Saloua Islah
09 Juillet 2026
À 17:45
Le Maroc comptera
43,3 millions d'habitants en 2060, contre 36,8 millions en 2024, selon les nouvelles projections démographiques du
Haut-Commissariat au Plan (HCP). Si la population continuera de progresser au cours des prochaines décennies, son rythme de croissance devrait toutefois s'essouffler nettement. Le HCP anticipe ainsi un recul continu du
taux annuel d'accroissement démographique, appelé à passer de 0,7% en 2024 à un niveau
quasi nul à l'horizon 2060.
Ces projections ont été actualisées à partir des résultats du Recensement général de la population et de l'habitat de 2024, qui a fourni de nouvelles données sur la fécondité, la mortalité ainsi que les migrations internes et internationales. Pour estimer l'évolution de la population jusqu'en 2060, le HCP a élaboré trois hypothèses selon que la croissance démographique soit plus faible, moyenne ou plus élevée. Les chiffres présentés dans cette synthèse correspondent au
scénario intermédiaire, considéré par l'institution comme le plus probable au regard des tendances démographiques actuelles.
Un Maroc avec deux fois plus de seniors en 2060 !
Le vieillissement sera le changement démographique le plus marquant, avec un nombre de Marocains âgés de 60 ans et plus qui passera de 5 millions en 2024 à près de
10,9 millions en 2060. En l'espace de 36 ans, cette population aura donc plus que doublé et représentera près d
'un quart de l'ensemble des habitants du Royaume.
Pour le HCP, cette évolution aura des conséquences importantes sur les politiques publiques, puisqu’elle entraînera une hausse du rapport de dépendance et renforcera les défis liés au financement des retraites, à la prise en charge sanitaire et au maintien des solidarités familiales et intergénérationnelles. Le HCP souligne que ce vieillissement constitue une tendance durable qui s'imposera
quel que soit le scénario retenu.Sous l’effet du recul attendu de la fécondité, le pays comptera aussi
moins d’enfants, avec des effectifs du préscolaire qui passeraient de 1,25 million à 960.000 enfants, soit
une baisse de 23,8%. Les élèves en âge de fréquenter le primaire diminueront de 4,16 millions à 3,04 millions (-27%), tandis que ceux du premier cycle de l'enseignement fondamental passeront de 2,08 millions à 1,61 million (-22,9%). Selon le HCP, la baisse du nombre d'élèves pourrait offrir l'occasion d'améliorer la qualité de l'enseignement et les conditions d'apprentissage, plutôt que de répondre uniquement à la hausse des effectifs scolaires.
Des villes toujours plus peuplées et un marché du travail à adapter
Les projections montrent également que la population continuera de se concentrer dans les villes. D'ici 2060,
la population urbaine atteindra 32,5 millions d'habitants, soit près de trois Marocains sur quatre, tandis que la population rurale reculera progressivement pour s'établir à 10,8 millions de personnes. Pour le HCP, cette évolution accentuera les besoins en logements, infrastructures, transports et services sociaux dans les villes, tout en renforçant la nécessité de soutenir le développement des territoires ruraux afin de
limiter les déséquilibres territoriaux.La population en âge d'activité continuera, elle aussi, de progresser, passant de 22,08 millions en 2024 à près de 25 millions en 2060, soit une hausse de 13,1%. Cette augmentation concernera principalement les villes, où la population active passera de 14,2 à 19,1 millions de personnes (+34,4%), alors qu
’elle reculera dans les zones rurales, de 7,9 à 5,9 millions. Parallèlement, les jeunes âgés de 18 à 24 ans, qui constituent les futurs entrants sur le marché du travail, seront légèrement moins nombreux. Leur effectif passera de 3,89 millions à 3,77 millions, soit
une baisse de 3,1% entre 2024 et 2060.
Au regard de ces évolutions, le HCP estime que le Maroc devra anticiper dès aujourd'hui les effets du vieillissement démographique, de l'urbanisation et de la baisse de la natalité. L'institution recommande notamment de
renforcer le développement rural, de mieux
maîtriser l'urbanisation, d
'adapter le marché du travail et de poursuivre
la réforme des systèmes de protection sociale afin d'accompagner les transformations démographiques attendues au cours des prochaines décennies.