs techniques et de données géographiques. Le dispositif couvre actuellement 6.279 projets répartis entre quatre grands secteurs : l’eau, les routes, les ports et la météorologie. Le secteur hydraulique concentre à lui seul plus de 4.100 projets, illustrant l’importance des investissements engagés dans le contexte actuel de stress hydrique. Le portefeuille comprend également près de 1.900 projets routiers ainsi qu’une cinquantaine de projets portuaires. La plateforme permet également de distinguer les projets déjà achevés, ceux en cours d’exécution et ceux encore programmés. Selon les chiffres présentés lors du lancement, plus de 4.200 projets sont déjà réalisés, tandis qu’environ un millier sont actuellement en chantier.

Des données brutes transformées en outil de pilotage

Derrière l’interface publique, le ministère a développé une architecture numérique beaucoup plus ambitieuse qu’un simple site vitrine. L’Observatoire fonctionne comme une plateforme intégrée de pilotage stratégique capable de collecter les données provenant des directions centrales, des services territoriaux et des différents systèmes métiers du ministère. Le système repose sur un réseau de 394 points focaux répartis entre l’administration centrale et les représentations territoriales. Leur mission : alimenter, contrôler et actualiser les données afin de garantir leur fiabilité et leur actualisation permanente. Le ministère insiste d’ailleurs sur cet aspect, considérant que la qualité de l’information constitue le cœur même du projet.

Les données collectées passent ensuite par plusieurs niveaux de traitement : contrôle de cohérence, structuration, analyse et génération d’indicateurs. Résultat : des tableaux de bord dynamiques permettent aux responsables du ministère de suivre l’évolution des projets, d’identifier les retards éventuels ou encore de recevoir des alertes sur les chantiers sensibles.

Barrages, routes, ports : un suivi détaillé des infrastructures

L’un des points forts de la plateforme réside dans son adaptation aux spécificités de chaque secteur. Pour les barrages, les fiches projets affichent par exemple les capacités de stockage, les objectifs en matière d’irrigation ou d’alimentation en eau potable. Les projets routiers peuvent être suivis à travers des tracés cartographiques détaillés et des indicateurs d’avancement des travaux. Quant aux grands ports, notamment le port Dakhla Atlantique, ils bénéficient d’un suivi spécifique mettant en avant les différentes phases de réalisation.

L’Observatoire ne se limite pas à une logique de consultation passive. Les citoyens peuvent également interagir avec l’administration via une interface dédiée. Après la création d’un compte, ils ont la possibilité de transmettre des remarques, demander des précisions ou signaler des interrogations concernant un projet précis. Le ministère assure que les requêtes seront traitées par les points focaux sectoriels et territoriaux afin de garantir une réponse rapide et structurée.

Une administration qui veut gagner en réactivité

Au-delà de la communication publique, le ministère voit dans cette plateforme un véritable outil de modernisation administrative et de reddition des comptes. Les responsables évoquent une nouvelle logique de gestion fondée sur la donnée, avec un suivi quasi quotidien des projets, une capacité de réaction plus rapide face aux retards ou aux blocages, mais aussi une obligation accrue pour l’administration de rendre compte de l’état réel d’avancement des chantiers. «Lorsqu’un projet est affiché publiquement à 40 ou 50% de réalisation, cela implique automatiquement une forme de responsabilité vis-à-vis des engagements annoncés», a expliqué le ministre Nizar Baraka en réponse aux questions du «Matin». Le dispositif, ajoute-il, vise ainsi à mettre fin à la frustration longtemps exprimée par des citoyens confrontés à des panneaux de projets installés pendant des années sans avancée visible sur le terrain. Désormais, les services concernés devront actualiser régulièrement les données et expliquer les écarts éventuels entre les calendriers annoncés et l’état effectif des réalisations. Une application mobile est d’ailleurs en préparation afin d’étendre l’usage du dispositif aussi bien aux citoyens qu’aux décideurs. Elle permettra notamment la consultation géolocalisée des projets, l’accès aux principaux indicateurs et le suivi mobile des chantiers directement depuis le terrain.

Interrogé sur le calendrier de lancement de cette initiative, en pleine année électorale, Nizar Baraka a assuré que le projet était en préparation depuis plus de dix-huit mois et qu’il s’inscrivait dans une démarche structurelle de modernisation de l’administration et de renforcement du droit d’accès à l’information. Le ministre présente également l’Observatoire comme un outil destiné à lutter contre les informations erronées entourant certains projets d’infrastructures, en mettant à disposition du public des données actualisées et vérifiables.

Questionné par «Le Matin» sur l’absence de données financières détaillées, notamment les coûts des projets, les montants des marchés et les noms des entreprises adjudicataires, le ministre explique que ces informations relèvent d’un autre cadre, celui du portail des marchés publics, qui assure déjà le suivi de l’ensemble des marchés du ministère. Il précise que ces données ne sont pas intégrées à l’Observatoire pour éviter l’encombrement de l’interface avec des détails financiers qui pourraient alourdir la navigation et complexifier la compréhension pour le citoyen. «L’Observatoire a été conçu avant tout comme un outil de transparence opérationnelle centré sur le suivi des réalisations, leur état d’avancement et leur impact concret sur les territoires et les citoyens», résume-t-il.
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