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Ouverture du capital des pharmacies : Amine Tahraoui rassure les professionnels

Après plusieurs semaines de silence autour d’un dossier particulièrement sensible, le ministre de la Santé et de la protection sociale, Amine Tahraoui, a finalement pris la parole pour clarifier la position du gouvernement. Au cœur des tensions : les recommandations du Conseil de la concurrence, notamment celles relatives à l’ouverture du capital des pharmacies, qui ont suscité une vive inquiétude au sein de la profession. Face à la polémique, le ministre tente de rassurer et réaffirme son attachement à une réforme concertée du secteur pharmaceutique.

22 Avril 2026 À 17:23

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Après plusieurs semaines de mutisme autour des recommandations controversées du Conseil de la concurrence, le ministre de la Santé et de la protection sociale, Amine Tahraoui, est finalement sorti de sa réserve. Face aux inquiétudes croissantes des pharmaciens, il a affiché une position claire : aucune réforme du secteur ne sera menée sans concertation avec les professionnels concernés.

Une mise au point attendue face à la polémique

Intervenant mardi lors de la séance des questions orales à la Chambre des conseillers, le ministre a tenu à replacer le débat dans son cadre institutionnel. Il a rappelé que l’avis du Conseil de la concurrence relevait du rôle consultatif d’une institution constitutionnelle, appelée à formuler des recommandations sur divers secteurs. Dans ce contexte, Amine Tahraoui a indiqué avoir reçu les représentants des pharmaciens afin d’examiner en détail les conclusions du rapport. Une démarche qui s’inscrit, selon lui, dans la continuité du dialogue engagé avec les acteurs du secteur.

Deux niveaux de lecture du rapport

Cela étant, le ministre a distingué deux niveaux d’analyse. D’une part, certaines recommandations recoupent des réformes déjà engagées par le département de la Santé dans le cadre des programmes gouvernementaux et sectoriels. Des chantiers que les pharmaciens connaissent déjà, en raison de leur implication dans les concertations en cours. D’autre part, les propositions touchant aux réformes futures, notamment celles susceptibles d’impacter directement la profession, seront, assure-t-il, systématiquement discutées avec les acteurs concernés. «Toute réforme touchant les pharmaciens se fera dans le cadre du dialogue», a-t-il insisté, érigeant la concertation en principe central.

Trois chantiers structurants pour transformer le secteur

Au-delà de la polémique, le ministre a détaillé les grandes orientations de la réforme du secteur pharmaceutique, articulée autour de trois axes majeurs. Le premier concerne la création de l’Agence marocaine des médicaments et des produits de santé. Présentée comme un tournant dans la gouvernance du secteur, cette structure repose sur des principes d’autonomie, d’efficacité et de reddition des comptes. En moins d’un an, des avancées significatives ont été enregistrées, avec l’ambition d’atteindre le niveau GBT3 selon les standards de l’Organisation mondiale de la santé, renforçant ainsi la crédibilité internationale du système national. Dans cette dynamique, plusieurs textes réglementaires ont été adoptés récemment, portant notamment sur l’autorisation sanitaire des médicaments, l’exercice de la pharmacie ou encore la protection des personnes participant aux recherches biomédicales.

Vers une souveraineté pharmaceutique renforcée

Le deuxième axe porte sur la réforme du cadre juridique et la consolidation de la souveraineté pharmaceutique. Le ministre a annoncé l’avancement du projet de révision de la loi 17.04, destiné à aligner la législation nationale sur les standards internationaux et à renforcer la pharmacovigilance ainsi que les bonnes pratiques industrielles. Parallèlement, des mesures concrètes ont été déployées pour améliorer la traçabilité et la qualité des médicaments, à travers notamment le renforcement des contrôles et la mise en place d’un système national de vigilance. L’objectif est double : sécuriser l’approvisionnement et réduire la dépendance.

La digitalisation pour plus de transparence

Troisième pilier de cette réforme : la digitalisation des procédures administratives. Le ministère a lancé une plateforme numérique unifiée dédiée aux autorisations, conçue comme un guichet unique permettant de suivre le traitement des dossiers en toute transparence. Ce dispositif a déjà permis de réduire sensiblement les délais d’examen. Il devrait, à terme, être élargi à l’ensemble des produits de santé, incluant médicaments, dispositifs et équipements médicaux.

Une profession toujours en alerte

Malgré les assurances données par M. Tahraoui, les pharmaciens restent mobilisés. La Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc a exprimé son opposition ferme aux recommandations du Conseil de la concurrence, en particulier celles relatives à l’ouverture du capital des officines à des investisseurs. Selon elle, une telle orientation risque de fragiliser l’équilibre du secteur, de remettre en cause le rôle sanitaire des pharmacies et de porter atteinte à l’équité en matière d’accès aux soins, sans répondre aux véritables difficultés que traverse la profession.
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