LE MATIN
05 Janvier 2026
À 10:41
Des torrents de
pluie dans les plaines, des
neiges épaisses sur les sommets de l’Atlas : cet hiver marque un tournant visuel et émotionnel pour les
Marocains, après une longue séquence de
sécheresse ayant profondément affecté le pays. Dans plusieurs régions montagneuses, la hauteur de neige a dépassé les 80 centimètres, atteignant parfois plus d’un mètre, tandis que les
nappes phréatiques et les
barrages montrent des signes de recharge encourageants.
L’impact immédiat de ces précipitations est indéniable. Le
secteur agricole, en grande difficulté ces dernières années, entrevoit une reprise possible. La
biodiversité, notamment dans les zones montagnardes, bénéficie également de cette respiration hydrique, tout comme les
réserves d’eau essentielles à l’approvisionnement urbain et rural. Pour autant, derrière cet enthousiasme légitime, une question s’impose : s’agit-il d’un retour durable à un cycle pluviométrique équilibré ou d’une parenthèse météorologique exceptionnelle ?
Derrière le retour de la pluie, une mécanique climatique bien connue
Selon les explications de la
Direction Générale de la Météorologie (Maroc Météo), ce basculement n’a rien d’un événement inexplicable. Il s’inscrit dans une dynamique atmosphérique bien identifiée par les spécialistes. Premier facteur déterminant : le recul de l’anticyclone des Açores, ce système de haute pression qui, depuis plusieurs années, déviait les perturbations atlantiques vers le nord du continent européen. Son affaiblissement récent a rouvert la voie à l'humidité océanique.
Deuxième élément-clé : la descente du courant-jet, ce puissant vent de haute altitude qui, en s’abaissant vers les latitudes marocaines, a permis aux dépressions de pénétrer le territoire national. Combinée à l’air froid polaire et au relief montagneux du pays, cette situation a généré d’importantes chutes de neige. Un phénomène donc rare, mais explicable.
Les
météorologues appellent néanmoins à la prudence. Ces épisodes, bien que spectaculaires, relèvent encore de la variabilité naturelle du climat méditerranéen. « Une année pluvieuse ne suffit pas à inverser une tendance décennale », préviennent-ils. Le changement climatique n’est pas exclu de l’équation, mais il ne peut être ni affirmé ni infirmé à l’échelle d’une seule saison.
La séquence actuelle offre une bouffée d’oxygène à un pays en
stress hydrique, sans pour autant permettre de parler d’un retournement climatique durable. Il faudra observer les saisons à venir pour confirmer, ou non, une véritable rupture de tendance. En attendant, l’heure est à la vigilance scientifique et à la gestion raisonnée de cette précieuse ressource qu’est l’eau.