Société

Cancer : Moderna et Merck se rapprochent d’une première homologation pour un vaccin à ARNm

La technologie de l’ARN messager franchit une étape décisive dans la lutte contre le cancer. Moderna et Merck annoncent des résultats positifs en phase 3 pour leur traitement personnalisé contre le mélanome, associé à l’immunothérapie Keytruda. Une première à ce stade de développement pour une thérapie anticancéreuse à ARNm, qui ouvre désormais la voie à une demande d’homologation.

20 Août 2026 À 22:36

Après avoir bouleversé le développement des vaccins contre le Covid-19, l’ARN messager pourrait franchir une nouvelle frontière : celle du traitement du cancer. Les laboratoires américains Moderna et Merck ont annoncé, jeudi 20 août, des résultats positifs lors d’un essai clinique de phase 3 de leur traitement expérimental personnalisé contre le mélanome, l’une des formes les plus graves de cancer de la peau.

L’annonce marque une étape importante après des années de recherche visant à exploiter la technologie de l’ARN messager en oncologie. Selon les deux groupes, il s’agit de la première annonce de résultats positifs en phase 3 pour une thérapie anticancéreuse reposant sur l’ARNm.

Baptisé «intismeran autogene», le traitement est développé par Moderna et administré en association avec Keytruda, l’immunothérapie commercialisée par Merck.

Un vaccin conçu individuellement pour chaque patient

Contrairement aux vaccins traditionnels destinés à prévenir une maladie dans une population entière, le traitement développé par Moderna et Merck est personnalisé pour chaque malade. Son principe repose sur l’analyse des mutations particulières présentes dans la tumeur du patient. À partir de ces informations, un traitement à ARNm est fabriqué sur mesure. L’ARN messager transmet ensuite aux cellules des instructions leur permettant de produire certaines protéines capables de provoquer une réponse immunitaire.

L’objectif est en quelque sorte d’entraîner le système immunitaire à reconnaître les caractéristiques propres aux cellules cancéreuses du patient, afin qu’il puisse ensuite les identifier et les attaquer. Cette approche associe ainsi deux mécanismes complémentaires : le vaccin personnalisé apprend au système immunitaire quelles cibles rechercher, tandis que Keytruda contribue à lever certains mécanismes utilisés par les cellules cancéreuses pour échapper aux défenses immunitaires.

Une réduction du risque de récidive recherchée après l’opération

L’essai de phase 3 a porté sur des patients atteints d’un mélanome à un stade avancé ayant préalablement subi une intervention chirurgicale. Chez ces patients, l’enjeu est majeur : même après le retrait de la tumeur, des cellules cancéreuses peuvent subsister et provoquer ultérieurement une récidive.

Selon Moderna et Merck, l’association d’intismeran autogene et de Keytruda a permis une amélioration «statistiquement significative» de la survie sans récidive, comparativement à l’administration de Keytruda seule. Ce résultat est particulièrement attendu, car la phase 3 constitue généralement la dernière grande étape des essais cliniques avant qu'un laboratoire puisse soumettre un traitement aux autorités sanitaires en vue d’une éventuelle autorisation de mise sur le marché.

L’annonce ne signifie donc pas que le vaccin est déjà homologué ou disponible pour les patients. Elle rapproche cependant les deux laboratoires d’une possible demande d’autorisation, sous réserve de l’analyse complète des résultats et de leur examen par les autorités réglementaires.

La portée de l’annonce dépasse le seul traitement du mélanome. Les chercheurs travaillent depuis plusieurs années sur l’utilisation de l’ARN messager contre différents cancers, mais le passage réussi d’une thérapie personnalisée à une étude avancée de phase 3 constituait l’un des principaux obstacles à franchir.

La technologie avait connu une accélération spectaculaire avec la pandémie de Covid-19. Son principe présente notamment l’avantage de pouvoir transmettre à l’organisme des instructions biologiques précises sans devoir administrer directement la protéine recherchée.

Dans le cancer, la difficulté est cependant différente : chaque tumeur peut présenter une combinaison particulière de mutations, ce qui explique le caractère individualisé de l’approche retenue par Moderna et Merck.

Les résultats annoncés dans le mélanome constituent ainsi un test grandeur nature de la possibilité de produire et d'utiliser à grande échelle des traitements à ARNm adaptés au profil tumoral de chaque malade.

Plus de 330.000 nouveaux cas de mélanome dans le monde

Le choix du mélanome n’est pas anodin. Cette forme de cancer de la peau figure parmi les plus agressives et les plus meurtrières lorsqu’elle est diagnostiquée à un stade avancé. Moderna et Merck rappellent que plus de 330.000 nouveaux cas de mélanome ont été diagnostiqués dans le monde en 2022, et que leur incidence continue d’augmenter. L’amélioration de la survie sans récidive après chirurgie représente donc un enjeu majeur pour les patients à haut risque, malgré les progrès réalisés ces dernières années grâce aux immunothérapies.

La portée scientifique et commerciale de ces résultats s’est immédiatement reflétée à Wall Street. L’annonce a provoqué une forte réaction des investisseurs, particulièrement spectaculaire pour Moderna. L’action du laboratoire a été multipliée par plus de 2,5, représentant un gain de plus de 40 milliards de dollars de capitalisation boursière. Le titre Merck a, de son côté, progressé de plus de 12%. Au-delà de cette réaction des marchés, la prochaine étape sera surtout réglementaire. Les données complètes devront permettre d’évaluer précisément l’ampleur du bénéfice observé, la sécurité du traitement et sa capacité à confirmer les résultats déjà obtenus lors des précédentes phases de développement.

Si ces résultats conduisent à une autorisation, l’enjeu dépasserait largement l'arrivée d’un nouveau traitement contre le mélanome : l’ARN messager disposerait alors de sa première validation réglementaire dans le traitement personnalisé du cancer, ouvrant potentiellement la voie à son utilisation contre d’autres tumeurs.
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