Ayda Benyahia
25 Mars 2026
À 17:30
Invité de l’émission «Hiouar Al Ousboue», diffusée par le site arabophone «Madar 21»,
Omar Zniber, ambassadeur et représentant permanent du Maroc auprès de l’Office des Nations unies et des autres organisations internationales à Genève, a défendu
une diplomatie marocaine sage, efficace et attachée aux principes de coopération multilatérale. M. Zniber a évoqué, dans ce cadre, l’action du Maroc à Genève pour la défense de
son intégrité territoriale et pour contrer les discours fallacieux et tendancieux tenus par ses adversaires au sujet des droits de l’Homme dans les provinces du Sud. Selon lui, la diplomatie marocaine, qui agit suivant des orientations claires, cohérentes et en harmonie avec le droit international, parvient ainsi à annihiler toute tentative visant à porter atteinte aux intérêts supérieurs du Royaume.
Sahara et droits de l’Homme
Les adversaires du Maroc, affirme-t-il, se trouvent aujourd’hui dans
une position d’isolement plus marquée au sein des enceintes onusiennes, faisant allusion notamment à l’Algérie, dont le discours ne trouve plus d’écho réel au
Conseil des droits de l’Homme. À ses yeux, cette évolution s’inscrit dans le temps long et procède tout à la fois de la continuité de la ligne marocaine et du crédit que le Royaume a su acquérir dans les enceintes multilatérales. Tout en rappelant que
la question du Sahara se traite non pas devant le Conseil des droits de l’Homme, mais dans le seul cadre du
Conseil de sécurité, M. Zniber dénonce les tentatives répétées de brouillage entourant ce dossier. Le Maroc, explique-t-il, y répond à travers des déclarations soutenues par des dizaines d’États, selon une ligne inchangée : la question est du ressort exclusif du Conseil de sécurité qui à maintes reprises a relevé la pertinence l’initiative marocaine d’autonomie.
Dans le même ordre d’idées, M. Zniber récuse les discours mettant en cause
la situation des droits humains dans le Royaume et dans
les provinces du Sud, en opposant à ces griefs une dynamique de développement économique, social et culturel qu’il juge sans équivalent dans l’environnement régional. Il insiste à cet égard sur un point qu’il tient pour décisif : depuis des décennies, la question du Sahara n’a donné lieu, au Conseil des droits de l’Homme, ni à une résolution ni à un rapport. Pour lui, c’est à cette aune qu’il convient de jauger la portée réelle des positions hostiles au Maroc. Citant
l’Algérie, l’Afrique du Sud, la Namibie et le Timor-Leste parmi leurs principaux relais, il souligne que leur marginalité se lit précisément dans cette absence de position institutionnelle : ni résolutions, ni rapports, ni dynamique politique nouvelle.
Tindouf dans le contre-discours marocain
En revanche, Omar Zniber tient à attirer l’attention sur les camps de Tindouf. Évoquant les dénonciations, par plusieurs organisations non gouvernementales, y compris internationales, de violations commises dans ces camps, le diplomate cite l’enrôlement d’enfants, les atteintes aux droits des populations, le détournement d’aides internationales et un dispositif de répression systématique. Plus encore, il conteste la nature même de ces camps, estimant qu’ils ne répondent pas aux critères internationaux d’un camp de réfugiés. Un tel espace, dit-il, ne devrait ni être militarisé ni échapper à la visite et au contrôle, pas plus qu’il ne saurait faire l’économie d’une identification précise de ses populations. Or, ajoute-il, ces impératifs inscrits dans le droit international sont refusés par les autorités algériennes, qu’il désigne comme responsables en tant qu’État hôte.
Un Conseil fragilisé, mais toujours central
Le fonctionnement du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, son rôle et ses missions se sont invités en toute logique au débat. Là, le diplomate marocain affirme que des tensions croissantes pèsent sur les moyens du Conseil, d’abord financières, qu’il a reliées à une crise plus large touchant l’ensemble du système des Nations unies, entre contributions versées hors délai et recul de certains financements. Cette situation, ajoute-il, affecte en particulier les procédures spéciales, tributaires de ressources suffisantes pour remplir leurs missions. N’empêche, précise-t-il, que le Conseil continue de fonctionner, de suivre les dossiers relatifs aux droits humains et d’assumer sa fonction en tant qu’espace de débat et de décision. En dépit des contraintes et du poids des crises géopolitiques, il a plaidé pour la préservation de cette instance, qu’il présente comme l’un des cadres essentiels de rappel au droit international humanitaire.
Crédibilité, contributions et ancrage multilatéral
Abordant l’action du Maroc au sein du système onusien, Omar Zniber est revenu à plusieurs reprises sur ce qu’il tient pour essentiel dans tout travail multilatéral : la crédibilité. Si le Maroc est en mesure d’intervenir, d’être écouté et parfois sollicité sur certains dossiers, c’est en raison de la rigueur et de la cohérence de sa diplomatie, insiste-t-il. Le Royaume défend, selon lui, ses intérêts avec fermeté, sans s’écarter pour autant du respect dû aux positions des autres États.
Dans le même esprit, il rappelle que la présence marocaine ne se limite pas à la prise de parole diplomatique. Le Royaume apporte aussi, lorsque les conditions le permettent, des contributions volontaires à certaines enveloppes budgétaires, au Conseil des droits de l’Homme (CDH) comme dans d’autres enceintes internationales. Ces appuis, dit-il, visent à accompagner certains programmes et certaines orientations, notamment dans des domaines comme les mécanismes nationaux, la lutte contre la torture ou la corruption. Il souligne en outre que, dans sa relation avec le Haut-Commissariat aux droits de l’Homme, le Maroc cherche à soutenir l’action institutionnelle, dans le prolongement d’une diplomatie multilatérale qui repose sur une idée simple : lorsque des intérêts communs se rejoignent, ils peuvent ouvrir la voie à une action collective utile.
Climat, intelligence artificielle... les enjeux du moment
Omar Zniber souligne ainsi que nombre de dossiers se trouvant au cœur de l’action du CDH (notamment le climat et l’intelligence artificielle) concernent le Maroc qui ne peut rester en retrait face aux enjeux y afférents. Dans ce cadre, il met en avant le rôle du Royaume dans la conduite d’une résolution consacrée à la protection de l’environnement et à ses effets sur l’exercice des droits humains. Il prend soin toutefois de préciser que Rabat ne prétend pas être présent sur tous les fronts, mais entend suivre les questions qu’il juge décisives dans les travaux du Conseil.
Revenant ensuite sur la présidence marocaine du Conseil des droits de l’Homme, M. Zniber défend un bilan centré sur les conditions concrètes de jouissance des droits. Il cite la sécurité sanitaire, la sécurité alimentaire, les effets des nouvelles technologies et de l’intelligence artificielle, ainsi que les conséquences du changement climatique. À l’en croire, le Conseil ne saurait se limiter aux seuls droits civils et politiques ; il lui revient aussi de veiller aux droits économiques, sociaux et culturels, ainsi qu’au droit au développement.
Désarmement et lutte contre la torture, un engagement durable
Omar Zniber est également revenu sur l’implication marocaine dans les négociations liées au désarmement. Le Maroc, rappelle-t-il, siège, depuis des décennies, à la Conférence du désarmement, une enceinte restreinte qui ne réunit qu’une partie des États membres de l’ONU. Il y voit le signe d’une expérience acquise sur des dossiers sensibles et d’une présence reconnue dans l’environnement régional. Selon lui, le désarmement ne concerne pas les seules grandes puissances ; il touche à l’un des trois piliers de l’architecture onusienne, aux côtés des droits humains et du développement. Il a, dans le même sens, rappelé la participation marocaine à plusieurs négociations importantes, notamment sur les armes chimiques et l’interdiction des essais nucléaires, en soulignant qu’un progrès dans ce domaine peut aussi libérer des moyens au profit des priorités de développement.
Dans un autre registre, le diplomate marocain rappelle que le Maroc prend part, depuis plusieurs années, à une initiative réunissant sept États afin d’élargir l’adhésion à la convention contre la torture. Il cite, parmi les pays engagés dans cette dynamique, le Chili, le Danemark, l’Indonésie et les Fidji, en affirmant que plus de vingt-six États ont rejoint cette convention au cours des dix dernières années. Rappelant que la Constitution de 2011 consacre non seulement l’interdiction de la torture, mais aussi l’obligation de poursuivre pénalement les auteurs de tels actes, il met en avant l’engagement résolu du Royaume dans ce chantier. Il annonce d’ailleurs la tenue prochaine, à Rabat, d’une rencontre consacrée à l’échange d’expériences entre États, avec une attention particulière portée au continent africain.