Mounia Senhaji
05 Novembre 2026
À 18:11
Le 10 novembre prochain, les regards se tourneront de nouveau vers New York. Cette fois, ce n'est pas au Conseil de sécurité que se jouera le débat sur le Sahara, mais devant l'
Assemblée générale des Nations unies. Dix jours après les votes qui ont opposé Washington et Moscou et précipité la fin du mandat de la
Minurso, les 193 États membres auront l'occasion de s'exprimer sur une conflit qui continue depuis cinquante ans d’occuper l’agenda onusien.
Que peut-on réellement attendre de cette réunion ? Sur le plan juridique, ses limites sont connues. L'Assemblée générale ne peut ni annuler un veto ni revenir sur les décisions du Conseil de sécurité. Mais l'enjeu, aux yeux du
Dr Mohamed Badine El Yattioui, professeur d'études stratégiques au National Defence College des Émirats arabes unis, est ailleurs. Il réside dans la possibilité, pour le Maroc, de prendre la mesure des rapports de force au sein de l'organisation multilatérale et de donner une nouvelle visibilité internationale à son plan d'autonomie.
«L'Assemblée générale représente l'ensemble des États, sans droit de veto et sans privilège ou avantage pour qui que ce soit», rappelle l'expert. Cette configuration pourrait, selon lui, permettre au Royaume de «prendre le pouls» de la communauté internationale après les événements du 30 octobre.
Abdelhadi Mezrari, journaliste, écrivain et analyste politique, expert des affaires politiques marocaines et des questions géopolitiques régionales, invite toutefois à bien distinguer la portée diplomatique de la réunion de ses effets institutionnels.
La séance est convoquée dans le cadre du mécanisme qui permet à l'Assemblée générale de débattre de l'usage du veto et d'entendre les explications des membres permanents concernés. Elle ne remet nullement en cause les prérogatives du Conseil de sécurité. Il ne faut donc attendre, insiste-t-il, aucun changement dans les règles qui régissent l'exercice du veto. Le blocage du 30 octobre a créé, selon son analyse, une situation de «paralysie juridique» qui a entraîné la non-reconduction du mandat de la Minurso. La réunion du 10 novembre n'a pas vocation à résoudre cette impasse, ajoute-t-il. Elle pourrait néanmoins offrir à Rabat l'occasion de faire valoir le chemin parcouru par sa diplomatie. Le soutien recueilli par le projet américain au Conseil de sécurité, avec onze voix favorables, constitue aux yeux de Mohamed Badine El Yattioui un indicateur important. Reste à savoir comment ces équilibres se traduiront dans une enceinte où tous les États membres disposent d'une voix.
Un test pour les soutiens au plan d'autonomie
Pour Mohamed Badine El Yattioui, la réunion pourrait ainsi servir de baromètre diplomatique. Le Maroc aura l'occasion d'y défendre la crédibilité de son plan d'autonomie et d'évaluer l'étendue des appuis dont il bénéficie au-delà du Conseil de sécurité. L'expert ne s'attend toutefois pas à des changements spectaculaires de position en l'espace de quelques jours. «Renforcer ses soutiens, essayer de convaincre. Il faut toujours essayer de convaincre et avoir un maximum de soutien», insiste-t-il, avant de nuancer : «Je ne pense pas que les positions vont changer rapidement».
L'enjeu ne sera pas tant de conquérir de nouveaux soutiens que de mesurer leur poids dans une enceinte où chaque État dispose d'une voix. Le Maroc peut déjà se prévaloir d'un appui diplomatique dépassant les deux tiers des membres de l'ONU. Plus de 130 pays soutiennent désormais le plan d'autonomie, une proportion déjà mise en avant lors des travaux de la Quatrième Commission en octobre dernier. Pour Mohamed Badine El Yattioui, le rendez-vous du 10 novembre offrira surtout l'occasion de rendre cette dynamique plus visible. Il s'agira de «compter ses forces» et de voir dans quelle mesure les soutiens acquis au fil des dernières années se traduiront dans les interventions des délégations.
Abdelhadi Mezrari rejoint cette analyse, mais situe l'enjeu dans une perspective plus large. À ses yeux, le Maroc a déjà engagé un travail diplomatique pour préparer les prochaines étapes du dossier au sein des Nations unies. Le grand nombre de pays favorables à l'autonomie sous souveraineté marocaine pourraient, estime-t-il, constituer un levier pour faire évoluer le traitement du Sahara dans les instances onusiennes. Il ne s'agira toutefois pas d'un vote sur le plan d'autonomie. La séance du 10 novembre est consacrée à l'usage du veto. Les prises de parole pourront donner des indications sur les positions des États, sans constituer un décompte officiel des soutiens au projet marocain.
Washington et Moscou : deux lectures opposées du règlement du conflit
Au-delà des débats, une question retiendra l'attention : que diront les États-Unis et la Russie pour justifier leurs positions du 30 octobre ? Le projet américain, qui plaçait le plan d'autonomie marocain au centre du processus politique, avait obtenu onze voix favorables avant de se heurter au veto russe. Moscou avait ensuite proposé une reconduction d'un an de la Minurso, sans modification de ses attributions. Un texte rejeté avec seulement trois voix favorables, onze abstentions et une voix contre, celle des États-Unis. Faute d'avoir atteint les neuf voix nécessaires, il ne pouvait être adopté, indépendamment de l'opposition américaine.
À New York, les deux puissances devraient donc défendre des visions sensiblement différentes de l'avenir du processus politique. Et Mohamed Badine El Yattioui ne croit guère à un rapprochement immédiat. «Je pense que chacun va camper sur ses positions», avance-t-il. Selon cet expert, Moscou devrait continuer à défendre le maintien de l'option référendaire, notamment pour ménager ses relations avec l'Algérie. Washington, de son côté, devrait rappeler que cette option a été écartée depuis longtemps des négociations effectives et réaffirmer son soutien au plan marocain d'autonomie.
Abdelhadi Mezrari apporte un éclairage supplémentaire sur les tractations diplomatiques qui ont suivi le blocage : la France et le Royaume-Uni auraient tenté de rapprocher les positions américaine et russe afin de permettre un nouvel examen du dossier au Conseil de sécurité. L'idée aurait été d'obtenir un assouplissement de la position de Moscou en contrepartie d'une concession de Washington. Ces démarches, dont les modalités n'ont pas été confirmées publiquement par les capitales concernées, n'auraient pas abouti. «Ni les États-Unis ni la Russie ne semblent disposés à accepter un tel arrangement», estime l'analyste.
Cette absence de compromis en dit long sur l’ampleur de la divergence entre Washington et Moscou à la veille de la réunion du 10 novembre. Les interventions des deux puissances pourraient davantage servir à défendre leurs positions qu'à trouver un modus vivendi. Mohamed Badine El Yattioui insiste ici sur une distinction qu'il juge essentielle. Si la résolution 2797, adoptée en 2025, ne permet plus de prolonger les activités de la Minurso au-delà de l'expiration de son mandat, ses orientations relatives au processus politique demeurent une référence incontournable qui engage toutes les parties concernées. «Toute négociation devra se faire sur la base du plan d'autonomie», insiste-t-il.
Abdelhadi Mezrari abonde dans le même sens. Il considère que la fin du mandat de la mission onusienne ne remet pas en cause le cadre politique établi par la résolution 2797. Le différend resterait ainsi soumis aux orientations de ce texte, tandis que les autres dimensions du dossier pourraient être examinées dans les instances compétentes des Nations unies.
Une nouvelle étape pour la diplomatie marocaine ?
Le rendez-vous du 10 novembre prend une dimension particulière à la lumière du communiqué du Cabinet Royal publié dans la soirée du 30 octobre. Rabat y présente la non-reconduction de la Minurso comme un tournant majeur et un pas vers la clôture définitive du dossier du Sahara au sein des Nations unies. Nasser Bourita a précisé les contours de cette orientation lors de son intervention sur 2M. Pour le chef de la diplomatie marocaine, il ne s'agit plus simplement d'aménager les mécanismes existants, mais de faire évoluer le traitement du dossier au sein de l'organisation.
Mohamed Badine El Yattioui partage cette lecture. «Il faut passer à une étape différente désormais. C'est un nouveau chapitre qui s'ouvre», estime-t-il. Pour lui, la prochaine bataille diplomatique pourrait notamment porter sur la place du Sahara au sein de la Quatrième Commission de l'Assemblée générale, chargée des questions politiques spéciales et de décolonisation, ainsi que du Comité spécial de la décolonisation, connu sous le nom de C24. L'expert rappelle que le Sahara figure depuis 1963 sur la liste des territoires non autonomes examinés dans ce cadre. Il considère que le Maroc doit désormais chercher à faire évoluer cette situation, qu'il rattache à une lecture du différend héritée de la guerre froide. «Il est temps vraiment de sortir de la logique de guerre froide, de sortir de la période de décolonisation pour réellement rentrer dans le XXIe siècle», plaide-t-il.
Abdelhadi Mezrari estime, lui aussi, que la prochaine étape pourrait se jouer au sein de ces instances. Selon son analyse, Rabat a déjà préparé le terrain diplomatique, notamment à la Quatrième Commission, pour tenter de faire évoluer le statut du dossier. Il considère que la communauté internationale est largement favorable à l'initiative marocaine d'autonomie, ce qui ouvrirait la voie au retrait de ce dossier de l'ordre du jour de cette Commission. L'analyste évoque également le rôle que pourrait jouer le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) dans le traitement des questions humanitaires liées au différend. La fin du mandat de la Minurso ne signifie pas, à ses yeux, que toutes les dimensions du dossier disparaissent de l'agenda onusien. Elles pourraient être abordées séparément, selon les compétences des différents organes de l'organisation. Cette approche rejoint la stratégie évoquée par Nasser Bourita, qui a insisté sur la nécessité de poursuivre les démarches diplomatiques et de maintenir une vigilance constante.
La réunion du 10 novembre pourrait-elle constituer un premier jalon dans cette direction ? certes, elle ne permettra pas, à elle seule, de retirer le Sahara de la liste des «territoires non autonomes». Son objet reste l'examen de l'usage du veto au Conseil de sécurité. Elle pourrait néanmoins offrir à Rabat une tribune pour exposer sa nouvelle approche et apprécier l'accueil que lui réservent les autres délégations. C'est précisément sur ce terrain que les deux analystes situent l'un des enjeux de la séquence qui s'ouvre. La fin du mandat de la Minurso ne règle pas automatiquement le statut du dossier dans les autres instances onusiennes.
Un débat à portée politique
L’Assemblée générale des Nations unies tiendra, le 10 novembre prochain à New York, une séance consacrée aux vétos opposés lors du vote du 30 octobre sur le Sahara marocain. Cette réunion, officiellement annoncée dans une lettre datée du 2 novembre par le président de l’Assemblée générale, Khalilur Rahman, intervient après le rejet, par veto russe, du projet de résolution américain soutenu par 11 des 15 membres du Conseil de sécurité et plaçant le plan marocain d’autonomie au cœur du règlement politique. Cette séance s’inscrit dans le cadre de la résolution 76/262, adoptée le 26 avril 2022, qui prévoit la convocation automatique de l’Assemblée générale dans les dix jours ouvrables suivant l’utilisation du droit de veto par un membre permanent du Conseil de sécurité. L’objectif est de permettre aux 193 États membres de débattre des circonstances du blocage et d’entendre les explications des puissances concernées. Le mécanisme accorde ainsi une priorité de parole aux membres permanents ayant exercé leur veto et prévoit la transmission, par le Conseil de sécurité, d’un rapport spécial au moins 72 heures avant la réunion. Il ne permet toutefois ni d’annuler un veto ni de remettre aux voix le texte rejeté. Sa portée est essentiellement politique, en soumettant l’usage de ce privilège à un débat public devant l’ensemble des membres de l’Organisation.