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Turquie : dix ans après le 15 juillet, l'histoire d'un Marocain continue de rapprocher Rabat et Ankara

Dix ans après la tentative de coup d'État du 15 juillet 2016, la Turquie continue de faire de cette date un marqueur majeur de son histoire contemporaine. Invités à Ankara et à Istanbul dans le cadre d'un programme international, 41 journalistes issus de 21 pays, dont deux représentants de la presse marocaine, ont découvert les lieux emblématiques de cette nuit et les efforts déployés pour transmettre cette mémoire aux nouvelles générations. Au-delà des cérémonies officielles organisées à travers le pays, un nom continue d'être évoqué avec émotion : celui de Jawad Merroun, citoyen marocain tombé en défendant les institutions démocratiques turques. Son histoire est aujourd'hui érigée en symbole des liens d'amitié entre le Maroc et la Turquie.

17 Juillet 2026 À 16:10

Ankara. Les drapeaux turcs flottent à perte de vue. Sur les façades des bâtiments publics, dans les grandes artères de la capitale comme sur les places d'Istanbul, le rouge domine le paysage urbain. Dix ans après les événements du 15 juillet 2016, la Turquie vit encore au rythme du souvenir. Les portraits des victimes, les banderoles commémoratives et les espaces dédiés à cette nuit témoignent de la place qu'occupe désormais cette date dans la mémoire nationale. Pour le lecteur marocain, cette commémoration revêt également une résonance particulière. Parmi les 253 personnes décédées lors des événements figure en effet Jawad Merroun, un Marocain originaire de Tanger, devenu au fil des années une figure emblématique des cérémonies officielles organisées par les autorités turques. Dix ans après sa disparition, son nom continue d'être associé aux hommages rendus chaque année, faisant de son parcours un symbole des liens d'amitié entre le Maroc et la Turquie.
C'est dans ce contexte que la Direction de la communication de la Présidence de la République de Turquie a initié, du 15 au 17 juillet, un programme international réunissant 41 journalistes représentant 21 pays. Le Maroc y était représenté par Nabila Bakkass, du quotidien «Le Matin», et Fouad El Yamani, du journal «Assahraa Al Maghribia». Au-delà d'une simple visite institutionnelle, cette initiative visait à permettre aux médias étrangers de mieux comprendre la manière dont la Turquie entretient aujourd'hui la mémoire du 15 juillet 2016, à travers ses lieux de mémoire, ses institutions et les témoignages de ceux qui ont vécu cette nuit. L'objectif affiché par les autorités turques est double : préserver le souvenir des événements qui ont coûté la vie à 253 personnes et présenter aux observateurs étrangers leur lecture de cette séquence qui a profondément marqué l'histoire récente du pays. Durant la visite, la délégation a ainsi parcouru plusieurs sites emblématiques d'Ankara et d'Istanbul, tout en participant aux cérémonies officielles organisées à l'occasion de la Journée de la démocratie et de l'unité nationale.

À la TRT, le récit d'une nuit qui a marqué l'histoire récente

Pour comprendre la place qu'occupe aujourd'hui le 15 juillet dans la mémoire collective turque, le programme débute par l'un des lieux les plus emblématiques des événements : le siège de la Radio-Télévision publique turque (TRT), à Ankara. Le bâtiment conserve encore les traces de cette nuit qui a bouleversé le pays. Dans les couloirs, des photographies, des archives vidéo et des documents retracent heure par heure le déroulement des événements. Le parcours conduit les visiteurs vers le studio devenu célèbre où, d’après les responsables de la chaîne, une présentatrice avait été contrainte, sous la menace des armes, de lire un communiqué annonçant la prise du pouvoir par les auteurs de la tentative de coup d'État.
Devant la délégation internationale, Ahmet Görmez, directeur général adjoint de TRT chargé des services internationaux, explique que les médias publics figuraient parmi les premières institutions visées. Selon lui, les auteurs de la tentative de coup d'État cherchaient avant tout à prendre le contrôle des principaux canaux d'information afin de diffuser leur message à l'ensemble de la population. Le studio, désormais baptisé «Studio du 15 Juillet», est resté pratiquement intact. Les responsables de la chaîne ont fait le choix de préserver cet espace comme un lieu de mémoire, où étudiants, chercheurs, délégations étrangères et visiteurs peuvent revenir sur l'un des épisodes les plus marquants de cette nuit. Les journalistes ont également pu consulter des images d'archives et des documents audiovisuels retraçant le déroulement des événements, autant de supports utilisés aujourd'hui dans un objectif de transmission et de sensibilisation.

Le musée où la Turquie raconte son histoire

Après cette immersion au cœur de la TRT, la délégation prend la direction du Musée de la démocratie du 15 juillet, situé dans le complexe présidentiel d'Ankara. Inauguré en 2021, ce musée constitue aujourd'hui l'un des principaux instruments de transmission de la mémoire nationale. Dès les premiers espaces d'exposition, le visiteur est plongé dans une succession de photographies, de vidéos, de documents officiels et d'objets récupérés après les événements. Le parcours retrace les différentes étapes de cette nuit, depuis les premiers mouvements militaires jusqu'à la mobilisation populaire qui s'en est suivie.

Les salles rendent également hommage aux 253 personnes décédées au cours des événements. Portraits, témoignages, objets personnels et installations multimédias donnent un visage à celles et ceux dont les noms occupent aujourd'hui une place importante dans le récit mémoriel présenté par les autorités turques. Au cours de la visite, Ali Haydar Atalar, directeur du musée, explique que cet espace a été conçu pour préserver cette mémoire et la transmettre aux nouvelles générations. Sans rechercher une mise en scène spectaculaire, le parcours privilégie les archives, les témoignages et les explications historiques. Une approche qui traduit la volonté des autorités de faire de ce musée un espace pédagogique autant qu'un lieu de recueillement.

Une mémoire inscrite dans tout le pays

Au fil des déplacements entre Ankara et Istanbul, un constat s'impose : le 15 juillet dépasse désormais le cadre d'une simple commémoration annuelle. Il s'est progressivement imposé comme un rendez-vous national mobilisant institutions publiques, collectivités territoriales, établissements scolaires, universités et organisations religieuses. Les cérémonies culminent avec le programme officiel présidé par le Président Recep Tayyip Erdoğan, auquel assiste la délégation internationale. Discours, hommages aux victimes et moments de recueillement se succèdent devant un public composé de responsables politiques, de représentants de la société civile et des familles des victimes. Au-delà du protocole, ces cérémonies traduisent la volonté des autorités turques d'inscrire durablement le souvenir du 15 juillet dans la conscience collective. Une démarche que les journalistes étrangers, dont les représentants marocains, sont invités à découvrir afin de mieux appréhender la place qu'occupe aujourd'hui cette date dans la vie politique et institutionnelle du pays. C'est aussi dans cette mémoire nationale qu'un nom continue de relier le Maroc à la Turquie : celui de Jawad Merroun, dont le parcours reste, dix ans après, l'un des symboles les plus forts de cette histoire commune.

Jawad Merroun, un destin marocain devenu un symbole en Turquie

Au-delà des cérémonies officielles, des musées et des lieux de mémoire, un nom revient avec une émotion particulière dans les discours des responsables turcs : celui de Jawad Merroun. Pour les Marocains, son parcours donne une dimension particulière à cette commémoration. Originaire de Tanger, Jawad Merroun découvre la Turquie en 2008 à l'occasion d'un séjour qui changera le cours de sa vie. Séduit par le pays, il décide, deux ans plus tard, de s'installer définitivement à Istanbul où il exerce le métier de guide touristique. Polyglotte, il accompagne des visiteurs venus de différents horizons à la découverte du patrimoine historique et culturel de la Turquie. Marié à une Marocaine, il construit progressivement sa vie dans cette métropole à cheval entre l'Europe et l'Asie. Passionné de football, il reste attaché à son club de cœur, l'Ittihad de Tanger, avant de devenir également un fervent supporter de Galatasaray, reflet de son intégration dans son pays d'accueil.
Dans la nuit du 15 juillet 2016, Jawad Merroun choisit, selon le récit présenté par les autorités turques, de rejoindre les milliers de citoyens descendus dans les rues d'Istanbul. Comme de nombreux habitants, il répond à l'appel lancé pour défendre les institutions du pays où il avait construit sa vie. Il trouve la mort aux abords du siège de la Radio-Télévision publique turque (TRT), touché par des tirs au cours des affrontements. À seulement 32 ans, il devient le seul ressortissant étranger décédé cette nuit-là. Son épouse, alors enceinte de leur premier enfant, donnera naissance quelques mois plus tard à un garçon que Jawad Merroun ne connaîtra jamais. Son corps est rapatrié au Maroc où il est inhumé à Tanger. Mais, dix ans après sa disparition, son nom continue d'être cité lors des commémorations officielles organisées en Turquie.
Cette reconnaissance ne se limite pas aux cérémonies organisées en Turquie. À l'occasion du dixième anniversaire des événements, l'ambassadeur de Turquie au Maroc, Mustafa İlker Kılıç, s'est rendu à Tanger pour rencontrer la famille de Jawad Merroun avant de se recueillir sur sa tombe. À travers cette visite, les autorités turques ont souhaité réaffirmer leur attachement à la mémoire du jeune Marocain. Dans un communiqué publié par l'ambassade, le diplomate a renouvelé, au nom de la République de Turquie et du peuple turc, les témoignages de gratitude et de fidélité à celui qu'il qualifie de «symbole vivant des relations d'amitié et de fraternité entre le Maroc et la Turquie». Il a également exprimé la reconnaissance de son pays envers le Royaume du Maroc pour le soutien manifesté au lendemain des événements de juillet 2016, soulignant que les liens unissant Rabat et Ankara trouvaient aussi leur expression dans des histoires humaines qui dépassent le cadre des relations diplomatiques.
Au-delà de la mémoire du 15 juillet, le parcours de Jawad Merroun rappelle que les relations entre le Maroc et la Turquie ne se mesurent pas uniquement à l'aune des échanges diplomatiques, économiques ou culturels. Elles se construisent aussi à travers des destins humains qui, avec le temps, deviennent des symboles durables de fraternité et de proximité entre les deux peuples.
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