Hajjar El Haïti
09 Octobre 2026
À 09:20
Le Matin : un enfant peut-il avoir une bonne acuité visuelle tout en présentant des difficultés visuelles qui perturbent ses apprentissages ?
Wiam El Jaï : Oui. Un enfant peut lire correctement les lettres d’un tableau et avoir pourtant du mal à maintenir une vision nette et confortable pendant ses devoirs. L’acuité visuelle mesure la capacité à distinguer les détails, mais elle ne renseigne pas, à elle seule, sur la mise au point de près ou la coordination des deux yeux. Une difficulté dans ces fonctions peut rendre le travail scolaire fatigant. Elle peut coexister avec un trouble des apprentissages, sans nécessairement en être la cause.
Quels signes concrets les parents peuvent-ils observer ?Les parents peuvent être attentifs à plusieurs comportements, surtout lorsqu'ils se répètent. Un enfant qui se rapproche beaucoup de son cahier ou de l'écran, qui ferme un œil, plisse les yeux ou incline régulièrement la tête mérite ainsi d'être observé. Il en va de même s'il se frotte souvent les yeux et réclame fréquemment des pauses, s'il décrit une vision floue ou double pendant la lecture, ou encore s'il se plaint de douleurs autour des yeux ou de maux de tête. Le fait d'éviter les activités de près ou de se fatiguer rapidement peut aussi constituer un signal. Perdre sa place, sauter des mots ou utiliser son doigt pour suivre le texte mérite aussi d'être remarqué, mais cela ne prouve pas à lui seul un problème visuel : ces comportements peuvent tout aussi bien accompagner une difficulté de lecture, et suivre les lignes avec le doigt est tout à fait normal au début de l'apprentissage.
Comment faire la différence avec un manque de concentration ?On peut envisager une difficulté visuelle, particulièrement lorsque les symptômes apparaissent après plusieurs minutes de travail de près et s’accompagnent de flou, de vision double ou d’inconfort oculaire. Toutefois, les sauts de lignes, la fatigue et les maux de tête ne sont pas spécifiques. Les parents peuvent noter quand les difficultés commencent, leur fréquence et l’effet des pauses. Ces observations aideront les professionnels, mais seul un examen permettra d’identifier une éventuelle cause visuelle. Il faut aussi considérer le sommeil, l’attention, le stress et les apprentissages. Évitons de qualifier trop vite l’enfant de «distrait» : une gêne peut rendre la concentration difficile.
Quel rôle jouent la convergence, la coordination des yeux et la poursuite visuelle ?La convergence permet aux yeux de s’orienter ensemble vers le cahier. Leur coordination aide à maintenir une image unique, tandis que l’accommodation assure la netteté selon la distance. Pour lire, les yeux effectuent surtout de petits déplacements rapides, appelés saccades, entrecoupés de fixations. La poursuite visuelle sert principalement à suivre une cible en mouvement. Lors de la copie du tableau, l’enfant doit aussi déplacer son regard et ajuster sa mise au point entre le tableau et sa feuille. Ces fonctions contribuent au confort visuel, mais lire et comprendre mobilisent aussi le langage, l’attention et la mémoire. Une rééducation visuelle ne constitue donc pas, à elle seule, un traitement de la dyslexie.
Pourquoi certaines difficultés passent-elles longtemps inaperçues ?Un enfant ne sait pas toujours que ce qu’il ressent est inhabituel : il peut penser que tout le monde voit ou se fatigue comme lui. Il peut aussi adapter spontanément sa posture, ralentir ou interrompre les tâches inconfortables. Certaines difficultés deviennent plus visibles lorsque les exigences scolaires augmentent : textes plus longs, davantage de copie et devoirs prolongés. De bonnes notes n’excluent donc pas une gêne visuelle, et l’absence de plainte ne garantit pas l’absence de problème.
Quelle différence entre l’examen ophtalmologique et le bilan orthoptique ?L’ophtalmologiste examine la santé des yeux, recherche une maladie et détermine notamment si une correction optique est nécessaire. Son examen peut aussi évaluer l’alignement et la coordination oculaire : il ne se limite pas à lire des lettres. Le bilan orthoptique approfondit le fonctionnement visuel, notamment les mouvements des yeux, la convergence et la vision binoculaire. Les deux examens sont complémentaires. Ce bilan est particulièrement pertinent devant une vision double, un strabisme, une fatigue répétée de près ou des symptômes persistants malgré une correction adaptée. Une rééducation est proposée lorsqu’un trouble précis la justifie ; elle n’est pas systématique devant toute difficulté scolaire.
Les écrans ont-ils modifié ces difficultés, et quels réflexes adopter ?Les écrans multiplient les périodes de travail rapproché. Leur utilisation prolongée peut favoriser la fatigue et la sécheresse oculaire, notamment parce que l’on cligne moins des yeux. Le manque de temps à l’extérieur est aussi un facteur associé au développement de la myopie. Au quotidien, les parents peuvent encourager des pauses régulières : toutes les vingt minutes, regarder au loin pendant environ vingt secondes. Il est par ailleurs utile d’éviter les écrans trop proches, d’adapter la taille des caractères, de limiter les reflets et de prévoir chaque jour des activités dehors. Ces habitudes concernent aussi la lecture sur papier. Si l’inconfort persiste, mieux vaut consulter que simplement réduire le temps d’écran.