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Rabat, Capitale mondiale du livre 2026 : la consécration d’une ville aux ambitions culturelles assumées

Rabat s’apprête à écrire une nouvelle page de son histoire culturelle. Désignée Capitale mondiale du livre 2026 par l’Unesco, Rabat entre dans le cercle restreint des grandes métropoles internationales du savoir et de la création. Cette consécration, outre sa dimension symbolique, marque l’aboutissement d’une stratégie ambitieuse et ouvre la voie à une année exceptionnelle placée sous le signe de la lecture, du dialogue des cultures et de l’inclusion.

14 Avril 2026 À 18:46

Rabat confirme son statut de capitale culturelle en accédant à une reconnaissance internationale majeure. Désignée «Capitale mondiale du livre 2026» par l’Unesco, la ville s’impose désormais comme un centre majeur du savoir, de la création et du dialogue interculturel. Cette annonce, faite mardi dernier à l’occasion du lancement officiel du programme et de la 31ᵉ édition du Salon international de l’édition et du livre, marque le début d’un projet d’envergure qui dépasse largement le cadre d’un événement culturel.
Dès l’ouverture, le ministre de la Jeunesse, de la culture et de la communication, Mehdi Bensaïd, a insisté sur la portée symbolique et stratégique de cette consécration. Selon lui, il ne s’agit pas d’une simple distinction, mais bien d’une «proclamation du triomphe du savoir», inscrivant Rabat dans une dynamique où la culture devient un droit accessible à tous. À cet égard, le ministre a tenu à rendre hommage aux acteurs discrets du livre, notamment les bouquinistes de la médina, véritables passeurs de savoir ayant contribué à ancrer la lecture dans le quotidien des citoyens.


Une vision partagée par les institutions locales

Pour sa part, la maire de Rabat, Fatima El Moudni, a souligné que cette distinction consacrait un projet civilisationnel fondé sur la promotion de la lecture, la valorisation du savoir et le renforcement de la cohésion sociale. Elle a rappelé que Rabat, riche de plus de deux mille ans d’histoire, incarnait un équilibre singulier entre héritage et modernité, reconnu à l’international depuis son inscription au patrimoine mondial de l’Unesco en 2012.

Dans le même ordre d’idées, le président du Conseil de la région de Rabat-Salé-Kénitra, Rachid El Abdi, a insisté sur le rôle structurant de la culture dans le développement territorial. Il a mis en avant la nécessité d’intégrer pleinement les politiques culturelles dans les stratégies régionales, afin de faire du livre un levier de développement économique et social, tout en renforçant l’attractivité culturelle de la région.

Une reconnaissance fondée sur un écosystème du livre dynamique

Cette mobilisation conjointe des acteurs nationaux et locaux s’inscrit dans une dynamique plus large, reconnue à l’échelle internationale. À ce titre, le directeur du Bureau régional de l’Unesco pour le Maghreb, Charaf Hmimid, a rappelé que Rabat devenait la 25ᵉ ville à rejoindre le réseau des capitales mondiales du livre. Cette reconnaissance repose avant tout sur la cohérence entre une vision stratégique ambitieuse et des réalisations concrètes. Elle s’appuie également sur la vitalité de l’écosystème du livre dans la capitale, caractérisé par la présence d’éditeurs, de librairies et d’institutions académiques, ainsi que par un engagement affirmé en faveur de l’accès à la culture et de l’inclusion sociale.

France-Maroc : le livre comme pont diplomatique

Dans ce contexte, la dimension internationale du projet apparaît comme une extension naturelle de cette dynamique. Invitée d’honneur du prochain Salon international de l’édition et du livre, la France entend pleinement s’inscrire dans cette ambition commune. L’ambassadeur de France au Maroc, Christophe Lecourtier, a ainsi mis en avant la profondeur des liens culturels unissant les deux pays, évoquant une «passion commune pour la lecture» et un imaginaire partagé nourri par les écrivains des deux rives. Mais au-delà de cette proximité, il a annoncé une initiative à forte portée symbolique : l’élaboration conjointe d’un ouvrage entre auteurs marocains et français, sous la forme d’un traité. Initié à la demande de Sa Majesté le Roi Mohammed VI et du Président de la République française, ce projet vise à consolider les passerelles culturelles, intellectuelles et humaines entre les deux nations. Pour l’ambassadeur, «il n’est pas de plus beau pont que celui de la littérature et des savoirs», illustrant ainsi le rôle central du livre comme vecteur de dialogue et de rapprochement.

La jeunesse au cœur du projet culturel

Dans la continuité de cette dynamique, une attention particulière est accordée à la jeunesse. Face aux mutations des pratiques culturelles et à la montée en puissance du numérique, les organisateurs entendent replacer la lecture au cœur des usages. Des initiatives spécifiques seront ainsi déployées pour encourager l’accès au livre, favoriser les rencontres avec les auteurs et promouvoir une approche plus interactive et inclusive de la lecture. Cette orientation traduit une volonté claire de renouveler le rapport au livre, en l’adaptant aux attentes des nouvelles générations. Dans le même esprit, cette dynamique ne se limitera pas à la capitale. Elle sera étendue à plusieurs villes du Royaume, témoignant d’une volonté affirmée de faire de cette distinction un projet collectif et partagé à l’échelle nationale. L’objectif est de toucher un public large et diversifié, notamment les populations les plus éloignées de l’offre culturelle.

Données clés du programme «Rabat Capitale mondiale du livre 2026»

Le programme «Rabat Capitale mondiale du livre» s’étendra d’avril 2026 à avril 2027 et se traduira par une mobilisation culturelle d’envergure. Plus de 340 activités seront ainsi programmées tout au long de l’année, couvrant un large éventail de domaines, allant des animations culturelles aux ateliers de formation, en passant par des actions sociales, des rencontres professionnelles, des conférences, des spectacles et des événements littéraires majeurs.

Le projet repose sur quatre axes stratégiques principaux, à savoir le développement de l’industrie du livre, l’accessibilité et l’inclusion, la médiation culturelle et le renforcement des partenariats. Il prévoit également la mise en œuvre d’initiatives innovantes, telles que la création de bibliothèques urbaines, l’organisation d’activités dans les espaces publics et le déploiement de programmes spécifiques destinés aux jeunes et aux publics éloignés de la lecture. À terme, les retombées attendues concernent le renforcement de la politique culturelle de proximité, la dynamisation du secteur de l’édition, la modernisation des pratiques des librairies et la structuration d’un écosystème durable autour du livre.
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