Yousra Amrani
23 Avril 2026
À 18:35
Le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) et la Commission nationale chargée de la coordination des mesures de lutte contre la traite des êtres humains et de prévention de ce phénomène ont franchi, mercredi à Rabat, une nouvelle étape dans la structuration de la réponse nationale face à cette forme complexe de criminalité. Réunis au siège du CNDH, en présence de sa présidente, Amina Bouayach, et du ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, également président de la Commission nationale, les deux institutions ont procédé à la signature d’une convention de partenariat visant à renforcer la coordination institutionnelle et territoriale dans la lutte contre la traite des êtres humains.
Une criminalité en mutation, au cœur des enjeux des droits humains
Cette initiative intervient dans un contexte marqué par une évolution profonde du phénomène. La traite des êtres humains, loin d’être marginale, s’impose aujourd’hui comme l’une des violations les plus graves des droits fondamentaux. «Cette criminalité n’est plus marginale. Elle se développe à l’intersection de la criminalité organisée, des vulnérabilités économiques et sociales, des conflits et des mutations numériques qui ont engendré de nouvelles formes d’exploitation», a souligné Amina Bouayach. Dans ce cadre, les formes d’exploitation se diversifient et touchent en priorité les populations les plus vulnérables, notamment les femmes et les enfants, ce qui appelle à repenser les modes d’intervention.
Vers une approche globale centrée sur la victime
Face à cette transformation du phénomène, la réponse institutionnelle ne peut rester inchangée. La présidente du CNDH a ainsi plaidé pour un changement de paradigme. «Il ne suffit plus de s’appuyer sur une logique punitive. Il est désormais impératif d’adopter une approche globale fondée sur les droits humains, articulant prévention, protection et poursuite», a-t-elle affirmé. Autrement dit, il s’agit de dépasser une logique d’intervention a posteriori pour mettre en place une approche intégrée, capable d’anticiper les risques et de mieux répondre aux besoins des victimes.
Renforcer la coordination territoriale et l’action de proximité
C’est précisément dans la concrétisation de cette évolution que s’inscrit la convention signée. Elle vise à renforcer la coordination entre les différents acteurs, en particulier au niveau territorial, en mobilisant les commissions régionales du CNDH et les mécanismes locaux de coordination. Par ailleurs, l’accord met l’accent sur l’implication de la société civile, notamment dans la gestion des structures d’accueil et la prise en charge des victimes, traduisant une volonté d’ancrer l’action publique dans une logique participative. Dans la continuité de cette approche, Amina Bouayach a insisté sur la nécessité d’anticiper plutôt que de subir : «Nous aspirons à passer d’une logique d’intervention après les faits à une logique d’anticipation et de détection précoce».
Une prise en charge intégrée et multidimensionnelle
Cette logique de coordination renforcée vise, en définitive, à améliorer la prise en charge des victimes à toutes les étapes de leur parcours. Cela suppose une mobilisation conjointe des acteurs judiciaires, sécuritaires, sociaux et associatifs. L’enjeu est double : assurer une orientation rapide vers les services adéquats, tout en garantissant une prise en charge respectueuse des droits, incluant protection, accompagnement et réinsertion. Ainsi, l’approche retenue ne se limite pas à l’intervention ponctuelle, mais ambitionne de construire un dispositif global, cohérent et durable.
Un engagement inscrit dans les standards internationaux
Dans cette perspective, la convention s’appuie sur les référentiels internationaux et le cadre juridique national, traduisant une volonté d’alignement avec les meilleures pratiques en matière de lutte contre la traite des êtres humains. Pour la présidente du CNDH, cette initiative constitue «une étape opérationnelle pour faire de la protection des victimes une priorité effective», en consolidant les acquis et en répondant aux défis persistants.
Pour une protection fondée sur la dignité humaine
Au-delà des mécanismes institutionnels, c’est une vision globale de la protection des droits humains qui se dessine à travers ce partenariat. «Nous espérons construire un système de protection plus juste et plus efficace, dont le fondement est l’être humain et l’objectif la dignité», a conclu Amina Bouayach. En définitive, cette convention marque une volonté affirmée de renforcer la cohérence de l’action publique et de placer la dignité humaine au cœur des politiques de lutte contre la traite des êtres humains.