Aïd al-Adha 2026 : les professionnels anticipent une offre suffisante et des prix plus accessibles
À l'approche de l’Aïd al-Adha 2026, la question du mouton revient au centre des préoccupations des ménages marocains, dans un contexte de pouvoir d’achat contraint. Les inquiétudes portent d’abord sur les prix, après plusieurs campagnes difficiles. Les professionnels, eux, se veulent rassurants et évoquent un marché mieux approvisionné cette année. Mais ils insistent aussi sur un point concret, le choix du lieu d’achat, appelant à privilégier les marchés à bestiaux, les “rahba”, où les prix sont généralement plus accessibles.
Saloua Islah
26 Mars 2026
À 14:30
À deux mois de l’Aïd al-Adha 2026, le marché du sacrifice au Maroc semble s’orienter vers une phase plus équilibrée. Une évolution suivie de près par les ménages, toujours attentifs aux prix dans un contexte de pouvoir d’achat contraint, après plusieurs campagnes marquées par de fortes tensions. Les professionnels, de leur côté, se veulent rassurants et jugent que les conditions actuelles devraient permettre de couvrir la demande.
Interrogé sur ce sujet par Le Matin, Abderrahmane Mejdoubi, président de l’Association nationale ovine et caprine (ANOC), pose d’emblée le cadre. « L’offre devrait être suffisante pour couvrir les besoins du marché cette année », indique-t-il.
Cette projection s’appuie d’abord sur un indicateur déterminant, le volume du cheptel. Recensé en août 2025, celui-ci atteint environ 32,8 millions de têtes, dont 23,1 millions d’ovins. Un niveau qui permet d’aborder la période de l’Aïd avec une base d’offre solide, limitant de facto les risques de tension sur le marché. Il précise également que l’opération d’identification des animaux débutera ce vendredi, afin de recenser les bêtes destinées au sacrifice encore non enregistrées et d’affiner la visibilité sur l’offre effectivement disponible.
Autre facteur structurant, les conditions climatiques, notamment les précipitations. Le Royaume a enregistré près de 462 mm de pluie entre septembre 2025 et mars 2026, un niveau nettement supérieur à celui des dernières années marquées par la sécheresse. Une évolution loin d’être marginale pour la filière, affirme-t-il.
Sur le terrain, cette amélioration se traduit par la régénération des pâturages. « Les pâturages printaniers sont disponibles, ce qui soulage les éleveurs, notamment pour les agneaux et les jeunes sujets », explique le président de l’ANOC. Concrètement, la disponibilité de l’herbe permet d’alléger une partie des charges liées à l’alimentation du bétail, en particulier en début de cycle d’élevage.
Cet effet reste toutefois circonscrit. Les pâturages profitent essentiellement aux animaux en croissance. Les moutons destinés à l’Aïd répondent, eux, à une logique différente. Ils doivent être présentés à la vente avec un niveau de finition précis, tant en termes de poids que de qualité, ce qui implique une alimentation plus riche — et, par conséquent, plus coûteuse.
Or, « le fourrage reste élevé au Maroc », souligne Abderrahmane Mejdoubi, faisant de l’alimentation le principal poste de dépense pour les éleveurs. « Un mouton consomme environ 1,5 kilogramme d’aliments par jour, en plus de la paille et de la luzerne », précise-t-il. Des intrants qui continuent de peser lourdement sur les coûts, en particulier la luzerne, encore peu disponible avant les récoltes.
À ces coûts s’ajoute une contrainte logistique majeure, le transport, directement indexé sur les prix du carburant. Depuis le 16 mars 2026, les tarifs à la pompe ont enregistré une hausse notable, avec un gasoil autour de 13 dirhams le litre et une essence proche de 14 dirhams, dans un contexte de tensions géopolitiques internationales.
Dans la filière ovine, « cet élément est déterminant », insiste l’expert. L’élevage et la commercialisation des moutons reposent sur une logistique intensive, transport des animaux entre les régions, acheminement des aliments, déplacements vers les marchés. Toute hausse du carburant se répercute mécaniquement sur les coûts.
Pris isolément, ces facteurs pourraient tirer les prix vers le haut et peser sur les ménages. Mais cette année, le niveau élevé de l’offre viendrait en atténuer les effets, explique le président de l'ANOC. Autrement dit, le volume élevé d’animaux disponibles, conjugué à la présence de nombreux vendeurs, introduit une concurrence directe sur les marchés. C’est précisément cette dynamique concurrentielle qui joue un rôle d’amortisseur. Même dans un contexte de coûts élevés, un vendeur ne peut s’écarter significativement du niveau du marché s’il fait face à des offres comparables, d’autant plus que les acheteurs disposent d’un éventail de choix plus large.
Cette configuration devrait contribuer à maintenir l’accessibilité du marché, selon le responsable. « Celui qui dispose de 2.000 dirhams peut acheter son sacrifice cette année », affirme-t-il, dans un marché couvrant l’ensemble des gammes de prix.
Où acheter pour payer moins cher ?
Mais au-delà des équilibres entre l’offre et les coûts, un autre paramètre s’impose comme déterminant dans la formation des prix, le circuit d’achat. Le président de l’Association nationale ovine et caprine en fait un point central, y voyant le levier le plus immédiat dont disposent les ménages pour agir sur le prix final de leur sacrifice. « Les Marocains doivent aller acheter dans les marchés de bétail, les "rahba”, plutôt que chez les intermédiaires », insiste-t-il.
Derrière cette recommandation se joue toute la mécanique du marché, car le prix d’un mouton ne se détermine pas uniquement à l’échelle de l’élevage. Il dépend aussi du nombre d’intervenants entre le producteur et l’acheteur final. À chaque étape supplémentaire, une marge s’ajoute. « Plus il y a d’intermédiaires, plus le prix augmente », résume-t-il.
Ces intermédiaires, communément appelés « chennaqa », sont particulièrement actifs à l’approche de l’Aïd, lorsque la demande s’intensifie. Leur logique repose sur l’achat et la revente, avec pour objectif de capter une partie de la tension du marché. C’est à ce niveau que les prix peuvent progressivement s’éloigner de leur valeur réelle.
À l’inverse, dans les marchés à bestiaux, la formation des prix obéit à une logique plus directe, souligne Mejdoubi. « L’offre y est visible, les vendeurs nombreux et la confrontation avec la demande immédiate ».
Dans ce cadre, la concurrence s’exerce pleinement, le prix se formant dans la négociation, sous l’arbitrage de l’acheteur. « Quand l’offre est élevée et que les vendeurs sont nombreux, même les intermédiaires ne peuvent pas beaucoup en profiter », observe-t-il.
Dans cette logique, 34 marchés "rahba” ont été ouverts à travers le pays, affirme-t-il, afin de rapprocher les points de vente des citoyens et de limiter le recours aux circuits intermédiaires, où les prix ont tendance à augmenter.
« Le pouvoir d’achat des Marocains sera respecté », conclut Abderrahmane Mejdoubi, érigeant cette affirmation en promesse, dans un marché qu’il juge désormais mieux orienté.