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Prochain gouvernement : les citoyens attendent des signaux forts

La Cheffe du gouvernement est désormais connue. Avec la nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri, figure de proue du PAM, parti arrivé en tête des législatives, une nouvelle séquence s’ouvre : celle de la formation de la majorité et, surtout, de la définition des priorités du prochain quinquennat. Pouvoir d’achat, croissance, protection sociale, santé, éducation, disparités territoriales, retraites ou encore réforme du Code de la famille : les attentes sont nombreuses et l’agenda particulièrement chargé. Pour le politologue et professeur de droit Mustapha Sehimi, les premières semaines seront déterminantes pour envoyer des «signes forts de changement et de mobilisation».

30 Septembre 2026 À 17:35

Le paysage gouvernemental issu des législatives du 23 septembre se précise, il a désormais un visage à sa tête. Arrivé en première position avec 97 sièges, le Parti authenticité et modernité (PAM) a vu sa coordinatrice nationale, Fatima Ezzahra El Mansouri, nommée, mardi 29 septembre, Cheffe du gouvernement par Sa Majesté le Roi Mohammed VI qui l'a chargée de former le nouvel Exécutif. Une nomination historique puisque Mme El Mansouri devient la première femme appelée à diriger un gouvernement au Maroc.

La question de la direction de l’Exécutif étant désormais tranchée, l’attention se déplace vers la construction de la future majorité et, au-delà des équilibres partisans, vers le contenu du prochain programme gouvernemental. Car Fatima Ezzahra El Mansouri hérite d’un calendrier particulièrement serré et d’un ensemble de dossiers sociaux et économiques au sujet desquels les attentes sont fortes. Le temps presse, d’autant plus que la première session parlementaire doit s’ouvrir le vendredi 9 octobre, le deuxième vendredi de ce mois, conformément à l’article 65 de la Constitution. D’ici là, les consultations pour constituer une majorité et dessiner l’architecture du prochain gouvernement devront avancer rapidement.

Pour Mustapha Sehimi, politologue et professeur de droit à l’Université Mohammed V de Rabat, interrogé dans le cadre du journal télévisé d’Al Oula, cette contrainte temporelle constitue déjà l’une des premières difficultés de la nouvelle Cheffe du gouvernement. Car au-delà des discussions autour de la composition du cabinet, deux dossiers doivent avancer presque simultanément : l’élaboration d’un programme gouvernemental commun et la préparation du projet de loi de Finances 2027.

Former une majorité, mais surtout construire un programme commun

La première équation sera politique. Le PAM, avec ses 97 sièges, ne dispose pas à lui seul de la majorité absolue à la Chambre des représentants. Mme El Mansouri doit donc construire une coalition capable de soutenir son cabinet et son programme au Parlement. Mais une coalition gouvernementale ne se résume pas à une répartition des portefeuilles. Elle suppose également de rapprocher les programmes des différentes composantes de la future majorité, de fixer des priorités communes et d’arbitrer les éventuels désaccords.

«Il ne peut pas y avoir un accord gouvernemental comme ça en 48 heures», relève Mustapha Sehimi. Selon lui, la rédaction d’un programme commun nécessite le travail de plusieurs équipes et une série d’arbitrages susceptibles de prendre plusieurs semaines. La question prend d’autant plus d’importance que les promesses faites au cours de la campagne sont nombreuses. Le futur programme gouvernemental devra donc procéder à un premier exercice de hiérarchisation : déterminer ce qui peut être engagé immédiatement, ce qui nécessitera des réformes structurelles plus longues et, surtout, ce que les finances publiques permettent réellement de réaliser. Cette dernière contrainte conduit directement au deuxième grand rendez-vous : le budget 2027.

Le PLF 2027, premier véritable test politique

Le prochain gouvernement n’arrivera pas devant une page blanche. Les travaux préparatoires du projet de loi de Finances 2027 sont déjà engagés par l’ancien Exécutif. La nouvelle équipe devra donc composer avec une architecture budgétaire largement préparée avant son installation. Pour Mustapha Sehimi, le nouvel Exécutif voudra néanmoins nécessairement «imprimer sa patte et sa marque» sur ce premier budget du quinquennat. Et pour cause : une loi de Finances ne constitue pas seulement un document comptable. Elle matérialise les choix politiques du gouvernement en répartissant les ressources entre les différentes priorités.

Pour Fatima Ezzahra El Mansouri et sa future coalition, le PLF 2027 constituera ainsi l’un des premiers instruments permettant de traduire le changement de majorité en orientations concrètes. C’est dans ce texte que devrait apparaître le premier arbitrage entre les engagements pris pendant la campagne, les réformes sociales attendues et les marges financières réellement disponibles. À cet égard, l’équation de la croissance est déjà révélatrice des difficultés à venir.

Le cadrage macroéconomique accompagnant le PLF 2027 table actuellement sur une croissance de 4,1% en 2027. Le Haut-Commissariat au Plan se montre toutefois nettement plus prudent : dans son Budget économique exploratoire, il prévoit une progression du PIB de 3% en 2027, après 4,8% en 2026. Mustapha Sehimi met précisément en avant ce décalage. Si l’ambition politique affichée durant la campagne est de tendre vers une croissance de 5% sur le quinquennat, explique-t-il, sa traduction dès 2027 se heurtera à des hypothèses macroéconomiques beaucoup plus prudentes.

L’écart n’est pas anodin. Une croissance plus faible réduit les marges permettant de financer de nouvelles politiques publiques, sauf à accroître les recettes, redéployer certaines dépenses ou modifier la trajectoire budgétaire. Le futur gouvernement devra ainsi concilier deux impératifs parfois difficiles à faire coïncider : produire rapidement des résultats sociaux perceptibles et préserver les grands équilibres financiers.

Pouvoir d’achat : l’urgence qui fera la différence

C’est probablement sur le terrain du quotidien que le nouvel Exécutif sera le plus attendu. Pour Mustapha Sehimi, «la question numéro un» reste celle du pouvoir d’achat et de sa revalorisation après plusieurs années marquées par les tensions inflationnistes. Le sujet dépasse la seule évolution des salaires. Prix des produits alimentaires, coût du logement, transport, énergie et revenus disponibles forment un ensemble qui pèse directement sur la perception qu’ont les citoyens de l’efficacité de l’action gouvernementale.

La question est d’autant plus centrale que Fatima Ezzahra El Mansouri elle-même, au lendemain de la victoire électorale du PAM, avait placé le pouvoir d’achat parmi les priorités de la prochaine étape. Pour le futur gouvernement, l’enjeu sera donc de déterminer comment traduire cette priorité en mesures concrètes tout en évitant que les gains de revenus ne soient absorbés par le renchérissement du coût de la vie.

Protection sociale : passer de la généralisation à la soutenabilité

Autre chantier majeur : la protection sociale. Ces dernières années, le Maroc a étendu plusieurs mécanismes de couverture et d’aide directe. La prochaine étape sera celle de la consolidation financière et de l’efficacité du système. Mustapha Sehimi cite ainsi le financement de la généralisation de la protection sociale parmi les dossiers qui devront rapidement être intégrés aux choix budgétaires du nouvel Exécutif. L’enjeu sera double : assurer la pérennité des mécanismes existants et vérifier qu’ils atteignent effectivement les populations auxquelles ils sont destinés. Les attentes ne se limitent toutefois pas au revenu. Deux secteurs sont revenus avec insistance dans le débat public lors de la campagne électorale : l’éducation et la santé.

Pour Mustapha Sehimi, le prochain gouvernement devra envoyer rapidement «des signaux forts» dans ces deux domaines. Dans l’éducation, l’enjeu ne sera pas seulement budgétaire. Il concerne également la qualité des apprentissages, les conditions de travail des enseignants, la gouvernance des établissements et la capacité des politiques engagées à produire des résultats perceptibles pour les familles.

Même logique pour la santé, où l’extension de la couverture sociale augmente mécaniquement la demande de soins. Le défi consiste dès lors à faire correspondre l’élargissement de la couverture avec une offre sanitaire accessible, suffisamment dotée en ressources humaines et équitablement répartie sur le territoire. C’est précisément sur ce dernier point que l’agenda social rejoint l’agenda territorial.

Le «Maroc à deux vitesses», un chantier colossal

La lutte contre les disparités territoriales devrait en effet occuper une place centrale dans le prochain quinquennat. Lors du discours du Trône du 29 juillet 2025, S.M. le Roi Mohammed VI avait affirmé qu’il n’y avait «de place, ni aujourd’hui, ni demain pour un Maroc avançant à deux vitesses», appelant à une nouvelle génération de programmes de développement territorial intégré permettant aux fruits du développement de bénéficier aux citoyens quelle que soit leur région. Cette orientation élargit considérablement le champ d’action du futur gouvernement. L’objectif ne consiste plus seulement à financer des infrastructures, mais à mieux articuler emploi, services publics, santé, éducation et investissement au niveau territorial. C’est également là que se jouera une partie de la crédibilité du prochain Exécutif : sa capacité à faire descendre les politiques publiques jusqu’au niveau local et à réduire les écarts entre territoires plutôt qu’à multiplier les programmes nationaux sans traduction suffisamment visible sur le terrain.

À ces urgences s’ajoutent plusieurs réformes structurelles qui n’ont pas encore trouvé leur aboutissement. Mustapha Sehimi cite notamment la réforme du Code de la famille et celle des régimes de retraite. Deux dossiers politiquement et socialement sensibles, qui impliquent des arbitrages dépassant largement la seule logique budgétaire. Le prochain Exécutif devra donc gérer simultanément plusieurs temporalités : répondre rapidement aux préoccupations quotidiennes, poursuivre les chantiers engagés et traiter des réformes structurelles dont les effets ne seront visibles qu’à moyen ou long terme. C’est précisément cette superposition des agendas qui rend le début du mandat particulièrement délicat.

Les premiers mois comme test de crédibilité

Mustapha Sehimi évoque à ce propos le délai de grâce de «100 jours». Il ne s’agit évidemment d’aucune échéance institutionnelle, mais d’un indicateur politique et médiatique souvent utilisé pour apprécier la capacité d’un nouvel Exécutif à imprimer sa dynamique. Dans le cas du prochain gouvernement, ces premiers mois pourraient être d’autant plus significatifs que plusieurs décisions structurantes devront intervenir presque simultanément : constitution de la majorité, élaboration du programme gouvernemental, arbitrages sur le PLF 2027 et premières décisions sociales.

La nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri a ainsi clos une première interrogation, celle de l’identité de la personnalité appelée à conduire le gouvernement. Elle en ouvre désormais une autre, autrement plus déterminante pour le quotidien des Marocains : celle des choix que fera le nouvel Exécutif face à l’accumulation des attentes. L’enjeu ne sera donc pas seulement d’annoncer des réformes. Il sera de montrer très tôt quelle hiérarchie le gouvernement établit entre croissance et redistribution, urgence sociale et équilibres budgétaires, politiques nationales et réduction des disparités territoriales.

Au sortir d’une campagne où le pouvoir d’achat, l’école, la santé et les inégalités territoriales ont largement occupé le débat public, l’attente portera surtout sur la capacité du prochain Exécutif à transformer les engagements en mesures concrètes. C’est sur ce passage de la promesse à l’exécution que se jouera une grande partie de la confiance accordée au nouveau cycle politique.
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