La relation entre le Maroc et l’Union européenne s’apprête à franchir un nouveau cap. Lors d’une conférence de presse consacrée au bilan de la coopération et aux perspectives pour l’année à venir, des responsables européens à Rabat ont affiché une ambition claire : faire de 2026 une année d’accélération. Derrière les annonces, un cap assumé : consolider les infrastructures essentielles, soutenir les grandes réformes sociales et intensifier la transition verte et numérique du Royaume.
Cette nouvelle étape s’inscrit dans le prolongement d’une année 2025 marquée par des engagements financiers records et par la montée en puissance d’initiatives structurantes. Pour 2026, l’enjeu n’est plus seulement de soutenir, mais d’amplifier. Les chiffres témoignent de l’ampleur de la coopération, mais c’est bien la vision stratégique qui constitue le fil conducteur. Présentée comme un partenariat appelé à changer d’échelle, la relation entre le Maroc et l’Union européenne s’articule désormais autour de priorités clairement assumées : infrastructures vitales, transition énergétique, mobilité durable, numérique, appui aux PME et renforcement de la cohésion territoriale.
Des priorités 2026 au service de la transformation structurelle
Dans cette perspective, la Banque européenne d’investissement (BEI) concentrera ses efforts sur les infrastructures essentielles. Eau potable, réseaux électriques, résilience climatique et connectivité figurent en tête de liste. L’accompagnement du plan d’équipement de l’ONEE, notamment pour la décarbonation du système électrique et le renforcement des réseaux, constituera un axe majeur. Dans le prolongement de cette logique, la transition énergétique reste un pilier structurant. L’hydrogène vert et l’efficacité énergétique occuperont une place centrale, en cohérence avec le Partenariat vert et la stratégie Global Gateway. À cela s’ajoute le chantier de la mobilité durable, avec le verdissement des infrastructures de transport et leur adaptation aux défis climatiques.
Mais la transformation visée ne se limite pas aux équipements. Elle passe aussi par l’investissement dans le capital humain. Un nouvel engagement en faveur des universités est envisagé pour 2026. Sur le plan numérique, après le soutien au câble sous-marin Medusa – dont une première arrivée au Maroc est prévue en décembre –, des projets complémentaires sont à l’étude pour renforcer l’interconnexion entre les deux rives de la Méditerranée. Cette dynamique sera structurée par une nouvelle programmation conjointe orientée vers l’investissement durable et l’amélioration du climat des affaires, les compétences pour l’emploi et l’entrepreneuriat, la mobilité et la migration, ainsi que l’appui à la société civile et à la culture.
Un partenariat stratégique dans un contexte international incertain
Si les priorités sectorielles sont précises, elles s’inscrivent dans un cadre géopolitique plus large. En ouverture de la rencontre, l’ambassadeur et chef de la Délégation de l’Union européenne au Maroc, Dimiter Tzantchev, a tenu à rappeler la dimension stratégique de la relation. «Le Maroc est pour l’Union européenne un partenaire stratégique incontournable dans son voisinage régional», a-t-il affirmé.
Dans un contexte international marqué par des tensions croissantes et des recompositions profondes, la solidité du partenariat prend une portée particulière. Migration, lutte contre le changement climatique, sécurité énergétique, stabilité en Afrique du Nord et au Sahel, lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale : autant de dossiers sur lesquels les deux parties entendent avancer ensemble. «La prospérité et la stabilité des régions d’origine constituent pour nous une priorité absolue», a ajouté l’ambassadeur, soulignant la convergence des intérêts entre Rabat et Bruxelles.
C’est dans cette logique qu’a été lancé le Pacte pour la Méditerranée, structuré autour de trois piliers – humain et social, économique et sécuritaire – et destiné à renouveler les relations entre l’Union européenne et les pays du sud de la Méditerranée. Un cadre qui donne une cohérence supplémentaire aux projets annoncés pour 2026.
2025, une année record qui prépare l’accélération
Cette ambition s’appuie sur une base financière solide. Sur ce terrain, 2025 apparaît comme une année charnière. Adrian Bassompierre, chef de la représentation de la BEI au Maroc, a rappelé que depuis 1979, plus de 10 milliards d’euros ont été injectés dans l’économie marocaine dans le cadre du partenariat UE-BEI-Maroc. La progression récente est significative : 320 millions d’euros engagés en 2023, 500 millions en 2024 et 740 millions en 2025, soit un niveau record depuis plus d’une décennie. Une dynamique ascendante qui traduit un renforcement tangible de l’engagement européen.
Des opérations phares illustrent cette montée en puissance : 70 millions d’euros pour la modernisation des systèmes d’eau potable, 170 millions pour le réseau électrique et l’intégration des énergies renouvelables, et 500 millions pour la reconstruction post-séisme. Cette dernière contribution, consacrée aux routes, aux écoles et aux structures de soins, s’inscrit dans un programme global d’un milliard d’euros soutenu par l’Union européenne et illustre l’approche de financement mixte. Parallèlement aux nouveaux engagements, la BEI a poursuivi ses décaissements en 2025 : 180 millions d’euros pour le secteur public – notamment en faveur de l’éducation en milieu rural, des infrastructures urbaines et des transports durables – et 30 millions d’euros pour le secteur privé, afin de renforcer la compétitivité des PME marocaines.
L’appui budgétaire, levier structurant des réformes
Au-delà des prêts, l’Union européenne mobilise un autre instrument clé : l’appui budgétaire. Lise Patté, cheffe de section chargée du développement social et de la cohésion territoriale, a mis en avant la constance de cet engagement. Depuis 2021, le volume financier de la coopération UE-Maroc reste stable et élevé, et le Royaume demeure depuis plus d’une décennie le premier bénéficiaire mondial d’appui budgétaire en dons de l’Union européenne.
En 2025, 2,5 milliards de dirhams ont ainsi été mobilisés pour soutenir le développement humain, la réforme de la protection sociale, la transition verte, la cohésion territoriale et la dynamisation de l’économie. En complément, les financements mixtes ont permis de générer plus de 8,5 milliards de dirhams d’investissements nouveaux dans des secteurs stratégiques tels que la gestion durable de l’eau, les infrastructures énergétiques, la modernisation portuaire et la transition climatique.
Des impacts concrets pour les citoyens
Si les montants sont conséquents, les résultats sont au rendez-vous, soulignent les responsables européens. Le programme CARAM, qui accompagne la généralisation de la protection sociale, a bénéficié d’un engagement de 292 millions de dirhams en 2025. À fin août, plus de 4 millions de familles recevaient des aides sociales directes, incluant 5,5 millions d’enfants et 1,3 million de personnes âgées.
Dans le domaine académique, le programme E-SRIM a permis la sélection de 3.000 doctorants moniteurs dans des secteurs prioritaires comme le numérique, la santé et les biotechnologies, renforçant la capacité de recherche nationale et les mobilités scientifiques vers l’Europe. La société civile a également bénéficié d’un appui soutenu, avec plus de 100 projets associatifs financés en 2025, touchant directement 174.000 personnes. Enfin, via le programme EnergiVert, 103 millions de dirhams ont été mobilisés pour accompagner la modernisation du marché de l’électricité.
Une coopération appelée à changer d’échelle
En définitive, l’ensemble des annonces converge vers une même ambition : inscrire la coopération UE-Maroc dans une logique d’impact durable et mesurable. Articulée autour du Pacte pour la Méditerranée, du programme Global Gateway et du Partenariat vert, elle vise à accompagner en profondeur les grandes transformations du Royaume. À l’horizon 2026, il ne s’agit plus seulement de financer des projets, mais de consolider un modèle de partenariat stratégique fondé sur la transition énergétique, la cohésion sociale, la compétitivité économique et le développement territorial équilibré. Une relation qui, au fil des années, s’affirme comme un levier structurant de transformation.
Accord de pêche : vers un renouvellement du cadre de coopération
À l’heure où les enjeux liés à la gestion des ressources marines occupent une place croissante dans les politiques internationales, la coopération halieutique entre l’Union européenne et le Maroc demeure un dossier attentivement suivi. Lors d’une conférence de presse organisée mardi à Rabat pour présenter les priorités de coopération entre l’UE et le Royaume, la question du renouvellement de l’accord de pêche a été abordée, donnant lieu à des précisions sur l’orientation que Bruxelles entend privilégier.
La question du renouvellement de l’accord de pêche n’a pas tardé à s’inviter dans les échanges lors de la conférence de presse consacrée à l’examen des priorités de l’Union européenne au Maroc, organisée mardi à Rabat. À cet égard, Paul-Henri Presset, chef de section chargé du commerce, a apporté des précisions sur l’orientation de Bruxelles. Le message est clair : l’Union européenne souhaite relancer la coopération halieutique avec le Royaume, mais sur des bases résolument durables.
Une coopération à renouveler, sous conditions
Le responsable européen a réaffirmé la volonté de l’Union de renouveler la coopération en matière de pêche avec le Maroc. Toutefois, cette démarche, a-t-il souligné, repose sur un principe essentiel : la durabilité. Il ne s’agit pas simplement de reconduire une activité existante, mais de veiller à ce qu’elle soit durable, responsable et soutenable à long terme. Cette exigence constitue, selon lui, le cadre dans lequel l’Union européenne entend inscrire toute nouvelle étape de la coopération.
Dans ses déclarations, Paul-Henri Presset a insisté sur les implications concrètes de cette approche. La durabilité suppose le respect des ressources halieutiques, la préservation des écosystèmes marins et la prise en considération des communautés qui dépendent directement de cette activité. L’accent est ainsi mis sur une gestion équilibrée des ressources, intégrant à la fois les impératifs environnementaux et les réalités socio-économiques.
Un mandat pour engager les discussions
Sur le plan institutionnel, le chef de section chargé du commerce a précisé que la Commission européenne avait reçu un mandat du Conseil de l’Union européenne afin d’engager des discussions avec le Maroc en vue de renouveler ce cadre de coopération. Ce mandat ouvre la voie à de nouvelles négociations entre les deux parties. En conclusion, Paul-Henri Presset a indiqué que c’était dans un esprit fondé sur la durabilité, la responsabilité partagée et la gestion équilibrée des ressources que l’Union européenne souhaitait avancer avec le Maroc. Une position qui place la coopération halieutique sous le signe d’un partenariat encadré par des principes clairement définis.