Société

Élections 2026 : les cinq urgences de l’UNICEF Maroc pour les droits de l’enfant

L’UNICEF Maroc a publié, ce lundi 17 août, un appel adressé aux acteurs politiques et aux décideurs marocains pour placer les droits de l’enfant au cœur des politiques publiques du prochain mandat. L’organisation formule des propositions pour les cinq prochaines années autour de cinq priorités, à savoir l’inclusion sociale, la protection de l’enfance, la santé et la nutrition, l’éducation et l’adaptation au changement climatique.

18 Août 2026 À 13:04

L’appel prend la forme d’un document de plaidoyer, diffusé ce lundi sous l’intitulé « L’Appel de l’UNICEF », dans lequel l’agence onusienne présente, à l’approche des élections législatives de 2026, une série de propositions destinées aux acteurs politiques et aux décideurs afin de nourrir les futures politiques publiques en faveur des enfants, en particulier les plus vulnérables. L’UNICEF entend également renforcer la participation des nouvelles générations à la formulation de ces politiques et au suivi de leur mise en œuvre.

Les choix politiques et budgétaires qui seront opérés au cours des prochains mandats gouvernemental et législatif auront, selon l’UNICEF, un impact direct sur la santé, l’éducation, la protection et les perspectives d’avenir des enfants. Ces derniers représentent près d’un tiers de la population marocaine, rappelle l’agence onusienne. Le document inscrit ainsi ses propositions dans un horizon de cinq ans, autour de cinq grands chantiers portant sur l’inclusion sociale, la protection de l’enfance, la santé et la nutrition, l’éducation et le changement climatique.

Pauvreté, violences et santé, les chiffres qui alertent l’UNICEF

La réduction de la pauvreté constitue la première priorité. Selon les données reprises par l’UNICEF, 36% des enfants vivaient en situation de pauvreté en 2022 et 15% des moins de cinq ans souffrent de malnutrition chronique. Le document rappelle également que 30 milliards de dirhams, soit 2% du PIB, sont mobilisés pour les Aides sociales directes, mais estime que le système présente encore des biais de ciblage susceptibles d’exclure certaines familles vulnérables.

L’organisation propose de dépasser une approche fondée uniquement sur l’aide financière pour mettre en place un « bouclier social intégré » combinant revenu familial, accès gratuit aux services essentiels et accompagnement social lorsque la situation de la famille l’exige. Elle recommande notamment de réintégrer les ménages vulnérables exclus du dispositif, de renforcer le soutien financier accordé au handicap, de garantir la gratuité des soins essentiels aux plus démunis et de développer le réseau des travailleurs sociaux.

Les données relatives à la protection de l’enfance font également ressortir plusieurs vulnérabilités. 9.948 enfants ont été victimes de violence, dont 40% de violence sexuelle, selon les chiffres repris dans « L’Appel de l’UNICEF ». En 2025, 9.750 demandes de mariage d’enfants ont été enregistrées et près de 103.000 enfants âgés de 7 à 17 ans étaient en situation de travail. Le document indique aussi que 3.606 enfants étaient placés dans les Centres de protection de l’enfance en 2024 et qu’environ 29.000 enfants entrent chaque année en contact avec la justice.

L’UNICEF recommande de généraliser les dispositifs territoriaux intégrés de protection de l’enfance à l’ensemble des provinces et de leur garantir des ressources et des mécanismes de coordination clairement définis. L’organisation préconise également un système permettant de détecter plus tôt les situations à risque, qu’il s’agisse de violences familiales, de déscolarisation, de handicap, de migration, de mariage d’enfants ou de travail des mineurs. Les capacités des travailleurs sociaux, enseignants, professionnels de santé, magistrats et forces de l’ordre devraient parallèlement être renforcées.

La santé et la nutrition constituent un troisième axe. Si le Maroc a considérablement réduit la mortalité des enfants de moins de cinq ans, l’UNICEF estime que la survie du nouveau-né demeure le principal défi. Près de 8.000 nouveau-nés meurent encore chaque année et les décès néonatals touchent principalement les enfants vivant dans des zones rurales, éloignées ou en situation de vulnérabilité. Le rapport pointe aussi un triple défi nutritionnel associant sous-nutrition, carences en micronutriments et progression du surpoids.

Chez les moins de cinq ans, 15,1% présentent un retard de croissance et 2,6% une émaciation. L’anémie touche 47,5% des enfants de cette tranche d’âge, tandis que plus d’un enfant sur dix est en excès de poids. Les troubles de santé mentale sont également identifiés parmi les causes importantes de morbidité chez les adolescents.

Pour les cinq prochaines années, l’UNICEF propose de renforcer les soins maternels et néonatals, de développer les soins de santé primaires et la santé communautaire, mais aussi de réduire les déficits de personnel dans les zones rurales et difficiles d’accès. L’organisation recommande en parallèle une meilleure prise en charge de la nutrition tout au long du cycle de vie, la modernisation des systèmes d’information sanitaire et le recours à des solutions numériques comme la télésanté.

276.179 abandons scolaires et 6,9 millions d’enfants exposés au risque hydrique

L’éducation figure parmi les principales priorités, alors que 276.179 élèves ont quitté le système éducatif en 2024-2025 et que le collège concentre 52% des abandons, contre 26% au primaire et 21% au secondaire. Près de 58.000 élèves quittent chaque année l’école dès le primaire, tandis que le taux de redoublement atteignait 12% en 2024-2025.

Les disparités concernent également les infrastructures scolaires. Seules 8% des écoles rurales sont raccordées au réseau d’assainissement, tandis que de nombreux établissements ne disposent pas d’installations sanitaires fonctionnelles ou séparées pour les filles et les garçons. L’UNICEF relève également que l’absentéisme lié aux menstruations peut contribuer au désengagement et au décrochage scolaire des adolescentes.

Pour enrayer les sorties précoces, l’organisation recommande de renforcer les systèmes de détection des élèves à risque, l’accompagnement individualisé et la diversification des parcours. Pour les jeunes ayant déjà quitté l’école, elle préconise le développement de solutions leur permettant de reprendre une formation ou de s’insérer. L’UNICEF cite à ce titre l’évaluation menée en 2025 d’un modèle pilote dans la région de Larache, où certaines écoles participantes sont parvenues à ramener leur taux d’abandon scolaire à 0%.

Le changement climatique ferme la liste des cinq priorités. 6,9 millions d’enfants sont exposés au risque hydrique au Maroc, tandis que le pays figure parmi les 27 États les plus stressés hydriquement au monde. La disponibilité en eau est estimée à environ 650 m³ par habitant et par an et pourrait tomber sous les 500 m³ à l’horizon 2030. Dans le monde rural, 49% des ménages n’ont pas accès à l’eau au niveau du foyer et 18% des enfants consacrent jusqu’à une heure par jour à sa collecte.

L’UNICEF considère que les effets du changement climatique pèsent déjà sur l’accès des enfants à la santé, à l’éducation, à l’eau, à l’hygiène et à l’assainissement, particulièrement dans les zones rurales et les territoires les plus vulnérables. L’organisation recommande donc d’intégrer explicitement les enfants dans les principaux instruments climatiques du Maroc, avec des indicateurs et des objectifs spécifiques dans les secteurs qui les concernent.

Les écoles, établissements de santé et infrastructures d’eau et d’assainissement devraient également être conçus ou réhabilités en tenant compte des risques climatiques. L’UNICEF préconise en outre d’intégrer l’éducation au changement climatique dans les programmes scolaires nationaux et de mettre en place un suivi régulier et territorialisé de ses effets sur les enfants afin d’orienter les politiques publiques et les ressources budgétaires vers les territoires les plus exposés.

Les différentes propositions de l’UNICEF Maroc sont conçues pour être mises en œuvre progressivement sur cinq ans. L’institution se dit également prête à apporter un appui technique aux pouvoirs publics dans les domaines de la protection sociale, de la santé, de l’éducation, de la protection de l’enfance et de l’adaptation au changement climatique.
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