Hiba Chaker
17 Avril 2026
À 17:30
Invitée dans l'émission
«Maa Ramdani» diffusée sur la chaîne télé
2M, la ministre de la Transition énergétique et du développement durable,
Leïla Benali, est revenue sur les principaux dossiers qui structurent le débat énergétique national : polémique autour du
changement d'heure,
flambée des prix des carburants, avenir de
la Samir et impact des tensions au Moyen-Orient sur les approvisionnements du Royaume.
La question de l'heure d'été, devenue omniprésente dans les discussions de tous les jours, a ouvert les échanges. Face aux critiques exprimées par les citoyens, dont une pétition ayant recueilli plusieurs dizaines de milliers de signatures, la ministre a reconnu que l'évaluation conduite par son département s'était limitée au volet énergétique. «Nous avons mesuré l'impact sur la
consommation d'électricité. Il faut désormais élargir cette évaluation à l'ensemble des impacts sur le quotidien des citoyens», a-t-elle indiqué, précisant qu'une décision reviendrait aux institutions compétentes, à savoir le
gouvernement ou le
Parlement, dans les délais prévus par la loi. Elle a néanmoins défendu le principe de la mesure, faisant valoir qu'elle permettait de réduire la
demande en électricité dans certains cas.
Sur les prix des carburants, Leïla Benali a souligné que la hausse des prix observée actuellement découlait principalement de la libéralisation décidée en 2015 qui était «un choix assumé et évalué devant le Parlement». La ministre (PAM) a reconnu toutefois qu'elle n'avait pas été accompagnée des garde-fous nécessaires. Selon elle, deux lacunes majeures expliquent les dysfonctionnements actuels du marché : l'absence d'un cadre réglementaire permettant une transmission progressive des variations de prix vers le marché local et une politique fiscale inadaptée. Elle a cité en exemple la TVA appliquée aux équipements solaires, fixée à 20%, contre 10% pour les carburants fossiles, soulignant l'incohérence avec les objectifs de transition énergétique.
Le
Conseil de la concurrence a, de son côté, relevé dans son rapport que les
hausses de prix enregistrées sur le marché national étaient restées partiellement inférieures aux variations constatées sur le marché international, indiquant que les
sociétés pétrolières n'avaient pas intégralement répercuté les augmentations sur les consommateurs. Pour atténuer l'impact des fluctuations sur le pouvoir d'achat des ménages, le gouvernement débloque 1,6 milliard de dirhams par mois au titre de subventions : 600 millions de dirhams consacrés à la subvention du gaz butane, 400 millions à l'électricité et 600 millions au transport. La ministre a précisé que cette enveloppe avait permis d'éviter une transmission directe et intégrale des hausses du marché mondial aux ménages marocains.
La Samir, un dossier aux contours complexes
Interrogée sur la raffinerie Samir de Mohammedia, à l'arrêt depuis 2015, Leïla Benali a écarté l'idée qu'une relance constituerait une solution immédiate aux tensions sur les prix. Elle a rappelé que des pays comme l'Inde ou les États-Unis disposaient de plusieurs dizaines de raffineries, soulignant qu'une infrastructure unique ne pouvait pas, à elle seule, stabiliser un marché. Elle a cependant indiqué avoir autorisé, depuis 2021, des sociétés à utiliser les capacités de stockage de la Samir pour le gasoil, sous deux conditions : l'absence de monoTendrarapole sur l'ensemble des installations et une certification préalable des pipelines traversant Mohammedia par une commission de contrôle indépendante. Des investisseurs avaient manifesté leur intérêt pour une réhabilitation entre 2021 et 2022, mais les négociations avec le syndicat de liquidation de la société n'ont pas abouti à ce jour.
En parallèle, la ministre a fait état de l'avancement des infrastructures alternatives. Sept terminaux de réception de gaz naturel liquéfié (GNL) sont en cours de développement dans plusieurs villes du Royaume, dont Nador, Tanger, Mohammedia, Jorf Lasfar et Dakhla. Le gazoduc Maroc-Nigeria, dont le tracé longe la côte atlantique jusqu'à Dakhla, est en voie de finalisation. Par ailleurs, la transformation de l'Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) en société anonyme, dont le projet a été soumis en février dernier, vise à renforcer la transparence et l'efficacité de l'opérateur national dans le développement des champs gaziers, notamment à Tendrara.
Des stocks sous surveillance dans un contexte régional tendu
Les tensions au Moyen-Orient ont conduit le gouvernement à surveiller de près les niveaux d'approvisionnement en hydrocarbures. L'Agence internationale de l'énergie a qualifié la crise énergétique actuelle de plus sévère depuis 1973, dépassant en intensité les chocs pétroliers de 1979 et 2002. Dans ce contexte, Leïla Benali a annoncé que les niveaux de stocks constitués par le Maroc étaient d’environ cinquante jours de réserve en essence et en gasoil, quarante jours pour le gaz butane et soixante jours pour le kérosène aéronautique, alors que plusieurs pays européens signalent des tensions sur cette dernière matière. La ministre a par ailleurs mis en évidence une lacune juridique persistante : la loi de 1973 régissant le secteur pétrolier ne distingue pas clairement le stock de sécurité, destiné à garantir la continuité de l'approvisionnement en cas de rupture, du stock de régulation, utilisé dans d'autres pays pour amortir les pics de prix. Elle a indiqué avoir soulevé cette question en commission de la Caisse de compensation, plaidant pour une révision du cadre législatif sur ce point.
In fine, la ministre Benali a souligné que parmi les réformes qu'elle identifiait comme prioritaires pour le prochain gouvernement figuraient l'achèvement de la réforme de la Caisse de compensation pour un meilleur ciblage des subventions, la révision de la fiscalité sur les produits énergétiques stratégiques et la mise en place d'un cadre réglementaire complet pour encadrer un marché des hydrocarbures libéralisé depuis dix ans, mais insuffisamment régulé. Sur le plan minier, le lancement du registre minier numérique, annoncé lors du salon Mines & Géologie de Marrakech, doit permettre, selon la ministre, une meilleure transparence dans l'attribution des licences d'exploitation à l'échelle nationale.