Hajjar El Haïti
14 Avril 2026
À 19:30
Depuis la fin du
Ramadan et le retour au
GMT+1, la question de l’heure légale s’impose de nouveau comme un sujet central du débat public. Sur les
réseaux sociaux, les appels à la révision du système se multiplient, portés par des citoyens, des parents et des professionnels de santé qui dénoncent un rythme de vie «décalé» et ses répercussions sur le quotidien.
En parallèle, une pétition ayant recueilli plusieurs centaines de milliers de signatures continue d’alimenter la pression, tandis que les déclarations récentes de la ministre de la Transition énergétique,
Leila Benali, reconnaissant l’absence d’économies d’énergie significatives en hiver, ont ravivé les critiques. Dans ce contexte, une nouvelle enquête vient donner un poids empirique à ces revendications. Présentée mardi 14 avril à Casablanca, cette étude menée par la
Fédération nationale des associations de consommateurs (FNAC), en partenariat avec le ministère de l’Industrie et du Commerce, repose sur un échantillon de 2.845 répondants issus de différentes catégories socioprofessionnelles.
Un rejet social massif et transversal
Les résultats confirment d’abord une défiance profonde vis-à-vis du régime horaire actuel. « Une proportion significative des répondants exprime un avis négatif ou très négatif », indique l’enquête. Dans le détail, 69,4% des sondés jugent l’impact du GMT+1 négatif sur leur qualité de vie, dont 33,5% de manière très négative et 35,9% plutôt négative. À l’inverse, moins de 15% évoquent un effet positif, un déséquilibre qui traduit une adhésion particulièrement faible.
Cette perception ne se limite pas à une catégorie spécifique. L’étude insiste sur «la convergence des perceptions entre catégories socioprofessionnelles», ce qui signifie que le rejet du GMT+1 concerne aussi bien les étudiants que les salariés ou les chefs d’entreprise. Ce caractère transversal renforce la portée politique des résultats.
Sommeil et rythmes biologiques : un déséquilibre durable
Sur le plan sanitaire, l’enquête apporte des éléments particulièrement détaillés. Le maintien du GMT+1 en hiver impose une activité sociale en décalage avec la lumière naturelle, générant ce que le rapport qualifie de «social jetlag».
Les chiffres sont explicites : 63,6% des répondants déclarent avoir besoin d’au moins une semaine pour stabiliser leur sommeil après un changement d’heure, dont 33,2% plus de deux semaines. À l’inverse, une minorité seulement évoque une adaptation rapide.
Ce décalage se traduit par une fatigue généralisée. «Le réveil nocturne imposé perturbe les cycles circadiens et entraîne une fatigue persistante», souligne l’étude, ajoutant que cette fatigue affecte directement les capacités cognitives et le bien-être quotidien.
École : une concentration en chute libre dès la première heure
Le volet éducatif constitue l’un des axes les plus développés de l’enquête. Chez les élèves et étudiants, 65,1 % jugent leur sommeil mauvais ou très mauvais lors des premières heures de cours en hiver, tandis que 62,7% déclarent un niveau de concentration faible ou très faible.
Cette corrélation entre sommeil et attention est clairement établie. «Le cumul des niveaux de mauvaise qualité du sommeil et de faible concentration démontre un frein biologique direct à l’apprentissage», note le rapport.
La question sécuritaire s’ajoute à ces difficultés : 61,2% des élèves affirment ne pas se sentir en sécurité lors de leurs déplacements matinaux. Cette donnée dépasse la seule question scolaire pour toucher à la protection des enfants.
Chez les enseignants, les observations confirment ces constats. 75% constatent une hausse des retards et de l’absentéisme en début de journée, tandis que 66,6% observent une différence notable de vigilance entre la première heure et les suivantes. Plus marquant encore, 91,7% décrivent les élèves comme fatigués et émotionnellement instables, et «aucun enseignant ne les considère dans un état normal», selon l’enquête. Cette accumulation de données met en évidence une véritable «zone grise pédagogique» en début de journée.
Familles : entre fatigue, insécurité et pression financière
L’impact du GMT+1 se prolonge dans la sphère familiale. L’enquête montre que 62,3 % des parents perçoivent un impact négatif sur le sommeil de leurs enfants, confirmant une fatigue structurelle. La question de la sécurité apparaît également centrale : 60,2 % des parents se déclarent inquiets pour les trajets matinaux, un chiffre en cohérence avec le ressenti des élèves eux-mêmes. «L’obscurité matinale transforme le trajet scolaire en source d’anxiété», souligne le Rapport.
Sur le plan économique, les ménages sont également touchés. Quelque 59,8% des parents déclarent une hausse de leurs dépenses, dont 24,8% de manière importante. Cette augmentation concerne principalement l’éclairage, le chauffage et le transport. L’étude évoque un «transfert de coût vers les foyers», qui vient contredire l’argument d’économies globales.
Travail et entreprises : un impact sous-estimé
Dans le monde professionnel, les résultats apportent un éclairage nuancé mais majoritairement critique. Chez les salariés, 42,4% estiment que le GMT+1 complique la gestion des responsabilités familiales, tandis que 76,8% (négatif + neutre) ne perçoivent aucune amélioration réelle.
Les entreprises ne sont pas épargnées. 64,9% des employeurs signalent des retards ou une désorganisation des horaires, ce qui affecte directement la productivité. «Le régime GMT+1 génère une porosité des horaires de début de journée», note l’étude.
Sur le plan énergétique, les résultats sont particulièrement significatifs : 64,8 % des entreprises constatent une hausse de leurs coûts énergétiques, tandis que seuls 11,9% évoquent des économies. Ce déséquilibre nourrit l’idée d’un « paradoxe énergétique», où les gains théoriques ne se traduisent pas dans la réalité quotidienne.
Une acceptabilité faible et des alternatives plébiscitées
L’indice d’acceptabilité sociale élaboré par l’étude confirme une adhésion limitée au GMT+1. «Le niveau d’acceptabilité apparaît relativement faible», conclut le rapport, en soulignant la cohérence des résultats sur l’ensemble des indicateurs.
Les préférences exprimées par les répondants illustrent clairement ce rejet puisque 36,3% souhaitent un retour au GMT+0 permanent, 29,6% privilégient une alternance saisonnière, contre seulement 10,4% favorables au maintien du GMT+1.
Autre élément notable, 23,7% des répondants accepteraient le GMT+1 à condition de décaler les horaires de travail et d’école, ce qui confirme que le principal problème réside dans l’obscurité matinale.
Une dynamique qui pourrait faire évoluer le dossier
À travers cette enquête, la FNAC apporte «une base empirique structurée au débat public» et appelle à une réévaluation du régime horaire. Les résultats viennent s’ajouter à une contestation déjà visible dans la société, désormais renforcée par des données chiffrées, convergentes et difficilement ignorables.
Un argument supplémentaire, donc, qui vient nourrir un débat de plus en plus pressant autour du GMT+1. Reste à savoir s’il s’inscrira dans une dynamique de révision du dispositif actuel ou s’il restera sans suite. Une chose est certaine : les lignes bougent, et ce nouveau rapport constitue peut-être un pas de plus vers une remise en question du système. Wait and see !