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Pouvoir d'achat : le RNI ouvre sa campagne par où il est le plus attaqué

À trois mois des législatives, le parti de Aziz Akhannouch a choisi Fès et le pouvoir d'achat pour lancer la présentation de son programme. Indexation de l'aide sociale sur l'inflation pour douze millions de Marocains, crédit d'impôt scolaire de 5.000 dirhams, hausse du SMIG et du SMAG, épargne soutenue pour l'informel : derrière la générosité affichée des «boucliers», le RNI tente une opération à haut risque : reprendre la main sur le terrain même où l'opposition l'a le plus malmené depuis 2021.

23 Juin 2026 À 17:22

C'est par le pouvoir d'achat que le RNI a choisi d'ouvrir la présentation de son futur programme électoral. Un choix loin d'être anodin pour un parti qui, depuis son arrivée au gouvernement, a vu son action régulièrement jugée à l'aune de l'inflation, de la hausse des prix et de leurs répercussions sur le quotidien des ménages. En lançant depuis Fès la première étape de sa tournée nationale, la formation de la majorité investit d'emblée un terrain sur lequel elle a été particulièrement attendue durant le mandat. Réunis lundi à Fès, les dirigeants du parti ont donné le coup d'envoi d'une tournée nationale destinée à dévoiler progressivement les principaux engagements de leur futur programme.
Un programme qui représente un «contrat» entre le parti et les citoyens, souligne Mohamed Chaouki, président du parti, à cette occasion. Loin de l'exercice classique du catalogue de promesses, le RNI a opté pour une présentation séquencée : chaque étape régionale sera consacrée à un engagement majeur, avant une convention nationale appelée à réunir l'ensemble de l'offre politique du parti. Le choix de la capitale spirituelle du Royaume pour inaugurer cette démarche n'est pas fortuit. «Cette étape inaugure une nouvelle phase dans le parcours du parti», a souligné Anis Birou, membre du bureau politique du RNI, évoquant la «forte symbolique politique» de la ville de Fès. Pour cette première séquence, le parti a dévoilé ce qu'il présentait comme le socle de son projet pour le prochain mandat : la «protection durable du pouvoir d'achat». Décliné en plusieurs mesures touchant au soutien social, à l'épargne, aux salaires, aux retraites et à l'éducation, ce premier engagement cible près de quatre millions de familles, soit quelque douze millions de Marocains, dont plus de 5,5 millions d'enfants.

Un «bouclier social» contre l'inflation

Au cœur de ce premier engagement figure la création de ce que le parti appelle un «bouclier social contre la vie chère». L'idée consiste à instaurer un mécanisme permanent permettant d'adapter automatiquement le soutien social direct à l'évolution des prix. Présentant les grandes lignes de cette proposition, Nadia Fettah Alaoui, ministre de l'Économie et des finances et membre du bureau politique du parti, a affirmé que «la protection durable du pouvoir d'achat constitue le premier engagement du programme parce qu'elle répond à une préoccupation quotidienne des familles marocaines».

Selon elle, les mécanismes actuels doivent évoluer pour tenir compte des nouvelles réalités économiques. «Les crises internationales successives, les tensions sur les marchés et les épisodes inflationnistes ont montré que les catégories les plus fragiles ont besoin de mécanismes de protection plus réactifs et plus efficaces», a-t-elle expliqué. Le dispositif proposé repose sur un principe simple : lorsque l'inflation franchit un seuil déterminé à l'avance, le montant du soutien social direct serait automatiquement ajusté afin de préserver le pouvoir d'achat des bénéficiaires. «Nous voulons garantir que les familles qui bénéficient du soutien social direct ne voient pas leur pouvoir d'achat s'éroder à cause de la hausse des prix», a insisté Nadia Fettah Alaoui. «Il ne s'agit pas d'une intervention ponctuelle, mais d'un système durable capable d'apporter une réponse rapide chaque fois que la conjoncture l'exige.»
D'après les chiffres avancés par le parti, ce mécanisme concernerait près de quatre millions de familles, soit environ douze millions de Marocains, dont plus de 5,5 millions d'enfants. La ministre a rappelé que le soutien social direct est devenu un levier important pour de nombreux ménages. «Aujourd'hui, cette aide permet à des millions de familles de faire face aux dépenses liées à la scolarisation, à la santé, au logement ou encore à l'alimentation. Notre ambition est de renforcer davantage ce filet de sécurité.»

Épargne, salaires et retraites : le parti cible les revenus des ménages

Le deuxième volet présenté à Fès concerne les travailleurs du secteur informel, qui représentent une part importante de l'économie nationale, mais demeurent souvent exclus des mécanismes classiques de protection sociale. Le RNI propose ainsi la mise en place d'un «bouclier épargne», permettant l'ouverture de comptes simplifiés soutenus par l'État. Selon Nadia Fettah Alaoui, ce dispositif serait structuré autour de deux composantes. «La première concerne une épargne de précaution destinée à faire face aux imprévus et aux périodes difficiles. La seconde vise à préparer l'avenir, notamment à travers la constitution progressive d'une épargne pouvant servir de base à une retraite.» Pour le parti, cette mesure doit contribuer à réduire la vulnérabilité économique de millions de travailleurs exerçant dans l'informel tout en encourageant leur intégration progressive dans des mécanismes plus structurés de protection sociale.

Le troisième axe de ce premier engagement touche directement les revenus des salariés et des retraités. Le futur programme prévoit une augmentation du SMIG et du SMAG, avec pour ambition d'accélérer la convergence entre les deux dispositifs, tout en améliorant les pensions de retraite. Une mesure qui, selon le parti, pourrait profiter à près des deux tiers des salariés du secteur structuré.

Le pari de 2028

La mesure qui fera parler est aussi celle qui demande le plus de patience. Le «bouclier de l'éducation» prévoit un crédit d'impôt pouvant atteindre 5.000 dirhams par an et par enfant scolarisé dans le privé. De quoi séduire frontalement une classe moyenne urbaine étranglée par des frais de scolarité en hausse continue, et électoralement décisive. Mais l'annonce est assortie d'un calendrier qui en dit long sur la prudence budgétaire du parti. Le dispositif n'interviendrait qu'«à l'horizon 2028, après la généralisation des écoles pionnières», a précisé Badr Tahiri, le présentant comme un complément à la réforme du public. Autrement dit : la mesure ne s'enclenchera qu'une fois l'offre publique jugée suffisamment solide pour ne pas faire du crédit d'impôt une subvention déguisée à l'enseignement privé. Un calage politiquement habile, qui ménage les défenseurs de l'école publique tout en faisant miroiter un allègement aux familles du privé. Reste qu'une promesse à échéance 2028, formulée pour un scrutin de 2026, engage surtout la législature suivante, et suppose que le RNI y soit encore aux commandes.

Le RNI met en avant son bilan pour crédibiliser ses promesses

Au-delà des nouvelles propositions, les dirigeants du RNI ont largement mobilisé le bilan gouvernemental pour défendre la crédibilité de leurs engagements. Badr Tahri a ainsi rappelé plusieurs mesures mises en œuvre au cours des cinq dernières années sous la conduite de la majorité actuelle. «Le SMIG a été relevé de 20%, le SMAG de 25%. Les enseignants, les médecins, les infirmiers, les enseignants-chercheurs et plusieurs catégories de fonctionnaires ont bénéficié d'augmentations salariales significatives. Parallèlement, la baisse de l'impôt sur le revenu a permis à des millions de salariés du secteur public et privé d'améliorer leurs revenus», a-t-il affirmé. Selon lui, ces différentes mesures ont bénéficié à quelque 4,25 millions de familles et témoignent de la volonté du parti de renforcer progressivement la classe moyenne.

Anis Birou a lui aussi insisté sur la nécessité de relier les nouvelles promesses au bilan du gouvernement. «Notre démarche ne consiste pas à accumuler les slogans. Nous présentons des engagements fondés sur l'expérience acquise et sur des réalisations concrètes», a-t-il déclaré. «Les Marocains attendent des réponses réalistes. Ils attendent des responsables politiques qu'ils aient le courage de prendre les décisions nécessaires et qu'ils assument leurs choix. C'est cette philosophie qui guide notre action.»

Le RNI ouvre donc le bal des législatives par son flanc le plus exposé, avec l'aplomb de celui qui transforme une vulnérabilité en argument. En mettant l'accent sur la protection des revenus, l'accompagnement de la classe moyenne et le renforcement des mécanismes de solidarité, le parti cherche manifestement à reprendre la main sur un sujet qui a longtemps échappé à son récit. À trois mois du scrutin, l'enjeu n'est plus seulement de défendre un bilan, mais de convaincre que la prochaine étape peut répondre aux aspirations d'une société dont la question sociale s'impose plus que jamais comme le véritable juge de paix électoral.
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