Société

Sucre, gras, fruits et légumes : ce que révèle une étude sur les habitudes alimentaires des Marocains

Les habitudes alimentaires des Marocains évoluent rapidement, au point que les produits gras et les boissons sucrées occupent désormais une place presque aussi importante que certains aliments traditionnellement très consommés. Une récente étude marocaine montre que cette transformation varie selon l’âge, le mode de vie et le lieu de résidence.

14 Septembre 2026 À 12:34

Une étude publiée récemment dans la revue scientifique internationale Frontiers in Nutrition, menée notamment par des chercheurs de l’Université Sultan Moulay Slimane de Béni Mellal auprès de 1.035 adultes marocains, met au jour une alimentation traversée par deux mouvements contraires. D’un côté, fruits, légumes et aliments riches en fibres demeurent profondément ancrés dans les habitudes. De l’autre, les produits riches en matières grasses et les boissons sucrées occupent désormais une place importante dans les consommations déclarées.

89,7% des participants disent consommer souvent ou toujours des fruits frais, 89% des légumes et 85,6% des aliments riches en fibres. Dans le même temps, 76,6% mangent fréquemment des aliments riches en matières grasses et 49,1% consomment régulièrement des boissons sucrées. L’ancien modèle alimentaire ne disparaît donc pas sous le poids du nouveau. Les deux se côtoient, parfois dans une même assiette, et c’est précisément dans cette coexistence que les chercheurs voient les signes d’une transition nutritionnelle.



Cette transformation ne s’exprime pas de la même manière chez tous les participants. Les hommes présentent une probabilité 72% plus élevée que les femmes de consommer fréquemment des boissons sucrées, tandis que les personnes âgées de 25 ans et plus sont davantage enclines à réduire leur consommation de sucre. Le cadre de vie intervient lui aussi : la résidence en milieu urbain est associée à une consommation plus fréquente d’aliments riches en matières grasses.

Une consommation de sucre déjà élevée au Maroc

Ces résultats prennent un relief particulier dans un pays où la consommation de sucre reste élevée. En 2025, le marché national représentait environ 1,23 million de tonnes de sucre blanc consommées sur l’année, selon les données publiées par Cosumar.

Mais le sucre ne se limite pas à celui que l’on ajoute au thé, au café ou aux préparations maison. Il entre aussi dans la composition de nombreuses boissons, pâtisseries, biscuits et produits transformés, ce qui rend sa consommation quotidienne moins visible. Une partie du sucre consommé échappe ainsi au geste conscient de « sucrer » un aliment : elle est déjà présente dans les produits achetés et consommés au fil de la journée.

Près d’un participant sur deux a déjà suivi un régime

Cette préoccupation pour l’alimentation apparaît aussi dans les tentatives de la modifier. 49,6% des adultes interrogés déclarent avoir déjà suivi un régime pour améliorer leur santé. Parmi eux, 34,7% ont essayé un régime sans sucre et 22,8% un régime hypocalorique.

Changer ses habitudes reste toutefois une chose ; les inscrire durablement dans le quotidien en est une autre. Les recherches consacrées au suivi des régimes montrent que le manque de temps, les contraintes financières, les habitudes familiales, l’alimentation liée aux émotions ou encore des objectifs difficiles à atteindre peuvent rendre ces changements plus difficiles à maintenir.

Les nutritionnistes privilégient ainsi des ajustements compatibles avec la vie quotidienne plutôt que des restrictions trop rigides. L’accompagnement personnalisé permet de tenir compte du rythme de vie, du budget, des habitudes alimentaires et des difficultés propres à chacun, afin que le changement ne soit pas seulement décidé, mais puisse réellement trouver sa place dans la durée.

Le recours aux outils numériques reste, lui, marginal dans l’échantillon étudié. Seuls 9,5% des participants utilisent une application ou un outil pour suivre leur alimentation ou leurs calories.

Ces efforts pour mieux maîtriser son alimentation interviennent alors que le surpoids concerne une part importante des personnes interrogées. 45,4% des participants ont été classés en surpoids et 15,5% en situation d’obésité, soit 60,9% au total. Le surpoids et l’obésité sont également davantage représentés chez les adultes de 25 à 64 ans que chez

les 18-24 ans.

Pour les chercheurs, le tableau reste encore à préciser grâce à des études quantitatives plus larges, nécessaires pour affiner ces résultats, mieux comprendre les habitudes alimentaires et cibler davantage la prévention, notamment auprès des jeunes, là où se forment aujourd’hui les habitudes qui pèseront sur la santé de demain.

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