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Réhabilitation des écoles rurales, un pari à moitié gagné

Plus de 9.000 écoles rurales réhabilitées en quatre ans, mais 4.000 établissements sont toujours privés d’accès à l’eau courante. Ces chiffres dévoilés mardi dernier par le ministre de l’Éducation nationale, Mohamed Saad Berrada, devant la Chambre des conseillers traduisent l’ampleur des efforts déployés, mais aussi le chemin qui reste à parcourir. Le grand défi réside dans le sous-équipements de milliers d’écoles et dans les contraintes liées à la faible densité d’élèves dans certaines zones.

09 Janvier 2026 À 18:29

Le ministre de l’Éducation nationale, du préscolaire et des sports, Mohamed Saad Berrada, a levé le voile, mardi dernier, sur les avancées concrètes du programme d’urgence pour les écoles rurales. Face aux membres de la Chambre des conseillers, le ministre a détaillé une feuille de route ambitieuse, structurée autour de deux piliers fondamentaux : la rénovation du bâti scolaire et l’accès aux services de base que sont l’eau, l’électricité et l’assainissement. Un plan mené en synergie avec les Académies régionales et les Directions provinciales pour apporter des réponses tangibles aux territoires les plus enclavés.

Un bilan chiffré : près de 10,000 établissements sur la voie de la rénovation

Dans son intervention, le ministre a privilégié la pédagogie par les chiffres. Pour la période 2022-2026, il a annoncé des réalisations significatives : 4.899 établissements réparés et rénovés, ainsi que 4.628 écoles primaires «pionnières» requalifiées, accompagnées de 768 collèges et lycées du même label. «Au total, plus de 9.000 établissements sur les 12.000 prévus seront requalifiés d’ici 2026», a-t-il affirmé. L’objectif ultime est clair : la généralisation du modèle des «écoles pionnières» doit permettre de réhabiliter l’intégralité du parc scolaire national dans un délai de cinq ans, avec de premiers effets qualitatifs attendus d’ici deux ans.

L’eau, enjeu sanitaire et symbolique pour les écoles satellites

Mais au-delà des murs, c’est l’accès aux besoins essentiels qui a retenu l’attention. Le ministre a tiré la sonnette d’alarme sur la situation critique des 13.000 écoles satellites en milieu rural, dont près d’un tiers – 4.000 établissements – est toujours privé de raccordement au réseau d’eau. «Nous œuvrons pour raccorder ces écoles ou, à défaut, leur fournir des citernes dès cette année», a-t-il assuré, présentant cette mesure comme une priorité absolue pour garantir des conditions sanitaires décentes aux élèves. Dans cette optique, 3.345 blocs sanitaires ont déjà été construits, 2.063 écoles ont été clôturées et 5.100 institutions ont été rendues accessibles aux élèves à besoins spécifiques.

Des défis structurels et géographiques persistants

En effet, sans occulter les obstacles, M. Berrada a reconnu la complexité exacerbée des défis en zone rurale. Au manque criant d’infrastructures de base – chauffage, transport, salles de classe – s’ajoute une réalité démographique contraignante. «Le facteur géographique et démographique est déterminant», a-t-il souligné, illustrant son propos par l’exemple de douars qui ne regroupent parfois que «quatre élèves ou deux niveaux scolaires». Une situation qui pose avec acuité la question de la viabilité et de l’équité dans l’offre scolaire pour les plus petites communautés.

Malgré ce contexte exigeant, le ministre a tenu à mettre en avant des lueurs d’espoir venues des territoires. Il a cité des taux de réussite au baccalauréat impressionnants, frôlant les 99% dans la région de Draâ-Tafilalet et atteignant 96% dans l’Oriental. La région de Guelmim-Oued Noun, elle, affiche un taux de couverture de 100% en «écoles pionnières». Des chiffres qui démontrent, selon lui, la résilience et le potentiel du système éducatif rural lorsque les conditions minimales sont réunies.

Un investissement massif dans les ressources humaines

Enfin, élargissant son propos à la gouvernance du secteur, le ministre a dévoilé l’enveloppe substantielle allouée au volet social. «Le coût total des accords historiques de décembre 2023 avec les syndicats s’élève à 20 milliards de dirhams», a-t-il révélé. Cette somme colossale financera la revalorisation salariale, la prime des établissements sportifs, l’augmentation des indemnités et la compensation des heures supplémentaires, dans le but d’apaiser le climat social et de renforcer l’attractivité du métier d’enseignant.

Le tableau dressé par M. Berrada est en demi-teinte, mêlant des avancées quantitatives notables à la persistance de difficultés structurelles profondes. D’un côté, les chiffres témoignent d’une mobilisation réelle et d’investissements massifs pour améliorer le quotidien de milliers d’élèves en milieu rural. De l’autre, la difficulté d'accès à l’eau pour des milliers d’écoles satellites et les contraintes démographiques rappellent l’ampleur du chemin restant à parcourir. La réussite de ce plan d’urgence, dont les premiers fruits qualitatifs sont attendus prochainement, sera jugée à l’aune de sa capacité non seulement à réhabiliter des infrastructures, mais aussi à garantir une éducation équitable et de qualité pour chaque enfant, quel que soit son lieu de naissance. C’est à cette condition que la «révolution» promise pour l’école rurale pourra voir pleinement le jour.
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